Car il n'est pas venu chanter ici les grands rôles de ténor, tels que celui d'Othello, ou d'Osiris dans Moïse, ou de Rodrigo dans la Dame du Lac, mais bien ceux qui demandent de la ductilité et de la grâce, avec un développement vocal médiocre. C'est enfin ce que les Italiens appellent un ténor de demi-caractère, di mezzo carattere, ce qu'on appelle à Paris un ténor gracieux, et en province un ténor léger. A l'Opéra-Comique, il serait charmant dans la Dame Blanche, et à l'Académie royale de Musique, dans Raimbaud de Robert-le-Diable, et peut-être dans le Comte Ory.

La voix de M. Ronconi est très-bornée et d'un caractère douteux. On ne sait trop si c'est une basse qui ne peut descendre, ou un ténor qui ne peut monter. Mais qu'importe? s'il tire de cette voix, telle quelle, un parti merveilleux, s'il donne à tout ce qu'il chante une physionomie originale et saisissante, s'il intéresse constamment son auditeur, s'il l'échauffé en s'échauffant, s'il l'émeut, s'il l'entraîne, n'est-ce pas vraiment un grand artiste, et le résultat qu'il obtient n'est-il pas d'autant plus admirable qu'il se sert d'un instrument plus défectueux?

Ce résultat, il ne l'a pas obtenu tout d'abord. La victoire a été pour lui le prix d'un rude combat. Le publie est ainsi fait chez nous; il tient prodigieusement à ses habitudes. A chaque phrase dite par Ronconi, il comparait la même phrase telle que Tamburini la lui avait longtemps fait entendre. Il regrettait ici une gamme rapide, ici un arpège, la une trille, que sais-je, moi? Mais peu à peu l'impression actuelle est devenue si puissante qu'elle a complètement effacé l'impression passée, et l'on s'est aperçu que si Tamburini avait une voix plus volumineuse, une qualité de son plus pleine et une plus grande agilité, Ronconi pousse bien plus loin l'art de phraser, la faculté d'exprimer et le don d'émouvoir.

Le duo du second acte, avec madame Persiani, a commencé son succès, qui a grandi pendant le final, et qui s'est élevé au plus haut point après le duo du troisième acte. Il faut ajouter que dans ce dernier morceau il a été fort bien secondé par Salvi.

En résumé, ce sont deux succès brillants une nous avons à constater, et l'administration du Théâtre-Italien vient d'augmenter son armée mélodieuse de deux excellentes recrues. Grâce à leur concours, elle va monter successivement plusieurs ouvrages nouveaux, et tout nous prestige que la saison qui vient de commencer sera l'une des plus intéressantes que nous avons vues depuis plusieurs années.

Madame Persiani ... mais à quoi bon répéter ce qu'on a dit cent fois, ce qui est connu de tout le monde? Madame Persiani est aujourd'hui ce qu'elle était l'année dernière. Cela suffit, et nous ne pouvons rien dire de plus.

Académie de Beaux-Arts

EXPOSITION DES GRANDS PRIX ET DES ENVOIS DE ROME.

--SÉANCE ANNUELLE.

Lorsque des lettres-patentes de Louis XIV eurent, en 1655, confirmé la naissante Académie de peinture, elle reçut presque immédiatement son complément par la création de l'École de Rome, dont Charles Errard, de Nantes, fut le premier directeur. Il y a eu constamment, depuis, un échange annuel entre l'ancienne et la nouvelle capitale du monde civilisé. Nous envoyons à Rome, pendant cinq années, aux appointements de trois mille francs, des peintres, des sculpteurs, des architectes, des graveurs, voire, même des musiciens; et, pour répondre à la munificence de l'État, ils sont tenus de nous envoyer des travaux déterminés par les règlements, La Révolution française n'a modifié sur ce point les institutions monarchiques que pour les refondre en deux corps homogènes, l'Institut et l'École Royale des Beaux-Arts. Chaque année, un certain nombre de jeunes gens, Français et vaccinés, obtiennent, par voie de concours, le droit d'assister gratuitement à des cours de dessin, de perspective, d'anatomie, de constructions, d'architecture, etc. Deux concours d'essai (un seul pour les architectes) déterminent ceux des élèves qui doivent se disputer le grand prix. Les élèves entrent en loge, c'est-à-dire qu'on les enferme dans une chambre pour y composer une esquisse dont ils doivent suivre les indications, et où ils passent leurs journées pendant un espace de temps fixé. Cette réclusion temporaire est propre à glacer les inspirations les plus chaleureuses. Jugez-en par les conditions imposées aux logistes peintres: ils ne peuvent introduire ni dessins ni draperies; on ne laisse passer que les bosses et les études qu'ils peuvent faire chez eux d'après des modèles de femme; car les modèles d'homme seuls posent en loge. Le gardien a le droit de fouiller chaque concurrent à l'entrée ou à la sortie; les toiles sont timbrées pour qu'on n'en puisse changer. Défense est faite aux logistes, sous peine d'exclusion, de se visiter avant le dernier jour de leur emprisonnement. Quand ce jour est arrivé, le secrétaire perpétuel, assisté d'un membre de l'Académie, vient apposer les scellés sur les tableaux, qui sèchent en paix jusqu'au moment où ils sont vernis et encadrés pour l'exposition publique.