La visite que les directeurs du South Eastern avaient faite à Boulogne devait leur être rendue à Folkestone, et eux-mêmes devaient reconnaître la généreuse hospitalité des Français par un banquet offert aux personnes considérables de Boulogne.
Le 1er août dernier, le paquebot la Ville de Boulogne, ayant à bord M. Adam, maire de Boulogne, le défenseur le plus infatigable des intérêts de cette ville, et d'autres notables habitants, quitta les côtes de France à neuf heures trente-cinq minutes, et arriva à Folkestone à midi un quart.
Un magnifique banquet de deux cents personnes, préparé sous un pavillon à la station du chemin de fer, fut présidé par le maire de Folkestone: c'était une fête vraiment nationale pour chacun des deux peuples qui y prenaient part. Dans les toasts qui y furent portés, on dit beaucoup de bien de Boulogne et de Folkestone, ce qui se comprend parfaitement, et fort peu de mal de Douvres et de Calais, ce qui prouve la grande générosité des vainqueurs du jour.
Quoi qu'il en soit, la question, comme nous le disions plus haut, nous semble jugée, non pas que Calais doive être déshérité à tout jamais de tout moyen d'amélioration. A Calais, le transit de l'Angleterre vers la Belgique et l'Allemagne, mais à Boulogne les voyageurs de Paris à Londres.
Nous reviendrons sur toutes ces questions quand nous donnerons une nouvelle carte des chemins de fer en France.
Théâtre-Italien.
Lucia di Lammermoor.--Débuts de MM. Ronconi et Salvi.
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M. Ronconi. |
M. Salvi. |
Il n'y a pas d'ouvrage peut-être, Anna Bolena exceptée, où M. Donizetti ait mis autant de génie que dans Lucia di Lammermoor. Le sujet de cet opéra, tiré du roman si connu de Walter Scott, convenait particulièrement à la nature de son talent. Sans aucun doute, M. Donizetti est un de ces artistes éminents qui ont le droit de tout tenter, et qui peuvent réussir à tout. Mais il y a des thèses que le génie le plus puissant ne saurait produire qu'avec contrainte, et au prix de beaucoup d'efforts, tandis que d'autres semblent lui échapper d'elles-mêmes et pour ainsi dire malgré lui.
C'est donc dans cette charmante partition de Lucia que M. Donizetti a pu déployer dans de plus larges proportions les qualités qui lui sont propres, une mélodie naturelle, facile, abondante; un style dont l'élégance ne se dément jamais; une sensibilité passionnée qui s'élève quelquefois jusqu'aux effets les plus pathétiques. Le final du deuxième acte de Lucia di Lammermoor renferme en ce genre des passages très-remarquables, et il est impossible d'entendre l'air d'Edgar, au troisième acte, sans être ému jusqu'aux larmes. C'est là un beau triomphe sans doute: connaissez-vous beaucoup de compositeurs qui vous aient fait pleurer?