--Comment! j'aurais tué un perdreau!

--Et le mérite est d'autant plus grand que la pièce est plus petite.»

Le chasseur fashionable aime à suivre un bon chasseur en plaine. Si son compagnon tire, il tire aussi en même temps. Deux chances sont pour lui: si la pièce tombe, on la lui offrira peut-être, ou si on la joue à croix ou pile, comme cela se fait en pareil cas, il peut deviner juste, chose plus facile que de bien tirer, dans cette circonstance, il soutient toujours que son coup a porté: il tenait la pièce au bout de son canon, il la laissait filer, il aurait pu la vendre, etc.--J'avais un jour semblable discussion avec un beau monsieur que j'avais rencontré au champ d'honneur, et qui s'obstinait à me suivre comme mon ombre. Nous tirons un perdreau ensemble: le perdreau tombe et il jure qu'il l'a tué: son coup l'a complètement enveloppé, le mien s'est perdu dans l'air à quatre pas au moins sur la gauche.

Ce brave homme tenait beaucoup à mettre ce perdreau dans sa carnassière encore vierge: je le lui laissai. Tout en chargeant nos fusils, j'examinai par hasard sa baquette, et à la hauteur démesurée dont elle dépassait son canon, je lui fis observer qu'il mettait double charge. Il voulut enlever le surplus avec, son tire-bourre, mais bientôt nous fûmes certains que son coup n'était point parti; l'amorce seule avait éclaté.

«Croyez-vous encore, lui dis-je, que mon coup a frappé sur la gauche?

--Oh! pardon, monsieur; je vais vous rendre le perdreau.

--Permettez-moi de vous l'offrir.»

J'eus le plaisir de faire un heureux ce jour-là. Il dissimulait au moins les trois quarts de son bonheur, mais à sa figure on pouvait voir la complète satisfaction que son coeur éprouvait.

Un jour que, pendant l'entr'acte d'une belle journée de chasse, nous nous apprêtions à déjeuner sur l'herbe, chacun exhibait le contenu de son carnier; un beau monsieur de notre compagnie n'avait rien à montrer, ce qui lui donnait une contenance fort embarrassée. Tout à coup le garde nous dit qu'il connaît un lièvre au gîte, et demande si quelqu'un veut le tirer: «J'y vais, s'écrie le fashionable; et tout le monde fut d'avis de lui faire les honneurs de ce lièvre, puisque nous avions tous plus ou moins de gibier, et qu'il n'avait rien encore. Nous le suivons en lui donnant des conseils: «Ne vous pressez pas.--Visez bien.--Tirez aux pattes de devant.--Tirez à la tête.--Tirez, en plein corps, etc.» On lui montre le lièvre blotti dans un sillon, et ayant l'air de songer, ainsi que doit faire au gîte tout lièvre bien appris. Le coup part; l'animal ne bouge pas, «Il est mort! il est mort!» dit notre chasseur apprenti. Aussitôt il court, le ramasse, et l'apporte triomphant: «Savez-vous qu'il sent bien bon, votre lièvre!» lui dis-je, effectivement, il était tout rôti, artistement piqué: il figura fort bien à notre déjeuner, dont il fut le plus bel ornement.