La météorologie remonte donc comme science à la plus haute antiquité; elle précède même la physique proprement dite. Toutefois, bien qu'étudiée depuis des milliers d'années, bien que née la première peut-être, elle n'est pas aussi avancée que les autres sciences, ses sœurs cadettes. M. Kaemtz en explique ainsi la cause principale dans son introduction: Le nombre des observations sur les modifications de l'atmosphère est sans doute considérable, mais ce sont des observations dans le sens le plus restreint de ce mot. Nous observons le phénomène qui s'offre à nous, mais nous ne pouvons le modifier et le varier à notre gré; nous ne saurions même le reproduire à volonté; en un mot, nous ne pouvons recourir à l'expérience. Nos moyens et nos forces vont beaucoup trop limités pour qu'il nous soit possible de produire les moindres modifications dans l'atmosphère. Nous en sommes réduits à enregistrer des faits; et, comme l'a très-bien dit W. Herschel nous ressemblons à un homme qui entendrait çà et là quelques fragments d'une longue histoire racontée à des intervalles éloignés par un narrateur diffus et peu méthodique. Réduite à l'observation, la météorologie ne pouvait donc pas marcher d'un pas égal à celui des autres branches de la physique.»
Cependant, malgré les obstacles contre lesquels elle s'est vue obligée de lutter, la météorologie a fait des progrès notables depuis la fin du siècle dernier; aujourd'hui, elle commence à s'asseoir sur des bases solides; l'ouvrage que M. le professeur Kaemtz a publié à Malle en 1840, sous ce titre: Vortesungen über Meteorologie (Lectures sur la Météorologie), et que M. Charles Martins a eu l'heureuse idée de traduire en français, outre qu'il en propagera et qu'il en facilitera l'étude, contribuera, nous n'en doutons pas, à en hâter le développement.
Avant la publication de cet ouvrage, il n'existait point dans notre langue de cours complet de météorologie qui résumât l'état de nos connaissances actuelles sur cette branche si importante des sciences physiques. C'est pour combler cette lacune que M. Charles Martins, professeur agrégé d'histoire naturelle à la Faculté de Médecine de Paris, s'est décidé à traduire les Vortesungen über Meteorologie de M. Kaemtz, professeur de physique à l'Université de Halle. «Ce livre, dit-il dans sa préface, m'a semblé le meilleur de tous ceux qui ont paru à l'étranger. L'auteur se trouvait, en effet, dans les conditions les plus favorables pour faire un bon cours de météorologie. Observateur habile et infatigable, il a entrepris et continué à Halle, presque sans aide, une série barométrique, thermométrique et psychrométrique, qui comprend près de dix années consécutives. Non content d'étudier les changements de l'atmosphère dans les plaines de l'Allemagne, il a séjourné sur le Rigi, en Suisse, à 1810 mètres au-dessus de la mer, du 247 mai au 24 juin 1832, et sur le Faulhorn, à 2671 met ces, du 11 septembre au 3 octobre de la même année. En 1833, il observa de nouveau sur le Rigi pendant le mois de juin, et du 11 août au 17 septembre, sur le Faulhorn. Dans l'été de 1837, il fixa sa résidence à Deep, près Trenton, sur les bords de la Baltique, pour apprécier l'influence de la mer et contrôler la série météorologique comprenant une année d'observations faites à Speurade, en Danemark, par M. Neuher.»
Ces détails prouvent que l'auteur avait étudié par lui-même et dans les circonstances les plus variées le cours régulier des phénomènes atmosphériques. Il ne lui restait plus qu'à connaître les travaux des autres et à consulter des documents immenses, mais épars, dispersés dans des livres écrits sur les sujets les plus divers et souvent les plus étrangers à la météorologie. Ici encore, l'auteur était armé de toutes pièces; car, avant d'écrire son cours, il avait publié un grand Traité de Météorologie, plein d'érudition et de recherches originales (Lehr bach der Meteorologie, 3 vol. in-8, 1834 à 1836). Cet ouvrage, pour lequel toutes les sources ont été consultées et mises à profit, est certainement le traité le plus complet qui existe; mais le nombre considérable de faits qui y sont accumulés, l'usage fréquent des notations algébriques, le manque de divisions et de subdivisions, enfoui peut être un livre, plutôt utile à consulter que facile à lire. Toutefois, on comprend combien un pareil travail a du contribuer à la perfection de celui qui l'a suivi. Non content de pratiquer la météorologie et de l'étudier dans les livres, M Kaemtz a professé cette science pendant plusieurs années à l'Université de Halle, et l'expérience du professeur s'est ajoutée à celle du savant et de l'observateur. C'est ainsi préparé que M. Kaemtz a écrit Cours de Météorologie, qui offre un résumé élémentaire, mais complet de cette science. Nommé professeur à l'Université de Dorpat depuis quelques années il a pu se livrer à l'étude des basses températures, des aurores boréales, et de tous les phénomènes optiques de l'atmosphère qui sont si caractérisés dans les régions du Nord.
