En traversant la tribu des Beni-Amer pour venir s'embarquer à Oran, la députation chargée de ces trophées a été assaillie par les populations venues en foule pour voir la tête du khalifah. Quelque répugnance que nous inspire cet usage barbare, l'incrédulité des Arabes est si grande, quand on leur annonce quelque nouvelle favorable à notre cause, qu'il était indispensable de leur montrer cette preuve irrécusable de la mort du guerrier marabout qui exerçait sur eux un si grand prestige.

Ben-Allal était le conseiller le plus intime d'Abd-el-Kader, son véritable homme de guerre, et, après lui, le personnage le plus important et notre ennemi le plus acharné. Une partie de sa famille avait été prise avec la zmalah et venait d'être renvoyée de l'Île Sainte-Marguerite à Alger, dans l'espoir de l'amener lui-même, comme Bel-Kharoubi, à la soumission.

Les chefs des contrées du sud de l'Ouarensenis, réunis à Alger pour la cérémonie solennelle de l'investiture, ont pu s'assurer de leurs propres yeux que ce chef redoutable, dont le nom seul les faisait troubler, n'existe plus.

D'après les ordres du gouverneur-général, la dépouille de l'ex-khalifah de Milianah sera portée dans cette ville, pour y être exposée pendant trois jours aux regards de ses anciens sujets, ensuite elle sera remise à notre khalifah Sid-Ali-Ould-Sidi-Embarek, son plus proche parent, qui la fera déposer à Koléah, dans le lieu de la sépulture de sa famille. Cette cérémonie doit avoir lieu avec toute la solennité due à la grandeur du nom de Ben-Allal, et pour rendre hommage au courage d'un ennemi vaincu, les honneurs militaires décernés à un officier supérieur français lui seront rendus.

M. le capitaine Cassagnoles, chargé d'apporter en France les drapeaux pris à l'affaire de Malah, est arrivé à Paris, accompagné dans son voyage du frère de Ben-Allal, jeune homme de vingt ans, qui doit être placé, aux frais du gouvernement, dans une institution de la capitale. Les derniers drapeaux enlevés aux troupes d'Abd-el-Kader ont été déposés le 5 décembre à l'hôtel des Invalides.

Révolutions du Mexique.

(Voir, sur Santa-Anna, t. 1er, pages 337 et 405; sur Bustamante, t. II, pages 61 et 123.)

D. LUCAS ALAMAN.

Dans les derniers mois de l'année 1830, il arriva au Mexique deux événements mystérieux, qui tinrent pendant longtemps la curiosité publique en éveil. Un matin, aux premières lueurs du jour, on trouva le cadavre du corregidor Quesada adossé contre un des angles de la cathédrale de Mexico. Il nageait dans une mare de sang qui s'était échappé d'une large ouverture faite par un coup de poignard appliqué entre les côtes avec une force telle, que l'une d'elles était brisée, et que la garde avait dû entrer profondément dans le corps après la lame. Parmi les spectateurs qui considéraient cette effroyable blessure, il y avait certes des experts en semblable matière, qui assuraient que le coup avait été donné de main de maître, et qui ne semblaient pas le voir sans quelque jalousie. On ne connaissait pas d'ennemis au corregidor, seulement on savait qu'il était un des ennemis déclarés du gouvernement d'alors. Pendant plusieurs jours le corps, revêtu de son plus bel uniforme, resta exposé sur un lit de parade aux visites du public; ensuite les plus actives recherches furent faites pour découvrir l'assassin, mais ces recherches furent inutiles.

Peu de temps après, un événement non moins étrange avait lieu à Jalapa. Un sénateur, également réputé comme hostile au gouvernement de Bustamante, était victime d'un empoisonnement plus mystérieux encore que l'assassinat du corrégidor Quesada. Ce sénateur prit un jour, en se réveillant, un des cigares qui se trouvaient sur une table près de son lit; il sonna son valet de chambre, qui lui apporta du feu dans un brasero en argent. A peine avait-il commencé à fumer, qu'un éternuement violent le saisit; puis, à une seconde bouffée, son œil gauche sortit, violemment arraché de son orbite, et il expira. Le résultat de l'examen fut que la fumée de ce cigare empoisonné, en passant par les fosses nasales, avait déterminé dans le cerveau un ébranlement assez fort pour donner instantanément la mort, en y produisant le phénomène qu'on vient de lire. Quelle main avait déposé pendant le sommeil du sénateur le poison qui l'avait tué? Son domestique avait raconté ce terrible événement d'une façon si pleine d'innocence, qu'on n'osa pas le mettre en jugement. Qui donc pouvait être le coupable? Ou se perdait en conjectures sur ces deux inexplicables meurtres dans un pays où ils sont loin d'être rares, et les partisans des deux victimes disaient entre eux que la main qui avait payé le poignard dont Quesada avait été frappé était la même qui avait fait glisser un cigare empoisonné parmi ceux du sénateur de Jalapa; que cette main, enfin, était celle du ministre des relations extérieures, D. Lucas Alaman.