L'œuvre de M Bajot doit lui mériter la reconnaissance de tous les bibliographes.--Puisse-t-elle aussi, lui donner des imitateurs.
Delille, les Jardins, nouvelle édition illustrée par Thénot. Un beau volume grand in-8. 33 gravures dont 15 sur acier. 15 livraisons à 1 fr.--Paris, 1843. Chapsal.
«Au moment où l'attention publique se porte plus que jamais vers tout ce qui a rapport à l'horticulture, nous avons cru, dit l'éditeur du volume que nous annonçons, devoir donner une nouvelle édition illustrée du poème qui a le plus contribué à ce mouvement, en réunissant sous une forme attrayante et ingénieuse les divers préceptes de l'art de composer les jardins, et en frappant du sceau du ridicule ce que le mauvais goût de quelques artistes du dernier siècle y avait fait introduire.
Les illustrations des Jardins, que rien en apparence ne rattache au poème, s'y trouvent cependant liées par un double but. D'abord, en reproduisant d'après nature et avec la plus grande exactitude possible les parcs et jardins les plus remarquables des environs et même de l'intérieur de Paris, M. Thénot essaye de prouver par des exemples que, contrairement à l'opinion de presque tous les écrivains qui se sont occupés des Jardins, les préceptes donnés par Delille pouvaient être et ont été en effet souvent mis en pratique, quelle que fût d'ailleurs l'étendue du terrain. D'un autre côté, il a voulu faciliter leur application aux artistes à venir en leur montrant les résultats des travaux exécutés par leurs devanciers. C'est également dans ce but qu'il a ajouté à la suite des notes un appendice sur l'art de corriger les défauts d'un terrain de peu d'étendue, et de dissimuler des perspectives lorsque l'emplacement n'en offre pas de véritables. Cet appendice résume avec clarté tout ce que les progrès de l'horticulture, depuis la mort de Delille, et les patientes recherches des botanistes voyageurs modernes ont ajouté dans ces derniers temps aux moyens déjà connus du vivant du poète.
Histoire, maritime de France; par Léon Guérin, avec 31 belles gravures sur acier, d'après les dessins de Gudin, Isabey, Abey, Tony Johannot, Marckl, Raffet, 2 gros vol. in-8 de 600 pages. Paris, 1843. Abel Ledoux, Prix: 7 fr.
«Ce que nous avons eu l'ambition, peut-être téméraire, d'offrir au public, dit M. Léon Guérin au début de son avant-propos, ce n'est pas seulement une histoire navale où ne se trouveraient que les combats livrés sur mer par les Français: c'est, comme l'indique notre titre, une Histoire maritime de France, renfermant, quoique en abrégé, celle de nos provinces, de nos villes de la côte; celle de la fondation, du progrès ou de la décadence de nos ports sur l'une ou l'autre mer; celle de nos navigations lointaines, de nos découvertes, de nos colonies tant perdues que conservées, et aussi, bien entendu, avec autant d'ampleur que les bornes de cet ouvrage le permettaient: celle de nos guerres, de nos combats, de nos diverses expéditions où la marine a joué un rôle, rattachant le tout à l'histoire générale du pays, comme au trône auquel il n'est rien qui ne doive tendre et venir se ramifier, pour acquérir un intérêt quelque peu philosophique. Une histoire de France par la marine en même temps que par les provinces et les villes maritimes n'avait aucun précédent, et c'est à sa nouveauté, sans doute, plus qu'au mérite de nos travaux, que nous devons l'heureux succès qui a accueilli notre ouvrage.»
Si flatté qu'il soit du succès avec lequel son histoire a été accueillie du public. M. Léon Guérin n'a pas, c'est encore lui qui le déclare, «l'outrecuidante vanité de la croire parfaite, et comment pourrions-nous l'avoir, ajoute-t-il, quand l'étude que nous avons été dans la nécessité de faire pour nous-mêmes, nous a amené à trouver plus d'une grave erreur chez des auteurs non moins consciencieux que nous, et beaucoup plus savants que nous n'avons la prétention de l'être.»
M. Léon Guérin est trop modeste, en vérité, pour que nous ayons le courage de lui adresser des reproches, soit sur son style, peut-être un peu trop négligé, soit sur les erreurs historiques qui auraient pu lui échapper. Nous nous bornerons donc à constater que l'Histoire maritime de France est aussi intéressante que consciencieuse; on y trouve réunis une masse énorme de faits disséminés auparavant dans une multitude d'ouvrages. Le premier volume commence par des détails curieux sur les premiers établissements maritimes des côtes de France et se termine à la paix de Nimegue. Le second comprend la fin du règne de Louis XIV, les règnes de Louis XV et de Louis XVI. M. Léon Guérin s'arrête aux dernières années du dix-huitième siècle. «Il a craint, dit-il, d'enlever à son ouvrage de l'autorité qu'il désire acquérir, en y rattachant d'une manière indissoluble le détail des événements contemporains, peut-être que le récit de faits encore si diversement appréciés et les biographies d'hommes qui, fort heureusement, ne sont pas encore tous descendus dans la tombe, ferait dégénérer l'histoire en mémoires N'y en eût-il pas d'autres, ce serait là, après mûres réflexions, une raison déterminante pour l'auteur de ne pas plus confondre que n'ont fait tous ceux qui ont écrit sur l'histoire de France en général une époque non encore entièrement terminée avec celles qui l'ont précédée.»