Plus lard, Manon Philipon devient madame Roland, et Barbaroux met, comme membre de la Convention, son éloquence au service de la cause nationale. Femme du ministre de l'intérieur, madame Roland emploie son autorité, d'une part à défendre la patrie, de l'autre à adoucir le sort des proscrits que frappe le malheur des temps.
Peu à peu la tempête révolutionnaire menace toutes les têtes, et ne respecte pas même les plus dévouées et les plus patriotes; nous retrouverons Barbaroux et madame Roland à l'Abbaye, marchant à l'échafaud d'un pas héroïque.
Ce sujet, simple en apparence, est noyé dans une foule d'épisodes qui l'alanguissent et lui donnent tous les caractères d'une œuvre de fantaisie, sous prétexte de la Révolution.--Peut-être serait-il mieux de ne pas jouer ainsi avec de tels événements et de tels hommes, et de ne point les rapetisser jusqu'au vaudeville. Il y a cependant des mots spirituels et quelque intérêt dans cette pièce, quoique, l'effet en soit bien sombre pour un théâtre habitué aux chansons. (Le Vaudeville a tort de toucher à la hache.)
Misère Publique.
L'hiver approche: pour le riche c'est la saison du luxe et des plaisirs, pour le pauvre c'est celle du dénûment et des plus rudes souffrances. Mais comme c'est le temps aussi où, de toutes parts, les magistrats municipaux et les bureaux de bienfaisance font appel aux hommes heureux pour qu'ils viennent en aide aux indigents, nous croyons que c'est le moment de dresser une statistique de la misère.
D'après le recensement fait en 1841, le chiffre total des individus recueillis en France par les hospices et hôpitaux se montait à 93,335. Mais la division de ces malheureux entre les départements ne saurait rien prouver quant à la misère proportionnelle, qui y règne. En effet, nous voyons dans ces tableaux qu'en général ce sont précisément les départements où il y a le plus d'aisance qui, ayant trouvé le plus facilement des ressources pour fonder de grands établissements de charité et pour secourir la misère sur une plus large échelle, fournissent le chiffre le plus élevé; tandis que les autres départements qui n'ont pu recourir aux mêmes moyens, quoique la misère y soit plus grande, fournissent nécessairement et malheureusement un chiffre moins considérable à la statistique ministérielle. Ce document ne prouve donc pas plus que ces autres calculs qui établissent que, dans le département du Nord, sur 6 habitants on en compte un qui a besoin d'être secouru, tandis que, dans la Creuse, il ne se trouve qu'un pauvre sur 58 personnes. Ces chiffres fussent-ils exacts, on aurait à se demander si la situation des 57 habitants de la Creuse considérés comme non indigents parce qu'ils ne sont pas secourus, leur permettrait, alors qu ils y seraient portés, de venir aussi efficacement en aide à l'indigent qui est à côté d'eux que la situation des 5 citoyens aisés du Nord leur permet d'adoucir la position de leur concitoyen pauvre. Il est évident que des associations de secours mutuels entre travailleurs, qu'une meilleure réglementation du travail modifierait bien promptement la proportion dans ce dernier département. Mais quelles nombreuses et quelles lentes améliorations ne faudra-t-il pas pour que la proportion donnée ne soit plus mensongère dans les départements pauvres du centre, et de quelques autres parties de la France?
A Paris la situation est mieux constatée, et les chiffres ont une signification plus réelle. Nous ne nous occuperons pas aujourd'hui de la partie de la population qui est traitée et recueillie dans les hôpitaux et les hospices. Il y a là tout un travail à part que nous nous proposons bien d'entreprendre, mais quant à présent nous ne supputerons que la population indigente secourue à domicile par les bureaux de bienfaisance.
En 1841, dernier exercice, sur lequel l'administration ait publié son travail de compte-rendu, 29,282 ménages indigents ont été secourus. Ce chiffre se décompose ainsi:
Ménages ayant reçu des secours temporaires. 10,424
-- -- des secours annuels ordinaires. 14,383
-- -- Octogénaires, l,223 }
-- -- Septuagénaires. 1,962 }
-- -- Aveugles. 1,054 } 4,475
-- -- Paralytiques. 236 }
Total égal. 29,282
Ce nombre était de 30,361 en 1829, de 31,723 en 1832, de 28,969 en 1935,et de 26,936 en 1838. Ainsi, malgré l'augmentation constante de la population, le nombre des indigents avait constamment décru depuis 1832, époque à laquelle le commerce et l'industrie commencèrent à prendre du développement, jusqu'en 1838, année de leur apogée. C'est à la fin de cette dernière année qu'on vit commencer la crise à l'influence de laquelle le commerce n'a pas échappé depuis, et dont l'un des effets a été d'augmenter le nombre des indigents de près d'un dixième.