--Encore faut-il savoir...

--Ne l'avez-vous pas remarqué aussi?

--Je ne vous comprends pas, vous dis-je....

--Les sots! les misérables! Et en prononçant ces mots il s'essuyait le front à coups de poing.

--De qui nie parlez-vous:

--Voyez-les, continua-t-il en nous désignant du doigt trois ou quatre citoyens d'Anvers assez bien vêtus et bien nourris qui se rendaient d'un pas lent à leurs plaisirs où à leurs affaires.--Voyez-les. Ont-il seulement l'air de s'en douter? Et il semblait prêt à s'élancer sur eux pour les punir de ses propres mains de cet exécrable forfait dont il les croyait coupables et dont ils paraissaient si peu repentants. Nous le retînmes chacun par un bras au moment on il se disposait à frapper une de ses victimes.

--Ah çà! mon cher, lui dit mon ami, si vous voulez me prouver que vous jouissez encore de l'usage complet de votre raison, répondez catégoriquement cette fois à ma dernière question. De quoi ces excellents pères de famille n'ont-ils pas l'air de se douter?

--Qu'ils possèdent une cathédrale et un musée admirable, répondit-il d'une voie indignée et avec un sérieux qui n'avait rien de joué.

A ces mois, nous ne pûmes retenir un sourire d'incrédulité, et nous, abandonnâmes notre infortuné confrère à ses tristes pensées, sans lui laisser pour adieu une seule parole de consolation. Quinze jours après, un grand journal politique de la France apprenait à ses abonnés que M. P. S. O. M. venait de découvrir, dans une ville de la Belgique nommée Anvers et située sur l'Escaut, à huit lieues de Bruxelles, une magnifique cathédrale gothique que personne n'avait eu le bonheur de voir avant lui, et des tableaux fort remarquables, sous le rapport de la couleur, d'un peintre du dix-septième siècle, connu de certains artistes sous le nom de Rubens. Cette grande nouvelle produisit une vive sensation à Paris et en Europe; et depuis cette époque, des voyageurs de tous les pays se sont rendus en pèlerinage dans cette ville curieuse, qui devra probablement sa fortune et sa gloire à M. P. S. O. M.

Ainsi va le monde! on imite plus volontiers et plus facilement le mal que le bien. Depuis que M. Alexandre Dumas a eu l'esprit d'inventer la Méditerranée, tous les gens de lettres adultes ou imberbes, inconnus ou célèbres, qui ont franchi le mur d'enceinte de Paris, se sont crus obligés de faire des découvertes géographiques du genre de celles de M. P. S. O. M. Celui-ci nous apprend que Boulogne est un port de mer; celui-là révèle à l'univers étonné l'existence des Alpes ou du Vésuve. Ce n'est pas tout encore; leur érudition leur semblant insuffisante, ces grands découvreurs éprouvent tous, dans leurs voyages des impressions plus ou moins bizarre au besoin même ils en fabriquent ou plutôt ils se font complaisamment les héros de toutes les aventures qu'ils ont lues dans des recueils d'ana ou entendu raconter dans le monde. Que l'humanité compatissante apprête ses larmes, M. I. Z. U. a eu l'affreux malheur de coucher dans un lit trop dur et trop étroit! Que tous les lecteurs malheureux ou mélancoliques oublient leur tristesse pour partager la joie que la vue d'un passant ridicule a causée à M. E. R. V... Et comme ces livres si émouvants, si comiques, sont en outre instructifs! quel jour éclatant et nouveau ils jettent pour la plupart sur les points les plus obscurs de l'histoire! Pour peu qu'un homme de lettres ait de tact et de facilité, et alors même qu'il ne mettrait pas le public dans la confidence de ses émotions intimes, une simple course en diligence de Paris à Bruxelles lui fournira au moins la matière de deux volumes in-8 de 340 pages. Il racontera: