M. Duret.

L'Académie des beaux-arts a eu à procéder à la nomination au fauteuil demeuré vacant par la mort du sculpteur Cortot. La section de sculpture avait désigné, comme candidats, M. Duret, Lemaire, Raggi, Seurre aîné et Jouffroy; l'Académie avait complété la liste en y ajoutant les noms de MM. Halley, Desprez et Danlan aîné. Le nombre des votants était de 54; M, Duret a obtenu 19 voix; M. Lemaire, 15; M. Raggi, I, et M. Jouffroy, 1. M. Duret a donc été proclamé membre de l'Institut. Le public applaudira à ce choix, que sanctionnera également l'approbation des artistes. M. Duret, élève du baron Mosio, et à coup sûr un de ses meilleurs disciples a produit, quoique jeune encore, un grand nombre d'ouvrages qui ont obtenu le succès le plus mérité. Il débuta par être musicien, puis voulut se livrer à la déclamation; mais ses hésitations ne furent pas de longue durée, et ne lui firent perdre que bien peu de temps, car à dix-huit ans il obtint le grand prix de Rome. Ses statues sont: Mercure inventant la lyre; le Danseur Napolitain, et l'Improvisateur Italien, qui sont aux Luxembourg; le Molière, qui est dans la salle de l'Institut; le Casimir Périer, de la Chambre des Députés; le Christ et l'Ange, de la Madelaine; la malice, des salons du Palais-Royal; le Dunois, le Richelieu et le Régent, de Versailles, et le Chactus au tombeau d'Atala, du musée de Lyon.--L'Académie des sciences a à pourvoir à la vacance survenue dans sa section de mécanique par le décès de M. Coriolis. Nous ignorons encore quels seront les compétiteurs à cette succession.--Quant à l'Académie des inscriptions et belles-lettres, appelée à nommer prochainement à la place d'académicien libre qu'a laissée en mourant l'excellent et respectable M. de Fortia d'Urban, elle n'a vu jusqu'ici frapper à sa porte qu'un candidat dont on vante les sentiments religieux, et un autre dont on loue les dîners. Mais comme il ne s'agit, en définitive, ni de l'élection d'un pape, ni de celle d'un membre du Caveau, elle attendra sans doute qu'un historien ou un archéologue se présente.

Gravure d'après le procédé Rémon.

