Lorsque Pusterla arriva sur la cime des monts qui séparent les deux contrées, il s'arrêta, regarda de tous côtés le ciel et la terre. Les genoux semblaient lui manquer, et Pedrocco lui demanda s'il se trouvait mal. Il répondit en soupirant: «Ici finit l'Italie!

--L'Italie, s'écria Pedrocco, Votre excellence pourra la trouver dans Avignon. Là, cardinaux, serfs, camériers, poètes, bouffons, tout est Italien.

--Et connaissez-vous dans cette ville d'Avignon Guillaume Pusterla?

--Qui? l'archiprêtre de Moura? Je l'ai accompagné, moi-même.

--Et comment se trouve-t-il?

--Très bien; gras, triomphant; il est d'une santé à passer cent ans.

--Je le sais; mais je demande si le pape le favorise, s'il connaît les disgrâces de sa famille à Milan, s'il est bien vu à la cour.

--Ce sont des choses auxquelles je n'entends rien.» Après un court séjour à Paris, Pusterla vint dans cette partie tout italienne de la France, comme le lui avait dit Pedrocco, c'est-à-dire dans le comtat Venaissin. A peine arrivé à Avignon, il s'informa de la demeure de l'archiprêtre de Moura, Guillaume Pusterla, son oncle, et il fut reçu par le digne, prélat avec toute la joie imaginable. L'argent que Pusterla avait placé sur les principales maisons de commerce de la France, et qui s'élevait à des sommes très-considérables, lui permit de mener, malgré la confiscation de ses biens, un train convenable à son renom et à sa naissance. Son oncle le mit en rapport avec tous les dignitaires ecclésiastiques d'Avignon, et aussi avec les hommes qui se distinguaient le plus par leur science, entre autres avec Pétrarque.