«Chers frères, les Pères Cordeliers vous supplient très-humblement d'avoir la bonté de les mettre au nombre des pauvres religieux à qui vous faites la charité. Il n'y a point de communauté à Paris qui en ait un plus grand besoin, eu égard à leur nombre et à l'extrême pauvreté de leur maison. L'honneur qu'ils ont d'être vos voisins leur fait espérer que vous leur accorderez l'effet de leurs prières, qu'ils redoubleront pour la prospérité, de votre chère compagnie.»

Le 25 février 1699, cet abandon, jusque-là facultatif de la part des directeurs, devint obligatoire, et une ordonnance de cette date porte que «le roi, voulant contribuer au soulagement des pauvres, dont l'Hôpital général est surchargé, a cru devoir leur donner quelque part aux profits considérables qui reviennent des opéras de musique et comédies qui se jouent à Paris par sa permission.»

C'est de cette dernière époque que date ce qu'on appelle le droit des pauvres; mais avant la Révolution, cette redevance n'était pas la seule que les théâtres eussent à acquitter. Ils payaient également tribut, la Comédie-Française exceptée, à l'Académie royale de Musique. Des registres que possèdent les archives de l'Opéra nous font connaître les noms et les chiffres des redevanciers pour l'année 1784-85:

Le Vauxhall d'Hiver, le sieur de La Salle, liv. s. d.
forfait pour l'année. 600 » »
Les grands danseurs de corde, le sieur Nicolet,
à 48 livres par représentation. 18,048 » »
Ambigu-Comique, le sieur Audiot, à 36 livres, par
représentation. 16,048 » »
Variétés-Amusantes, les sieurs Maltère, à 36 livres
par représentation. 20,868 » »
Redoute chinoise, le sieur Plainchêne, à 24 livres
par représentation. 2,391 » »
Les Associés, du 1er octobre, 600 livres par an. 300 » »
Figures en cire du sieur Curtins. 150 » »
Spectacle du théâtre des Beaujolais. 835 » »
Le sieur Préjean. 25 » »
Ombres Chinoises. 120 » »
Optique du sieur Zaller. 180 » »
Les Fantoccini italiens. 345 » »
Les feux du sieur Ruggiere. 936 » »
Joute de la Rapée. 324 » »
Joute du Gros-Caillou. 384 » »
Courses de chevaux du sieur Ashley jusqu'au
16 février 1785. 2,016 » »
L'homme ventriloque. 24 » »
Machine hydraulique, à 5 livres par mois. 5 » »
Le sieur Nicoud, pour avoir le droit de faire
voir son singe. 6 » »
Le sieur Marigny, pour avoir le droit de faire
voir des nains. 36 » »
Le sieur Second, pour avoir le droit de faire
voir des marionnettes. 48 » »
Le sieur Devains, pour un cabinet de figures en cire. 36 » »
Le sieur Du Mesuyb, géants, pour la foire Saint-Germain. 30 » »
Le sieur Berlin, mécanicien. 12 » »
Total. 63,841 6 8

L'année suivante, les abonnements annuels furent plus nombreux; mais cet arrangement fut tout dans l'intérêt de l'Opéra, qui exigea, à forfait: de la Comédie-Italienne, 40,000 liv.; des Variétés, 40,000 liv.; des grands danseurs de corde, 24,000 liv.; et de l'Ambigu-Comique, 30,000 liv.

La Révolution vint abolir ce vasselage comme tous les autres; mais bientôt, le droit fixe et général du dixième de la recette brute au profit de l'administration des hospices fut établi à Paris, sur tous les théâtres sans exception. Cette mesure détermina la plupart d'entr'eux à augmenter du dixième le prix de leurs places, par ce calcul que le public ne serait point éloigné ou diminué par cette augmentation, qu'ils regardaient comme insignifiante, et qu'ainsi ce serait uniquement lui qui supporterait cet impôt. C'est ce qui explique le prix actuel de 44 sous pour une place de parterre à la Comédie-Française. Il n'était antérieurement que de 40 sous.

Un document administratif, récemment publié, fait connaître les sommes que les différents théâtres ont payées pour ce droit depuis trente-cinq années, que l'on divise en périodes quinquennales. L'Opéra a versé, pour sa part, 2 millions 573,000 fr.; le Théâtre-Français. 2 millions 215,000 fr.; l'Opéra-Comique, 2 millions 60,000 fr. En voici le détail:

Opéra. Français. Opéra-Comique.
De 1807 à 1811, 293,000 351,000 334,000 fr.
De 1812 à 1816, 305,000 385,000 337,000
De 1817 à 1821, 282,000 344,000 323,000
De 1822 à 1826, 314,000 348,000 306,000
De 1827 à 1831, 309,000 234,000 243,000
De 1832 à 1836, 498,000 251,000 215,000
De 1837 à 1841, 572,000 303,000 302,000

Nous bornant à ces cinq dernières années pour les autres théâtres, nous voyons que, de 1837 à 1841, en prenant, non pas le rang que leur assigne le plus ou le moins de dignité de leurs genres respectifs, mais l'ordre que nous indique l'importance de leur tribut, ils ont payé:

Cirque-Olympique, 356,000 fr.
Italiens, 315,000
Palais-Royal, 277,000
Variétés, 238,000
Gymnase-Dramatique, 216,000
Gaieté, 201,000
Vaudeville, 195,000
Porte-Saint-Martin, 180,000
Ambigu-Comique, 162,000
Folies-Dramatiques, 124,000