Le traducteur des Varlesungen über Meteorologie n'était pas moins capable de bien remplir la tâche difficile qu'il s'impose volontairement dans le double intérêt de la science et de ses compatriotes. M. Charles Martins est un des plus savants professeurs de la Faculté de Médecine de Paris. Dans les deux voyages de la Recherche en Norwège et au Spitzberg pendant les années 1838 et 1839, il a eu l'avantage de prendre part à tous les travaux météorologiques de la commission scientifique dont il faisait partie. Il a manié les instruments, observé les aurores boréales, les halos, les anthélies, les phénomènes crépusculaires dans toute leur beauté; il a pu apprécier l'influence du climat sur la limite des neiges perpétuelles, les glaciers qui en descendent et la végétation qui les entoure. Durant l'hiver qui a séparé les deux expéditions, il a fait à Paris, avec le commandant Delcros, une série météorologique d'heure en heure, jour et nuit, correspondant à une partie de la série hivernale de MM Lottin, Lillishonk, Bravais et Silvestroem, à Bosekop, en Finnark, sous le 70° de latitude. Enfin, dans le but de comparer les phénomènes des contrées boréales avec ceux d'un climat analogue des latitudes moyennes résultant d'une grande élévation au-dessus du niveau de le mer, il a habité avec M. Bravais, du 16 juillet au 8 août 1841, cette même auberge du Faulhorn où M. Kaemtz avait déjà passé deux étés. Aussi M. Ch. Martins ne s'est-il pas contenté de traduire avec un style toujours clair et facile le cours de météorologie de M. Kaemtz, il l'a enrichi presque à chaque page de notes curieuses qui en font pour ainsi dire un ouvrage original. D'une part, il y a ajoute les extraits des travaux français et étrangers les plus remarquables qui ont paru depuis la publication de son livre ou qui lui avaient échappé; d'autre part, il l'a complété en révélant au monde savant un nombre considérable de faits nouveaux ou inédits qu'il a observés le premier ou que lui a communiqués l'amitié désintéressée de M. A. Bravais.
Le Cours complet de Météorologie est divisé en neuf chapitres, Le premier, intitulé Considérations sur la marche de la Température en général, traite du thermomètre, de la propagation de la chaleur, des saisons, de l'influence de la latitude sur la température, de la température des couches supérieures de l'atmosphère; le second et le troisième sont consacrés aux vents et aux météores aqueux. Dans l'un, nous apprenons à connaître la direction des vents, leur vitesse, leurs causes, leurs différences dans les diverse régions du globe, leur variabilité, leur mode de propagation et leurs propriétés physiques L'autre s'occupe des gaz et des vapeurs qui composent l'atmosphère, de la rosée et de la gelée blanche, du brouillard, des nuages, de la pluie, de la neige et de bizarres figures de ses flocons, etc.; le quatrième a pour titre: Distribution de la Température à la surface du Globe; le cinquième: Poids de l'Atmosphère; dans le sixième, l'auteur passe en revue les Phénomènes électriques de l'Atmosphère, la lumière électrique, la formation des orages, les éclairs, le tonnerre, la gelée, les trombes, les causes des orages; le septième contient l'analyse des Phénomènes optiques de l'Atmosphère autres que les Aurores boréales, qui remplissent le huitième tout entier; enfin le neuvième renferme de curieux détails sur les Phénomènes problématiques, tels que les pluies de sang, de soufre, de blé, d'animaux; le brouillard sec, les étoiles filantes, les aérolithes, etc.
