Non-seulement l'année n'a pas toujours été aussi longue ou aussi courte qu'elle l'est actuellement, mais en outre elle a commencé à des époques différentes. Ainsi, pour ne citer qu'un exemple:

En France, du temps de Charlemagne, Noël était le premier jour de l'an. A dater de la fin du onzième siècle jusqu'en 1563, Pâques ou plutôt le samedi-saint, l'emporta sur Noël. Le 25 mars (le jour de la Conception) triompha à son tour de ses deux rivaux. Enfin un édit de Charles IX, daté du 4 août 1563, décréta que dorénavant l'année commencerait en France le 1er janvier.

Une semblable confusion exista durant plusieurs siècles dans les autres contrées de l'Europe. Peu à peu, cependant, l'ordre se rétablit, et l'unité remplaçant le chaos, le 1er janvier, vainqueur de ses trois adversaires, fut proclamé sans opposition le souverain absolu de l'année. Il règne seul maintenant sur ses 364 sujets, si bien façonnés au joug, qu'ils n'essaient plus du s'y soustraire. Noël, Pâques et la Conception, ou le 25 mars, se contentant des honneurs qu'on leur rend encore, ont cessé de réclamer le glorieux privilège du briller sur tous les almanach en général, et sur celui de l'Illustration en particulier, à la tête de l'année nouvelle.

Toutefois, bien qu'elles reconnaissent son autorité plusieurs grandes nations de l'Europe persistent à refuser au 1er janvier les hommages dont certains autres peuples se plaisent à l'accabler. Qu'a-t-il donc fat pour mériter un pareil honneur? Le 25 mars, Noël et Pâques n'étaient-ils pas plus dignes du commencer l'année? Le 25 mars, la vierge Marie avait conçu le fils de Dieu; le jour de Noël, Jésus-Christ avait reçu la vie dans une étable du Jérusalem; le jour de Pâques, il était ressuscité. Aussi en Angleterre, en Espagne, en Italie, en Allemagne, ce n'est point le 1er janvier que l'on fête, c'est la Noël, c'est le jour de la naissance du Christ. Christmas, Pascwa, Natale, Weinhnachten, en 1844, l'Illustration racontera et représentera les curieuses cérémonies publiques et privées que ramène chaque année votre glorieux anniversaire!

L'Allemagne seule a, depuis quelque temps, sans négliger la Weinhnachten, fait quelques avances au Neu yahr; tandis que l'Angleterre, l'Espagne et l'Italie assistent dans un morne recueillement au renouvellement de l'année, l'Allemagne, s'est décidée à se divertir le 1er janvier; elle célèbre même le 31 décembre presque avec autant du pompe que de joie. Pourquoi tout ce bruit? quelle heureuse nouvelle nous annoncent ces cloches, ces pétards, ces fusées? C'est la mort d'une année que l'on célèbre. Il paraît qu'elle inspire peu de regrets. Mais nous sommes dans une ville universitaire. La nuit est sombre; onze heures viennent du sonner. Où vont ces jeunes étudiants avec leurs torches et leurs fusils? Suivons-les. Ils s'arrêtent devant une maison de belle apparence; c'est celle du prorector. Des acclamations retentissent:» «L'année va finir; que celle qui lui succédera soit heureuse pour notre prorector!» Cependant cette foule si agitée et si bruyante reste immobile et garde un silence religieux. Une fenêtre de la maison du prorector s'est ouverte, et ce digne personnage apparaît aux regards charmés des étudiants Il tient un verre à la main, et quand il a suffisamment remercié ses élèves de leur visite et de leurs souhaits il vide son verre en leur souhaitant à tous une bonne année, et il le jette à terre, car ce serait commettre une profanation que de boire une autre fois dans un verre qui a servi à un si noble usage. A peine le sacrifice est-il accompli, que de nouveaux vivat retentissent; le prorector ferme sa fenêtre, et les étudiants vont rendre les mêmes hommages aux plus populaires de leurs professeurs.

Un Grand Lever de la reine d'Angleterre.

La Bénédiction de la Newa à Saint-Pétersbourg.

A l'intérieur des maisons, chaque famille se divertit à sa manière: les uns boivent, les autres mangent; ceux-ci dansent, valsent ou chantent; ceux-là jouent des charades; partout on s'amuse. Cependant minuit approche; l'aiguille de la pendule se dirige avec la même vitesse; dans le palais et dans la chaumière, vers l'heure fatale. Nobles, bourgeois et paysans, muets et immobiles, tiennent leurs regards fixés sur l'horloge ou sur la montre qui leur marque la marche rapide du temps.... Au même instant un seul cri s'échappe de plusieurs millions de bouches: Prosst neu jahr(vienne le nouvel an). Heureux celui qui, dans sa famille, a prononcé le premier ces paroles sacramentelles... que tout le monde répétera le lendemain matin en s'abordant.