L'administration des Musées royaux, qui devrait bien faire enlever enfin l'ignoble et dangereuse galerie de bois accolée à la galerie du Musée du Louvre, laquelle menace incessamment d'incendie le dépôt de toutes nos richesses d'art, l'administration des Musées royaux s'est bornée à faire monter le Musée naval dans le local qu'occupait la galerie léguée par M. Standish, et à faire descendre celle-ci dans le local qu'occupait le Musée naval. C'est un double déménagement qu'elle était parfaitement dans son droit d'opérer, et auquel, pour notre part, nous ne trouvons rien à reprendre ni à louer,--bientôt le public pourra visiter, dans une des salles du rez-de-chaussée du Louvre disposée à cet effet, les marbres sculptés provenant du temple de Diane qu'on avait provisoirement déposés sur l'esplanade, et dont nous avons donné des gravures, t. 1, p. 289. Ces débris, rapportés de l'Asie Mineure, ont occasionné une dépense d'un million. Cette somme nous eut paru infiniment mieux employée et eut épargné de trop justes reproches, si on l'eût consacrée à ne pas laisser sortir de France et à acquérir pour le Musée la statue en bronze trouvée à Lillebonne, la Madeleine, de Canova, la Vierge en candélabre, de Raphaël, le Francia et plusieurs tableaux de la collection de madame la duchesse de Berri, dont la plupart ont été acquis à un prix peu élevé, et pour lesquels la direction des Musées n'a pu enchérir, a-t-elle dit, faute de fonds.--Un artiste distingué, ancien pensionnaire de Rome, M. Boulanger, vient d'être envoyé, aux frais du budget des arts, pour mesurer et dessiner les monuments d'Athènes. Il nous semble que c'est encore là une dépense assez mal entendue, car tous ces monuments se trouvent très-exactement reproduits dans une foule de voyages et de collections; et quant à leur mesure plus d'une fois prise, nous ne savons pas trop comment elle se serait modifiée. Les missions sont une excellente chose, quand, en les arrêtant, on a en vue l'intérêt de l'art et non l'agrément de ceux à qui on les confie. Ou vient d'organiser au premier étage du palais de l'École des Beaux-Arts, dans la salle dite de Louis XIV, un petit musée d'architecture en miniature, composé du 104 monuments égyptiens, grecs et romains, disposés sur deux grandes tables au milieu de la salle. Les uns sont en liège, les autres en plâtre, tous modelés sur une petite échelle, avec une précision et un soin très-remarquables. Ce sont des colonnes, des temples, des cirques, des théâtres, des arcs de triomphe, des tours, des obélisques, des tombes; enfin, Thèbes, Athènes et Rome vus par le gros bout d'une lorgnette. Dans les embrasures des fenêtres de cette galerie, on a placé de fort jolies statuettes en plâtre et en marbre, de deux pieds environ de hauteur, représentant en assez, grand nombre des artistes célèbres, et qui sont l'oeuvre de sculpteurs de la dernière moitié du dernier siècle, dont les noms sont oubliés aujourd'hui, mais qui n'étaient pas sans mérite. Enfin, dans la salle où se font les expositions, on remarque une cheminée sur laquelle on a en quelque sorte incrusté deux anges d'une admirable exécution, dont l'inscription suivante, placée au bas, fait connaître l'auteur et l'ancienne destination: «L'arrière-neveu d'un chancelier de France, qui fut le patron des beaux-arts, a fait don à l'école fondée pour leur gloire des fragments d'un tombeau de sa famille, par Germain Pilon, 1835. Le donateur est M. Seguier.»--Des caisses contenant des moulages de sculptures remarquables de la Grèce, exécutés sous la direction de M. Lobas, membre de l'Institut, chargé d'une mission scientifique et artistique par MM. les ministres de l'Instruction publique et de l'Intérieur, sont attendues prochainement à la même École.--Les grands dignitaires qui président à la restauration du jardin du Luxembourg font dire et répéter qu'elle a été entreprise avec un zèle et un goût qui promettent prochainement l'une des plus remarquables décorations qui aient jamais été exécutées. Nous verrons bien. Ce qu'il y a de constant, c'est que nous ne tarderons pas à voir disparaître toutes ces malheureuses statues mutilée, dégradées, ruinées par le temps et l'humidité, qui ont affligé les regards de plusieurs générations d'étudiants. Outre l'Hercule de M. Othon, qui est déjà en place, des statues de Jeanne d'Albret, de la reine Clotilde, Blanche de Castille, Velleda, Sainte-Geneviève, et autres personnages de toutes les époques et de toutes les légendes, sont confiées à MM Brian, Dumont, Husson Hoguenin, Klagmann, Mandron. Mercier, et autres artistes. De nouvelles commandes doivent encore être faites.

L'Illustration a déjà fait connaître (t. 1, p. 235) le procédé de galvanographie de M. Rémon. Aujourd'hui, nous avons à mentionner, en attendant que nous y revenions, le procédé de gravure typographique sur pierre avec un relief obtenu à l'aide de moyens chimiques, par M. Tissier, appelé du nom de son inventeur, Tissiérographie. Déjà l'auteur avait fait paraître, des 1839, des épreuves de gravures obtenues par son système, mais elles accusaient une sécheresse et une dureté qui pouvaient faire craindre que ce mode de gravure ne fût guère applicable qu'à l'ornementation. Celles qu'il est arrivé à obtenir depuis dénotent des progrès très-remarquables et des améliorations complètement satisfaisantes. Nous donnons aujourd'hui un dessin de Lemud, gravé en relief sur métal par le procédé Rémon, et un dessin gravé sur pierre par le procédé Tissier. Ce dernier serait bien plus sûr de se voir accorder la préférence par les artistes si, comme le procédé Rémon, il admettait l'usage du crayon de mine de plomb. La plume lithographique présente des difficultés d'exécution, et la plupart des dessinateurs, faute de s'être exercés à l'employer, pourront faire longtemps obstacle au procédé de M. Tissier.

