Il s'y campa cependant, malgré les épigrammes. Elu en 1813, sa réception en séance publique n'eut lieu que dix-huit mois plus tard, en février 1814. De grands événement venaient d'étonner le monde et de changer la face de l'Europe. Tout s'en ressentit, tout, jusqu'à la réception de Campenon. --Les circonstances en firent une affaire importante; les passions politiques s'en mêlèrent; les partis y trouvèrent un aliment; dans cette séance académique, Campenon, ardent royaliste, représenta la Restauration, récemment victorieuse, et Régnault de Saint-Jean-d'Angély, chargé de lui répondre, le drapeau de l'Empire vaincu. L'affluence fut immense, et les journaux du temps racontent que jamais de mémoire académique, ou n'avait si bruyamment assiégé les portes et si tumultueusement envahi les banquettes. Dans le compte-rendu inséré au Journal des Débats, Féletz, félicite le récipiendaire de cette foule curieuse. «On y remarquait un grand nombre d'étrangers, dit-il, et particulièrement beaucoup d'Anglais et beaucoup d'Anglaises.» Triste éloge et douloureux cortège, derrière lequel l'œil du citoyen devait toujours voir les infortunes de la patrie!
Le rôle de Campenon était facile à remplir: il ne s'agissait que de louer les Bourbons avec adoration, et de maltraiter l'Empereur abattu; c'est ce qu'il fit. Régnault de Saint-Jean-d'Angély, au contraire, avait la lâche périlleuse. Placé entre son passé, ses affections bien connues et les nécessités du moment, il fallait qu'il ménageai le pouvoir présent sans compromettre son caractère, et tout en laissant percer le fond de sa pensée, il se tira du danger, non sans talent et sans courage. Plus d'un mot détourné, plus d'une phrase habile maintinrent la dignité de l'orateur et les sentiments de l'homme politique. Régnault hasarda surtout une certaine distinction entre le prince et la patrie, qui lui attirèrent le lendemain les vives attaques des feuilles royalistes.
Après cette chaude, escarmouche, la gloire littéraire, de Campenon rentra dans la modestie et le silence; quant à Campenon lui-même, il tint de l'amitié de la Restauration plusieurs fonctions importantes, l'une au ministère de l'instruction publique, l'autre à l'intendance des menus-plaisirs. A propos de cette dernière faveur, il courut sur son compte une épigramme qui se terminait par ces deux vers:
Pour le placer dans les menus.
On a consulté ses ouvrages.
Une santé délabrée et les événements de 1830 éloignèrent Campenon des fonctions publiques. II y avait près de quinze ans qu'il vivait à la campagne entouré d'amitiés et d'affections. C'était un homme d'un esprit agréable après tout, et d'un aimable caractère.
--On nous annonce de tous côtés des hommes de génie et des prodiges à foison. Ici un drame merveilleux intitulé Diegorias; là une admirable comédie en cinq actes et en vers dont la réputation court la ville depuis huit jours sous le titre des Bâtons flottants. Ces deux chefs-d'œuvre en espérance ont excité, dit-on, l'enthousiasme de MM. les comédiens ordinaires du roi, qui viennent de les accueillir à bras ouverts. L'auteur du drame étonnant est un jeune homme jusqu'ici parfaitement inconnu, et qui se nomme M. Séjour. Quant au père de l'admirable comédie, c'est bien un autre mystère: personne ne sait ni d'où il vient, ni qui il est, ni comment il se nomme. Nous proposons le mot de cette énigme aux esprits patients et sagaces qui devinent avec tant de succès les rébus de l'Illustration.
Ce n'est pas assez du Théâtre-Français; l'Académie royale de Musique va bientôt avoir aussi son prodige; M. le marquis de Louvois en aura été le père et le tuteur. Dimanche dernier, le spirituel marquis a prêté ses salons à la mise au jour de la merveille; c'était une exhibition à huis-clos en attendant le grand éclat public. Or, la merveille est un opéra en deux actes nommé l'Égyptienne; on ne parle pas de l'auteur des paroles; il n'est question que du compositeur qui a écrit la musique; il s'appelle Wilbach et échappe à peine à l'adolescence: Wilbach n'a que dix-sept ans; une circonstance ajoute une douloureuse émotion à l'intérêt qu'il inspire par son talent précoce; Wilbach est aveugle.
Plusieurs artistes, et des meilleurs, parmi eux Barroilhet, s'étaient mis à la disposition de M. le marquis de Louvois pour ce curieux essai. Ce n'est donc pas l'exécution habile qui devait manquer à l'œuvre du jeune maestro. Mais, hâtons-nous de le dire, l'œuvre ne s'est pas manqué à lui-même; il a charmé et surpris l'assemblée; on peut croire aux promesses d'un succès qui avait Meyerbeer et Halevy pour témoins et pour approbateurs L'Académie royale de Musique était représentée par M. Léon Pillet, et l'Académie royale de Musique a battu des mains.--Le nom de Wilbach a un air allemand qui pourrait faire croire que l'intéressant artiste arrive de Munich ou de Vienne. Qu'on ne s'y trompe pas; Wilbach est de Montpellier; cela est toujours bon à constater d'avance, afin qu'un jour l'Allemagne, ne le dispute pas à la France, pour peu que le simple aveugle d'aujourd'hui devienne un aveugle grand homme. On ne sait ce qui peut arriver.
--Il y a longtemps qu'on a dit de Paris qu'il conquérait le monde par ses idées; on pourrait ajouter par ses vaudevilles et par ses contre-danses. Le vaudeville parisien envahit l'univers; je ne sais plus quel touriste raconte avoir assisté, au fond de l'Asie, à la représentation du Nouveau Pourceaugnac, de M. Scribe: il est clair qu'avant peu le répertoire du Gymnase et du Palais-Royal envahira la Chine, et fera son entrée à la cour du sublime empereur. Quant à la propagande de la contre-danse, voici un fait qui en donne une preuve particulièrement remarquable: on assure, et cela très-sérieusement, que S. M. Pomaré, reine des îles Marquises, voulant organiser pour cet hiver un bal à grand orchestre, a fait faire des propositions A M. Rosisio, un des Musards de la contre-danse; M. Rosisio se serait chargé de faire danser aux îles Marquises, et, en tête, à la reine Pomaré: la Lionne, la Saltimbanque et les Hussards de la garde; mais M. Rosisio est l'Hippocrate du Galop: il a refusé les présents d'Artaxerce-Pomaré. M. Rosisio tient à ne faire galoper que sa patrie.