--Volontiers,» s'écria Rosalia dans sa joie, heureuse de recevoir une preuve d'affection de son mari, parce qu'elle sentait qu'elle l'en aimerait davantage.

«Et l'enfant? ajoutait-elle; je vais le coucher, n'est-ce pas? Attends seulement que je l'aie endormi.

--Pourquoi ne l'emmènerions-nous pas? répondit Ramengo; est-ce que tu t'ennuies déjà de le porter?

--M'ennuyer! s'écria-t-elle avec un indéfinissable accent de tendresse; oh! tu ne sais pas combien est agréable à une mère le poids de son enfant! Ne l'ai-je pas porté plus longtemps dans mon sein?»

En parlant ainsi, elle enveloppait son fils dans ses langes, et s'avançait aux côtés de son mari. Ils sortirent de la citadelle et, descendant le versant de la colline, ils arrivèrent au bord du lac. C'était la première fois, depuis ses souffrances, qu'elle revoyait la sérénité de l'air libre, la lac, les monts, et elle s'enivrait d'une douce joie. Comme le prisonnier qui sort du cachot, elle sentait sa poitrine se dilater en respirant le souffle pur et vital de la brise. Le lac, bien que la fonte des neiges et la saison pluvieuse l'eussent extraordinairement accru, jetait tranquillement ses flots sur le sable de ses rives. Ils s'assirent auprès, sur un parapet à hauteur d'appui, et laissent courir leurs regards sur cette plaine liquide, qu'aucune barque ne sillonnait, parce qu'une des premières mesures contre la guerre qu'on redoutait, avait été de les couler toutes à fond. Rosalia regardait tantôt la Resegone, dont les cimes crénelées laissaient s'échapper les derniers rayons du soleil, tantôt l'ouverture du vallon de: Valmadrera, où la lumière semblait, avant de disparaître, rassembler toute sa force, comme le sang au coeur d'un mourant; et elle caressait son nourrisson et lui parlant comme s'il eût pu comprendre et lui répondre: «Ouvre les yeux, mon amour, ouvre-les à ce magnifique spectacle; vois ces monts: un jour tu les connaîtras; sur leurs flancs, jusque sur leurs sommets, tu poursuivras les jeunes chevreaux aussi légers qu'eux, et jouissant de l'air pur, du riant soleil et de la liberté! Et ce lac, vois-le! il renferme dans ses ondes un autre enfant beau comme toi. Un jour viendra où il te portera véritablement dans ses flancs, lorsque tes bras le sillonneront à la nage, ou que ta barque ouvrira ses flots.

«Et pourquoi, interrompit Ramengo, pourquoi n'irions-nous pas nous-mêmes en bateau?

--Oh! oui, s'écria-t-elle, pourvu que tu ne redoutes pas la fatigue de ramer.

--Au contraire, c'est pour moi un délassement, un salutaire exercice.»