VICTORIA.

L'événement particulièrement célèbre, l'événement par excellence, qui classe 1843 parmi les années mémorables!--Eh bien! vous ne devinez pas?--Non, vraiment.--c'est le voyage de la reine d'Angleterre en France; l'Illustration a donné, dans le temps, une histoire complète de cette pérégrination royale au château d'Eu; elle n'a donc plus rien à en dire; l'Illustration ne rabâche pas; mais ce qu'elle n'avait pas fait voir, c'est le moment où la jeune Victoria sentit le besoin de visiter la Normandie. L'Illustration se félicite de pouvoir aujourd'hui remplir cette lacune.

La reine, on en conviendra, a tout à fait l'air d'une personne qui désire aller quelque part; elle dévore la France de son binocle; le monsieur qui la suit, et qu'elle tient en laisse, se nomme le mari de la reine; cette laisse est l'emblème du devoir conjugal. Le mari de la reine étant spécialement choisi pour s'occuper des enfants, on trouvera tout simple qu'il les porte; ces petits, pleins d'attentions délicates pour le porteur, lui paient sa course en lui tirant les moustaches.

LES ILES MARQUISES.

Les îles Marquises ont également occupé l'attention publique. Pouvait-il en être autrement? Un pays vierge, cela est si rare! Beaucoup d'autres ont abordé ce sujet avant nous, et particulièrement M. l'amiral Dupetit-Thouars, qui y est entré avec plusieurs frégates. Nous n'en avons pas autant à notre service; mais du moins pouvons-nous faire ce que M. Dupetit-Thouars n'a pas fait; chacun son art. M. Dupetit-Thouars est marin; nous sommes peintres de portraits; M. Dupetit-Thouars s'embosse dans la question des îles Marquises, nous la peignons d'après nature. Ceci représente la reine des îles Marquises arborant le drapeau de la civilisation. La civilisation l'offre avec politesse; la reine sauvage le reçoit avec une mine dont je me défierais: elle a vraiment l'air de dire à la civilisation: «Tu m'embêtes!»

Ici finissent les admirables annales de l'année 1843. Heureux qui a vécu dans cette illustre année! Heureux qui a pu mourir avec elle! il ne se fera jamais rien d'aussi grand!

Le jour de l'an en Europe.

Tous les peuples un peu civilisés de notre globe ont cru devoir, à une certaine époque de leur histoire, et pour des causes faciles à comprendre, mesurer le temps, c'est-à-dire inventer ce qu'on appelle en français des années, des mois, des jours, des heures, des minutes et des secondes. Mais ce besoin commun, les divers membres de la grande famille humaine ne l'ont pas satisfait de la même manière. Il y a eu, depuis le commencement du monde jusqu'au 31 décembre 1843, un nombre beaucoup trop considérable de calendriers, d'ères, de cycles, etc., qui font le bonheur des savants et le désespoir des ignorants. L'Europe moderne a,--la Russie et la Grèce exceptées, toujours fidèles au vieux style,--adopté pour son usage particulier un calendrier appelé grégorien, du nom du pape Grégoire XIII, son inventeur. Cet estimable successeur de saint Pierre, corrigeant une grave erreur du calendrier romain, retrancha, comme chacun sait, à l'année 1582, dix jours qu'elle avait de trop, et il décida qu'à l'avenir on supprimerait trois bissextiles en l'espace de quatre cents ans. Aujourd'hui, grâce à cette réforme, l'année européenne se compose de 365 jours, et tous les quatre ans elle est bissextile, c'est-à-dire qu'elle a 366 jours.