La typographie et la gravure ont fait, depuis vingt années, de merveilleux progrès. Quand nous étions enfants, on nous donnait comme étrennes quelques gros volumes in-l2 en papier gris, mal imprimés, et ornés--les éditeurs avaient l'audace de l'annoncer--de rares images dont la gravure était aussi grossière que le dessin en était incorrect et ridicule; du style, je n'en parle pas, et pour cause. Si ces deux arts, qui semblent destinés désormais à se prêter un secours mutuel, continuent à se perfectionner, l'imagination la plus vive et la plus ingénieuse essaierait vainement de se représenter dès aujourd'hui les étonnantes publications illustrées que nos petits-enfants auront le bonheur d'offrir à leur jeune postérité, le premier jour de l'an de grâce 1900.

Concevez-vous, en effet, un petit volume mieux écrit, mieux imprimé et mieux illustré que les Nouvelles et seules véritables aventures de Tom Pouce? Tom Pouce, ou Tom Thumb en anglais, est, personne ne l'ignore, le petit Poucet de l'Angleterre. Il jouit, chez nos voisins d'outre-mer, d'une réputation digne de ses infortunes, de ses talents et de ses vertus.

La France entière éprouvait depuis longtemps le besoin de connaître l'histoire véritable de ce grand petit homme britannique dont elle avait tant de fois entendu prononcer le nom. Grâces en soient rendues à MM. Stahl et Bertal, ses désirs vont être satisfaits. Sous ce rapport, comme sous tant d'autres, elle n'a plus rien à envier à sa riche et fière rivale. Maintenant, Tom Thumb a deux patries.

Je ne vous révélerai pas, quant à moi, les Secrets de sa naissance; sachez seulement que sa mère avait souhaite un enfant, ne fut-il pas plus grand que le doigt.

Je vous le montrerai tout d'abord dans son berceau, un sabot neuf, au fond duquel on avait mis un peu de ouate bien douce et bien chaude, pour qu'il pût y dormir tout à son aise. Ce fut dans ce sabot qu'il grandit, ou plutôt qu'il ne grandit pas. Mais si sa taille resta la même, son intelligence fut si précoce que ses parents ne souhaitèrent jamais qu'il fût plus grand.

Dès son bas âge, il se montra fort sage; sa mère le grondait rarement, et encore était-ce bien doucement.