M. Rouillet ne fut pas découragé; il en appela au ministre mieux informé. M. Duchatel ne considéra pas l'opinion de messieurs de l'Académie comme devant lui tracer irrévocablement sa ligne de conduite et nomma une seconde commission composée de MM. Allaux, Cavé, Léon Coignet, Mandrin, Lassus, Lenormand, Lesueur, Mérimée et Vilet. Ce choix était heureux: en joignant des peintres à des archéologues et à des architectes, on réunissait les représentants de toutes les branches de l'art auxquelles le procédé pouvait s'appliquer utilement. Cette commission se livra à un long et minutieux examen. Le procédé fut soumis à toutes les épreuves imaginables; on reconnut ses avantages, on signala les perfectionnements dont il était susceptible, et la conclusion du rapport de cette nouvelle commission fut que le ministre devait encourager une invention destinée à rendre des services réels à l'art et à la science. Le ministre jugea comme la commission et accorda à M. Rouillet une pension viagère de 1200 fr. par an, afin que le public entrât en possession de ses procédés.

L'on a dit qu'à l'aide de l'étoffe transparente tendue sur un châssis, tout le monde saurait également bien dessiner. C'est une erreur. L'individu qui n'a jamais appris le dessin pourra reproduire le contour d'un objet et obtenir un calque fidèle; mais on reconnaîtra toujours une main inexpérimentée à l'incertitude du trait et au peu de fermeté des contours. Toutefois, à l'aide de cette esquisse, un peintre pourra peindre le portrait d'une personne qu'il n'aura jamais vue, ou dessiner un édifice dont un voyageur lui rapportera le croquis fidèle. Mais le dessinateur seul sera en état de faire les ombres, ou d'indiquer, par l'accentuation des traits, les parties saillantes on rentrantes. Pour l'artiste, le procédé Rouillet est un gain de temps immense: en un instant il fixe sur la toile des attitudes difficiles, des raccourcis, des effets de lumière passagers; il grandit sûrement ses figures dans une proportion déterminée; en un mot, les difficultés matérielles étant écartées, il consacre tout son temps, toutes ses forces, à la composition, l'expression et la couleur; il se livre avec sécurité à l'inspiration, sûr de n'être pas arrêté par des calculs arides de proportions. Les dessinateurs peuvent voir avec déplaisir la vulgarisation de ce procédé; les peintres s'applaudiront de ce nouveau moyen de multiplier leurs œuvres et de leur donner un plus haut degré de perfection. Croit-on que les artistes si expressifs de l'école florentine ou les grands coloristes vénitiens se fussent préoccupés de l'apparition d'un semblable moyen? Le procédé Rouillet apprendra-t-il à donner à la Vierge les expressions sublimes et variées que Fra Angelico, le Pérugin et Raphaël, ont su créer tour à tour? Est-ce avec un fusain et sur une tarlatane que vous rendrez la couleur du Titien ou de Rembrandt? Saurez-vous à l'aide de cette machine composer un tableau comme Paul Véronèse, André del Sarto ou Fra Bartolomeo? Selon nous, le procédé dont nous parlons fera rentrer l'art dans sa véritable voie, parce que la pensée de l'artiste dominera dans son œuvre. L'imitation servile étant sans difficultés, elle deviendra sans objet. Les formes de convention ne seront plus acceptées, parce que les yeux de tous se seront accoutumés à l'imitation des formes réelles. On se rapprochera de la nature tout en l'idéalisant: on sera vrai tout en reproduisant le beau; et la peinture retrouvera peut-être ces grandes traditions du seizième siècle où l'art s'est élevé si haut, qu'il semble se reposer encore de cet effort gigantesque.

Ch. M.

Publications illustrées.

Faits mémorables de l'Histoire de France, par M. Michelant, précédés d'une introduction de M. A. Ségur, et illustrés de 120 tableaux de M. Victor Adam.(2)

Note 2: Un vol. grand in-8. Paris, 1844. Didier. 15 fr.

M. Victor Adam conçut un jour l'heureuse pensée de composer 120 tableaux sur les faits les plus mémorables de l'histoire de France, depuis la lutte de sainte Geneviève et d'Attila jusqu'aux adieux de Fontainebleau. Pour donner une idée à nos lecteurs de la manière dont il a exécuté ce travail, nous mettrons sous leurs yeux un de ses dessins représentant l'entrevue de François 1er et de Henri VIII au camp du Drap-d'Or. Les 120 tableaux achevés et gravés sur bois par nos meilleurs artistes, un jeune écrivain de talent se chargea de les expliquer avec un texte élégant et concis. Telle est l'histoire de ce beau volume, qui pouvait avoir et qui a une véritable importance artistique et littéraire, et qui, aussi intéressant à lire qu'à regarder, prendra rang cependant parmi les plus utiles ouvrages illustrés que l'année 1843 aura vus naître tout exprès pour les jeunes pensionnaires des deux sexes.

Nouvelles et seules véritables aventures de Tom Pouce, imitées de l'anglais, par P. J. Stahl, 150 vignettes par Bertal (2).

Note 2: Un vol. in-18. Hetzel. 3 fr.