Aussi M. Marty, pendant cette longue carrière de persécutions et d'honnêteté, ne trouva-t-il jamais que des geôliers sensibles, des bourreaux pleins d'humanité et des haches qui ne coupaient pas. Qui aurait pu se décider à faire seulement une égratignure à ce brave homme?

Le dénouement de la carrière de M. Marty a prouvé, en fait, la vérité de cette maxime prêchée par le mélodrame classique, à savoir que la vertu est tôt ou tard récompensée: M. Marty s'est retiré depuis quelques années avec une jolie fortune, fruit légitime d'une vie laborieuse et de succès mérités; il a une charmante maison des champs, il respire un air pur; il jouit de l'estime de ses concitoyens, qui ne le persécutent plus, Dieu merci! Les électeurs municipaux de Charenton le nomment leur maire à l'unanimité, et le ministre confirme l'élection; les électeurs ont raison, le ministre n'a pas tort, et vive cet excellent M. Marty!

--Les théâtres sont dans un état de stérilité déplorable; depuis un mois ils ont à peine mis au jour un embryon de vaudeville; pourquoi se donneraient-ils, en effet, la peine de créer et de mettre quelque chose au monde? A quoi bon? Le ciel est beau; l'automne nous invite à ses derniers jours de soleil et d'azur; bientôt novembre, le sombre novembre, au front humide et chargé de brouillards, attristera le ciel, et de son souffle mortel flétrira la prairie et enlèvera à l'arbre sa dernière feuille. Jouissons donc de ce suprême sourire de la douce saison. Allons aux champs si nous pouvons, si nous avons un coin de charmille, on seulement si notre bon génie nous ouvre la barrière pour quelques jours, et nous dit: Va devant toi, à la grâce de Dieu!

Voilà pourquoi les théâtres sont stériles et déserts; c'est qu'en effet une moitié de Paris court sur la grande route ou se repose dans sa maison des champs, tandis que l'autre moitié se promène le soir au boulevard, aux Tuileries, aux Champs-Elysées, partout où ce pauvre prisonnier peut trouver une apparence d'air libre et de verdure.

Novembre venu, tous les déserteurs reviendront: le Paris fantasque, le Paris pittoresque, le Paris bucolique, le Paris errant, le Paris châtelain rentrera chez lui: alors il reprendra ses airs mondains et viendra perdre, à la pâle lueur des bougies et des lustres, le hâle de sa vie champêtre.

En attendant, mes chers amis, roulons-nous un peu sur l'herbe, tandis qu'il en est encore temps.

Dessin de J.-J. Grandville.

Pour un observateur, ami de la flânerie, il est évident qu'à cette époque de l'année une espèce de fièvre s'empare d'une certaine partie de la population parisienne. Cette fièvre est totalement inconnue à nos médecins; je l'appellerai fièvre cynégétique: c'est toujours bon de donner un nom grec à une fièvre quelconque. Vous ne vous en êtes peut-être pas aperçu, vous qui parcoures les boulevards pour regarder les belles dames qui passent; mais moi, qui ne m'occupe plus de ces drôleries, à mon grand regret, je vous assure; moi qui fréquente les armuriers, qui entretiens des relations suivies avec les marchands de carniers et autres ustensiles de chasse, je vois chez ces messieurs une recrudescence de visites égale à celle qu'éprouvent les confiseurs aux approches du Jour de l'An. Le 1er ou le 10 septembre arrive, et pour les chasseurs ce jour est le plus solennel de l'année: on va, on vient, on s'informe; chez un tel on trouve des bourres nouvelles qui font serrer le coup: «Il faut que je m'en procure, car mon fusil écarte;» ailleurs on vend des poudrières, des sacs à plomb, dont l'ingénieux mécanisme abrège le temps que l'on met à charger: «Vite, courons-y, car un jour d'ouverture on ne saurait trop économiser le temps.»

Vous ne pouvez pas vous faire une idée de la facilité qu'ont certains chasseurs à délier les cordons de leur bourse lorsque vient ce grand jour, ils ont trois fusils, les voilà qui veulent en acheter un quatrième; le plus gros calibre est celui qu'ils choisissent, dans l'espoir qu'en le chargeant d'une livre de plomb toute la compagnie de perdreaux tombera sous leurs coups. Ils se souviennent que l'année dernière M. un tel fut roi de la chasse; son fusil, calibre de 12, lui décerna probablement cet honneur; ils veulent un calibre de 8, le succès sera plus certain. Oh! s'ils pouvaient traîner une pièce de canon à travers les luzernes et les taillis, quel ravage ils causeraient! en mettant seulement double charge de poudre et quatre kilogrammes de petit plomb, ils couvriraient de mitraille une demi-douzaine d'hectares, ils pourraient tuer à la fois plusieurs compagnies de perdreaux, sans compter les lièvres gîtés dans les intervalles. Ces pauvres lièvres seraient passés de vie à trépas, sans avoir prévu que le plomb les atteindrait, de si loin! Les chasseurs dont je parle se tiennent au courant de tous les progrès que fait l'arquebuserie: si l'on invente un fusil nouveau, tirant cinquante coups par minute, cent coups sans amorcer, ils l'achètent; ils ont bien raison, ces dignes gobe-mouches: posséder une arme qui fonctionne aussi vite est un avantage inappréciable; il ne manque plus qu'une chose, c'est l'occasion de la faire fonctionner.