Ramasser des... etc.
En Champagne, les cueilleurs et le cueilleuses viennent du département des Ardennes, amenant avec eux des mulets, animaux presque inconnus dans la contrée. Pendant toute la durée des vendanges, ils logent dans les auberges ou dans les granges, et passent la plus grande partie de la nuit à boire et à danser. On les paie de 10 centimes à un franc 50 cent. selon leur capacité; on ajoute à cette rétribution une miche et un verre d'eau-de-vie; et, moyennant un aussi faible salaire, ils travaillent depuis cinq heures et demi du matin jusqu'à sept heures du soir. A la vérité, ils n'ont rien à débourser pour la nourriture du leurs mulets, qu'ils lâchent dans la première prairie venue, en dépit des gardes champêtres.
Les meilleurs se rassemblent sur la place, au son de la cloche, dès trois heures du matin, et se partagent en escouades, sous la direction des différents vignerons. Les pareuses restent au logis pour y attendre les raisins, qu'elles sont chargées de trier. Ceux de qualité supérieure sont immédiatement portés au pressoir; on les presse à plusieurs reprises, car, dans l'opinion de la majorité des vinologues, les qualités du vin tiennent à la fois au suc, aux pépins et à la grappe. On entonne sans laisser cuver, et l'on soutire quelques jours après. Durant l'hiver, le vin est transvasé dans de nouveaux fûts; et, au printemps, à l'époque oa la sève bout, on le soutire encore pour le mettre en bouteille. On ajoute alors au vin du tannin pour le garantir où la graisse, et du sucre candi pour le faire mousser, et le précipité qui se forme est plus tard enlevé par le tonnelier.
Les vendanges du Champagne sont terminées par une fête qu'on nomme le cochelet: les pressureurs offrent au propriétaire un bouquet de pampres et de branches d'arbres, et reçoivent une gratification qu'ils consacrent à de longues réjouissances. Presque généralement les vendanges sont l'occasion de banquets prolongés, de danses, de concerts rustiques; celles de cette année, malgré leur déplorable résultat, n'ont pas arrêté l'expansion de la joie populaire. Les violons n'ont pas été décommandés; les musettes ont retenti comme d'habitude; à défaut du vin doux, on savoure celui des années précédentes, et le peuple en liesse, noyant ses soucis dans les pots, s'est consolé du présent par le passé.
Récolte du raisin.
L'année a été également funeste aux raisins de treille. Les succulents chasselas de Fontainebleau, les chasselas doré à grains ronds, le chasselas musqué, le hennant blanc, la rochette blanche, sont loin d'égaler en grosseur et saveur ceux qu'on avait récoltés en 1842. La treille du roi seule a dû quelques belles grappes aux avantages de son exposition. Elle est située en plein midi, sur le mur de clôture du parc, du coté de l'entrée de l'abreuvoir, et abritée de toutes parts contre l'influence des vents. Les bras des ceps s'étendent horizontalement, chargés d'un petit nombre de grappes isolées. Au-devant de la treille règne un long cordon de vignes, auxquelles est appliqué le même système de taille. A deux mètres plus loin s'allonge une charmille qui suit, comme la treille même, les ondulations du terrain.
N'oublions pas la récolte du houblon en Flandre et les vendanges de Normandie. L'indigène de Calvados ou de l'Orne n'attache pas moins de prix à ses pommiers, que le duc de Montebello à ses clos champenois. Or, l'année a été prometteuse; il y a un peu de quetines (pommes tombées avant leur maturité), et l'on débitera bientôt du bon cidre doux à dépoteyer.
On évalue la consommation annuelle du cidre en France à 10,011,956 hectolitre, et celle de la bière à 9,896,239. Ce n'est que sur les confins de la Belgique qu'on cultive en grand le houblon nécessaire à la confection de la bière. On plante chaque pied sur une motte de terre, et l'on soutient les tiges grimpantes avec des perches de 8 à 10 mètres de hauteur. Ces longs filaments, qui se croisent, montent, retombent et s'entrelacent comme des lianes, donnent aux houblonnières l'aspect d'une forêt vierge. A la fin de septembre, on coupe les sarments avec la faucille, on arrache les perches, et les fruits récoltés sont amoncelés dans des sacs où ils se conservent, et forment une masse compacte que l'on peut couper par tranches pour la vendre en détail.
Souhaitons aux vignerons meilleure chance pour l'année prochaine; puissent-ils remplir leurs enviers jusqu'aux bords; et, comme le recommande Rabelais, «en celle où en meilleure pensée réconfortons notre entendement, et buvons frais, si faire se peut.»