--Me marier? mais je ne sais ce que c'est.

--Je vais vous le dire. Nous allons nous rendre au temple, où vous trouverez M. de Romberg; vous vous mettrez à genoux avec recueillement; vous élèverez votre cœur vers Dieu; vous lui promettrez d'être toujours bonne, modeste et sage, comme aujourd'hui. Puis vous reviendrez, vous habiterez ce pavillon, vous aurez de jolies robes el de belles parures, et vous vous appellerez madame de Romberg.

--Comment! voilà ce que c'est que le mariage?

--A très-peu de chose près.»

Tout s'exécuta comme la baronne l'avait dit; et au retour, Romberg et elle installèrent Mina dans l'appartement qu'elle devait occuper seule, lui souhaitèrent une bonne nuit, et se retirèrent dans le pavillon que madame de Rosenthal habitait, et où, chaque nuit, elle recevait en secret l'amoureux colonel, pendant que tout le monde le croyait à son poste, dans la forteresse voisine, dont il était commandant.

Quinze jours écoulés, Mina était reconnue partout femme légitime du commandant Romberg, et avait, à ce titre, reçu la visite de toutes les autorités constituées et de toute la noblesse du pays. Romberg était plein de bonté pour elle, il l'entourait de soins et d'attentions; seulement, comme il tenait à ses devoirs, et qu'il était intraitable sur la discipline, dès que le tambour de la citadelle sonnait l'heure de la retraite, il prenait en soupirant congé de Mina; c'est-à-dire qu'il quittait son ménage ostensible, et se rendait dans son ménage secret. Il n'avait pour cela qu'une, allée de jardin à traverser et une porte mal fermée à ouvrir.

Mina passait donc aux yeux de tous et se croyait elle-même la plus heureuse femme de la Prusse. Que pouvait-elle désirer de plus? Elle avait seize ans, une charmante figure, une grande fortune, une habitation délicieuse, un mari très-aimable et un amant plus aimable encore que son mari.--Comment, un amant! Qu'était donc devenue cette innocence si vantée?--Eh! ne savez-vous pas ce que dit la sagesse des nations? Aux innocents les mains pleines.

Romberg s'accommodait à merveille de cet arrangement. Il épiait du coin de l'œil et en souriant les naïves coquetteries de Mina et la stratégie amoureuse de son ami Limbourg; et quand les billets doux de ce dernier étaient surpris par la comtesse, il s'en déclarait l'auteur. Mais la vieille dame avait lu dans le jeune cœur de Mina, et n'entendait pas raillerie sur le chapitre de l'honneur conjugal.

«Mon cher neveu, dit-elle à Romberg, les choses ne peuvent aller ainsi plus longtemps. Vous ne voyez rien de ce qui se passe: c'est le privilège des maris. Mais je vois tout, moi, et je sais ce qui se dit tout bas autour de vous. Limbourg est ici toute la journée, et je vais lui signifier...

--Ah! ma tante, gardez-vous-en bien! Je vais vous dire le mot de l'énigme, que vous ne soupçonnez pas. Apprenez que Limbourg est amoureux de madame de Rosenthal. C'est pour elle qu'il vient; il doit l'épouser dans huit jours.