Ce remarquable ouvrage est terminé par un appendice sur la Représentation graphique des tableaux météorologiques et des lois naturelles en général. M. Léon Lalanne, ingénieur des ponts et chaussées, a représenté d'une manière graphique, dans cet appendice, 42 tableaux numériques, sur 113, d'après le système de deux coordonnées rectangulaires et d'après un autre système à trois coordonnées dont il a le premier généralisé l'usage et dont il expose les principes. «Ces représentations graphiques, dit M Ch. Martins, sont un service immense rendu à la météorologie, car elles ont le triple avantage de peindre aux yeux les résultats numériques, de représenter les lois dont ils sont l'expression, et de faire voir, par l'irrégularité de certaines courbes, quelles sont celles qui ne représentent pas les lois naturelles et réclament un nombre d'observations plus considérables.
Catalogue général des livres composant les bibliothèques du département de la Marine et des Colonies; par M. Bajot, conservateur-général, inspecteur des bibliothèques,--Paris, de l'Imprimerie royale. 1838-43. 5 vol. grand in-8.
L'utilité des bibliothèques spéciales n'est pas douteuse. Un ouvrage rare sur une matière spéciale, possédé par un établissement qui n'a que peu de livres sur la même matière acquerrait un bien plus grand prix encore et serait appelé à rendre de plus fréquents services, s'il se trouvait transporté dans un dépôt qu'il viendrait souvent compléter. Mais ce déplacement, qui serait si utile, serait bien difficile à exécuter, car il faudrait, pour la réalisation de ce projet, obtenir le concours et la bonne intelligence d'administrations diverses, et l'entreprise est, nous le croyons bien, au-dessus des forces humaines. Les conservateurs des dépôts spéciaux font donc sagement de ne point attendre ces fusions qu'on leur a fait entrevoir comme des mirages, et de poursuivre, autant que les ressources de leurs établissements le leur permettent, le complément de leurs collections, sans compter sur les trésors qu'ils voient demeurer inutiles dans les mains de leurs confrères. En vain les rapports aux ministres, les rapports aux chambres viendront longtemps encore réclamer les mesures nécessaires pour mettre en valeur les richesses enfouies. Que les bibliothécaires ne comptent que sur leur zèle propre pour donner à leurs dépôts l'ensemble qui leur peut manquer.
M. Bajot conservateur-général des bibliothèques de la Marine, a entrepris un immense et remarquable travail dont les frais ont été portés au budget pendant plusieurs années successives et dont les commissions de la Chambre des Députés ont pressenti l'importance. Ce travail a été conçu avec beaucoup d'intelligence; il s'exécute avec un zèle, une persévérance et un savoir egalement rares. Cette publication se divisera en deux parties: le Catalogue et la Bibliographie.--Le Catalogue, aujourd'hui terminé, est l'inventaire, dans un ordre systématique, de tous les ouvrages renfermés dans les bibliothèques du département de la Marine, que ces ouvrages aient ou n'aient pas la marine pour objet. Il sert d'inventaire à chacune des bibliothèques des ports ou de Paris que possède le ministère de la Marine, et indique, par des initiales différentes, toutes les bibliothèques de ce département où se trouve l'ouvrage que l'un veut consulter, et le numéro d'ordre qu'il porte dans chacun de ces dépôts. Cette ingénieuse combinaison a, on le comprend, épargné l'impression de neuf catalogues, puisqu'un seul et même peut ainsi servir aux dix dépôts.--La Bibliographie se composera exclusivement, et dans l'ordre chronologique, de tous les livres de marine, qu'ils existent ou n'existent pas dans ces, bibliothèques.--Par le Catalogue, le département de la Marine connaît ses richesses en général: par la Bibliographie, il est averti des articles spéciaux qui lui manquent Cette indication excitera et dirigera le zèle et les recherches des bibliothécaires et des hommes dévoués, en même temps qu'elle sera utile aux hommes de travail, auxquels il est bon de faire connaître non-seulement tout ce que l'on possède, mais aussi ce que l'on devrait posséder, afin qu'ils cherchent par eux-mêmes à trouver ce qu'on est dans l'impossibilité de leur offrir.