«Qu'est-ce que l'irritation excessive?» demande M. Parchappe; mais ici on l'arrête en lui opposant encore le nom de Pinel, et lui disant qu'il est fatal de s'élever contre la parole du maître. Nous avions toujours vécu dans la conviction que rien n'est plus fatal que de jurer sur la parole du maître, et qu'on nous permette de l'avouer, la contre-partie de cet aphorisme nous rappelle les proverbes que Beaumarchais s'amusait à retourner.

M. Négrier présente une note sur un moyen d'arrêter les hèmorrhagies nasales, qui consiste à élever un bras ou les deux à la fois, après avoir bouché préalablement la narine ou les narines si l'écoulement a eu lieu des deux côtés. Il s'appuie sur un assez grand nombre d'observations qui lui sont propres, et que M. Dumas déclare avoir vu ce moyen réussir plusieurs fois. On sait que certaines attitudes, comme la station à genoux et l'extension des bras en croix, sans autre soutien que la force musculaire, amènent chez quelques individus un état voisin de la syncope ou même la syncope complète quand ces altitudes sont maintenues un certain temps. Cela expliquerait assez bien, sous le rapport physiologique, l'effet produit par l'élévation des bras dans l'hémorrhagie nasale. L'expérience aura bientôt décidé de l'importance réelle de ce moyen, que nous n'avions encore vu indiqué dans aucun auteur, et dont il faudra savoir gré à M. Négrier, si la pratique générale vient confirmer les observations qu'il a pu faire.

Chirurgie.--M. Jobert de Lamballe a présenté un mémoire sur la cure radicale de la grenouillette par un procédé autoplastique dont il est l'inventeur; ce procédé, fort ingénieux, a réussi déjà plusieurs fois à M. Jobert, et on peut le considérer comme une véritable conquête chirurgicale, puisqu'il permet de guérir sans retour un mal dont les moyens employés jusqu'à ce jour amenaient rarement la guérison momentanée, et n'empêchaient presque jamais la récidive.

Plusieurs mémoires ont été présentés, notamment par MM. Malgaigne et Desmarres, sur des opérations pratiquées pour rendre à la cornée si transparence en enlevant les couches devenues opaques, et pour remédier par l'autoplastie aux pertes de substance on à l'enlèvement de cette importante partie de l'œil. Les essais n'ont encore été tentés que sur des animaux, et demandent à être continués par de nouvelles et nombreuses expériences, et sanctionnés par le temps avant que ces différents procédés soient appliqués à l'homme. Nous tiendrons nos lecteurs au courant de cette question dans le compte-rendu du prochain trimestre.

Des Théâtres et du Droit Perçu sur leurs recettes.

On trouve dans les registres manuscrits du Parlement, à la date du 27 janvier 1541, des lettres patentes de François ler accordées aux Confrères de la Passion et enregistrées par le Parlement, à la condition de l'accomplissement de certaines formalités. Nous y lisons;

«Sur lettres patentes portant permission à Charles le Noyers et consorts, maistres et entrepreneurs Au Jeu et Mystère de l'Ancien Testament, faire jouer et représenter en l'année prochaine ledit jeu et mystère, suivant lesdites lettres, leur a esté permis par la cour, à la charge d'en user bien et duement sans y user d'aulcunes frauldes, ny interposer choses prophanes, lascives ou ridicules; que pour l'entrée du théâtre, ils ne prendront que deux solz de chascune personne; pour le louage de chascune loge durant ledict mystère, que trente escus; n'y sera procédé qu'à jours de festes non solennelles; commenceront à (une) heure après midy, finiront à cinq; feront en sorte qu'il n'en suive scandalle ou tumulte; et à cause que le peuple sera distraict du service divin, et que cela diminuera les aulmônes, ils bailleront aux pauvres la somme de mil livres, sauf à ordonner de plus grandes sommes.»

Cette stipulation d'une somme une fois payée est la plus ancienne redevance connue imposée à un théâtre au profit des pauvres. Nous avons le premier, dans un autre ouvrage, fait connaître cet édit. Nous n'en avons trouvé aucun autre qui ait, sous les règnes suivants, prescrit un prélèvement du même genre; mais si la mesure ne continua pas à être obligatoire, les comédiens furent toujours volontairement charitables. Sur les plus anciens registres que possède la Comédie-Française, sur les registres de la troupe de Molière, on voit souvent figurer à la dépense du jour des articles analogues à ceux que nous y trouvons à la date du 25 mai 1665. On avait donné Don Japhet d'Arménie, de Scarron; la recette avait été de 265 livres; voici la dépense:

Frais ordinaires 55 liv. 13 s.
A Craunier, pour des menus frais, 1 10
A M. Ducroisy, pour une charité, 11 »
Pour les Capucins, 1 »

Ou trouve souvent, sur les registres de cette troupe, de ces mentions de charités. On y voit même figurer le prix de deux messes; mais c'est quelques jours après la mort de Molière, et sans aucun doute à l'occasion de cet événement. Quant aux aumônes aux Capucins, elles reviennent sans cesse pour des sommes de dix sous à deux et trois livres. Jusqu'en 1696, ces dons demeurèrent variables; mais, à partir de cette époque, les Comédiens Français consentirent à ce qu'il fût prélevé chaque mois, sur leurs recettes, une somme à répartir entre les plus pauvres couvents de Paris. Les Cordeliers, non compris dans le partage, adressèrent aux Comédiens la requête suivante: