Des que le dernier écho de prosst neu jahr a cessé de su faire entendre, «un domestique apporte du vin ou du punch, nous apprend le respectable M. Howitt, dans sa Domestic and rural life in Germany, avec les souhaits que les parents et les amis se sont faits pour le nouvel an. En général, ces souhaits sont écrits en vers sur une belle feuille de papier surchargée d'ornements dorés. Tous les assistants, choquant leurs verres, se souhaitent mutuellement une bonne année; puis le maître de la maison ouvre et lit les souhaits écrits; la plupart ne sont pas signés, et causent des explosions d'hilarité; car les auteurs de ces épîtres anonymes reprochent souvent leurs ridicules à leurs parents et à leurs amis, en leur donnant le conseil de s'en corriger.
«Quand le dernier souhait a été lu, ou joue, dans la plupart des familles, à un jeu très-ancien, qu'on appelle le jeu de farine, de l'eau et des clefs: trois assiettes sont rangées sur une table ronde placée au milieu d'une chambre: dans la première, on met de la farine; dans la seconde, de l'eau; dans la troisième, un trousseau de clefs; alors tous les célibataires des deux sexes vont tour à tour, les yeux recouverts d'un épais bandeau, prendre sur la table une de ces trois assiettes que les assistants changent sans cesse de place, heureux celui dont la main se pose sur le trousseau de clef! il épousera la personne qu'il aime; celui ou celle qui blanchit ses doigts dans la farine se mariera avec une veuve ou avec un veuf; mais malheur à l'infortuné qu'un sort jaloux conduit tout droit sur l'assiette pleine d'eau! il est sûr de mourir célibataire. Cette espèce de loterie terminée, les danses et les jeux recommencent.
La polonaise à la cour de Russie.
Du salon de la petite bourgeoisie de l'Allemagne, passons sans transition à la cour du plus puissant souverain de l'Europe, de l'empereur de Russie; car nous y assisterons à une cérémonie caractéristique dont un témoin oculaire nous a rapporté un charmant dessin. Deux fois chaque année, le 1er-15 janvier et le jour de la fête de l'impératrice, l'empereur de Russie ouvre son palais à ceux de ses sujets qui ont obtenu d'avance des billets d'admission. Des soldats, des marchands, des laboureurs, s'y montrent dans leur costume national aux côtés des courtisans. Les invités qui portent le frac sont tenus d'avoir un petit manteau de soie noire appelé vénitien.
Les baisers du jour de l'an, dessin de Grandville.
«Les salles du palais, a dit un voyageur moderne, remplies de monde, sont un océan de têtes à cheveux gras, toutes dominées par la noble tête de l'empereur, de qui la taille, la voix et la volonté planent sur son peuple. Ce prince paraît digne et capable de subjuguer les esprits comme il surpasse les corps; une sorte de prestige me semble attaché à sa personne; au palais de Saint-Pétersbourg comme à la parade, comme à la guerre, comme dans tout l'empire, comme toujours on voit en lui l'homme qui règne.
«Les personnes de la cour, le corps diplomatique, les étrangers invités et les gens du peuple admis à la fête, sont introduits pêle-mêle dans les grand appartements; vous attendez là pendant assez longtemps, pressé par la foule, l'apparition de l'empereur et de la famille impériale. Dès que le maître, ce soleil du palais, commence à poindre, l'espace s'ouvre devant lui; suivi du son noble cortège, il traverse librement et sans même être effleuré par la foule, des salles où l'instant d'auparavant on n'aurait pas cru pouvoir laisser pénétrer une seule personne de plus. Aussitôt que Sa Majesté a disparu, le flot des paysans se referme derrière elle; c'est l'effet du sillage après le passage d'un vaisseau.
«La noble figure de Nicolas, dont la tête domine toutes les têtes, imprime le respect à cette mer agitée; c'est le Neptune de Virgile; on ne saurait être plus empereur qu'il ne l'est. Il danse pendant deux ou trois heures de suite des polonaises avec des dames de sa famille et de sa cour. Cette danse était autrefois une marche cadencée et cérémonieuse; aujourd'hui c'est tout bonnement une promenade au son des instruments. L'empereur et son cortège serpentent d'une manière surprenante au milieu de la foule, qui, sans prévoir la direction qu'il va prendre, se sépare cependant toujours à temps pour ne pas gêner la marche du souverain.»