Une nuée de tambours se précipitent à travers la ville, au pas de charge, exécutant sur la peau d'âne une symphonie à triple bacchanal, à quadruple carillon, qui n'a vraiment de douceur que pour les sourds complètement privés du plaisir de l'entendre; les citoyens pourvus des trésors de l'ouïe ont te tympan parfaitement déchiré et se bouchent les oreilles, pantomime qui n'a rien d'héroïque. C'est au bruit de ce concerto assommant qu'on enterre le 31 décembre et que le 1er janvier vient au monde, le but du tintamarre en question est d'avertir Paris et la banlieue que le jour est venu de complimenter MM. les colonels, MM. les généraux, MM. les maréchaux, et de leur donner roulement d'étrennes.
Le tambour-major se livre alors à toutes les grâces d'une délirante pantomime, à toutes les beautés d'attitudes triomphantes qui caractérisent ce magnifique guerrier, doué d'une si belle canne.
La canne du tambour-major est un meuble agréable, j'en conviens; mais si elle a ses douceurs, elle a bien ses désagréments: demandez, plutôt à ce particulier qui s'est mis en course ce matin pour aller souhaiter la bonne année à sa tante; demandez-lui ce qu'il en pense. Demandez-le à cet estimable industriel qui vient d'ouvrir sa boutique pour affriander le jour de l'an. Il est clair que si l'amabilité du tambour-major et ses superbes moustaches donnent dans l'œil, sa canne y donne aussi.
Éveillé par le ra et le fla des tambours de la légion, le lieutenant a revêtu les insignes de son grade; il se dispose à rejoindre ses chers camarades, et à faire sa visite au château pour y déposer sa fidélité, en forme de carte de visite; le guerrier est parfaitement chaussé, culotté, coiffé et ficelé; il a le nez rouge, ce qui est d'uniforme; cependant on s'aperçoit, à son col de chemise s'élançant vers l'oreille, qu'il aurait autant aimé finir son somme que de déposer son hommage.
Au jour de l'an, tout n'est pas rose dans le militaire... et dans le civil donc! Ici la toile se baisse... et se relève sur le second acte.
DEUXIÈME ACTE.
Le théâtre représente la chambre à coucher d'un gentleman parisien; le coup d'œil en est magnifique. Les décors sont de MM. Sechan, Dieterle, Cambon et Cicéri.--Le gentilhomme, est étendu dans son lit, sauf votre respect, et coiffé du casque à mèche classique que le foulard a détrôné, le révolutionnaire! Mais notre héros tient aux saines doctrines: il a fait récemment le voyage de Belgrave-Square. Hier, il s'était endormi, c'était le soir de la Saint-Sylvestre, le teint frais et les joues rondes, humant les rêves les plus parfumés. L'infortuné se réveille le 1er janvier dans l'état ou vous le voyez: il n'est certes pas beau; le jour de l'an en est cause, le jour de l'an qui vient d'enfoncer sa porte sous la forme de sa couturière, de sa femme de ménage, de son tambour, du bedeau de sa paroisse, du clerc de son huissier, du porteur de son journal, du garçon de son tailleur et de tous les moustiques dévorants que le 1er janvier fait naître.