La ville de Rome a été mise en émoi par le récit des crimes et la condamnation d'un prêtre, nomme Abbo, qui, joignant à une instruction remarquable une adresse et une hypocrisie peu communes, avait su, jusqu'au jour de son arrestation, couvrir des apparences de la régularité et de la religion les désordres les plus infâmes, les crimes les plus horribles, gagner l'amitié du premier ministre, Génois comme lui, et se taire ouvrir toutes les maisons de Rome, sans excepter celles des ambassadeurs. Il devait être créé prélat le lendemain du jour qu'il choisit pour se débarrasser de sa dernière victime. C'était son neveu, jeune garçon de huit à neuf ans, que le frère d'Abbo, habitant Gênes, lui avait confié, et qui mourut après une série de traitements que nous ne pouvons retracer. La servante de ce monstre a déclaré que deux enfants nés de leur cohabitation avaient été également sacrifiés par lui, et qu'elle était enceinte d'un troisième auquel le même sort eût été à coup sûr réservé. La population, que de tels forfaits trouvent toujours implacable, attendait le jour de la justice, quand elle a appris que le pape venait de commuer la peine de mort prononcée contre le coupable. Le premier sentiment a été celui de l'indignation, mais elle s'est calmée par la pensée que cette mesure devait équivaloir à une abolition du dernier supplice dans les États pontificaux, et qu'il était bien impossible désormais d'exécuter les sentences capitales que pourrait prononcer la commission spéciale appelée à juger les accusés politiques détenus au fort de Saint-Leo.--Des crimes d'un tout autre genre viennent d'être commis à Berlin par une jeune et jolie danseuse espagnole, mademoiselle Lola-Montez, de Cordoue. Montée sur un beau cheval andalous, l'artiste-amazone était allée assister aux grandes manoeuvres exécutées en présence du roi de Prusse et de l'empereur de Russie. La détonation de l'artillerie effraya sa monture, qui prit le mors aux dents et se précipita dans la suite des deux souverains, au milieu de laquelle la jeune Andalouse parvint à grand'peine à l'arrêter. Un gendarme (Berlin n'est pas sans gendarmes), un gendarme survint, qui menaça l'amazone et maltraita le cheval. Un coup de cravache vint lui cingler la figure; il en dressa procès-verbal. Le lendemain un huissier (Berlin a aussi des huissiers), un huissier se présenta chez mademoiselle Montez pour lui remettre une assignation judiciaire, La mère de mademoiselle Montez (La mère d'actrice n'est pas inconnue en Prusse), la mère de mademoiselle Montez, qui survint, ne se doutant guère plus que Chicaneau des Plaideurs que ce fut un exploit que sa fille faisait. Le papier timbré, mis en morceaux, fut lancé à la figure de l'huissier; l'huissier en dressa procès-verbal. Les journaux de Berlin disent, avec toute la gravité allemande, qu'il y a là un double chef d'accusation qui menace de priver pour longtemps la coupable de sa liberté.

Nous avons cette semaine à enregistrer le décès d'un certain nombre de personnes regrettables:--Un orateur auquel son talent à la seconde chambre des États de Bavière et au barreau de Munich avaient valu un grand renom en Allemagne, et une fortune de 800,000 florins (1,300,000 fr.). M. Charles de Batz vient de mourir, léguant tout re qu'il possédait aux veuves et orphelins d'avocats du barreau dont il avait fait partie--La ville d'Arles a perdu M. le baron Langier de Chartreuse, son ancien maire, son ancien conseiller-général, son ancien député, qui laisse, en outre, de précieux souvenirs comme savant et comme, antiquaire.--L'armée d'Afrique a rendu les derniers devoirs à un des officiers les plus distingués du corps royal d'état-major, le chef d'escadron Delcambe, qui mettait fin, dit-on, à de nombreuses et importantes recherches sur la langue arabe et l'histoire géographique du nord de l'Afrique.--Les sciences archéologiques ont vu mourir M. Allou, qui fut successivement secrétaire bibliothécaire, puis président de la Société Royale des Antiquaires de France. Il a publié entre autres travaux d'archéologie, une Description des Monuments du département de la Haute-Vienne, et un Essai sur les armures du Moyen-Age.--Enfin, M. Domeny de Rienzi, auteur de plusieurs ouvrages de géographie, et du volume intitulé Océanie, faisant partie de L'Univers Pittoresque, vient de mourir à l'hôpital de Versailles. Atteint, il y a un certain temps, d'une fièvre cérébrale, il avait eu le malheur de perdre en partie ses facultés intellectuelles. Plus d'une fois depuis lors il tenta de se remettre à l'étude et de terminer des ouvrages inachevés. Ce fut vainement; le travail était devenu impossible à son cerveau affaibli. Cet affaiblissement et la conscience qu'il en avait ont fait naître chez lui le désespoir, et M. de Rienzi s'est tiré, au milieu du parc de Versailles, un coup de pistolet dans la tête. Il a succombé à la blessure qu'il s'était faite.

Chemin de Fer de Londre à Folkestone.