Il en fera une maladie, c'est sûr! mais sa bourse est encore plus malade que lui. Dans l'intention de ménager la santé, de cette pauvre bourse, qui n'a pas les reins forts, il regarde par sa fenêtre, guettant l'heure où le portier, homme illustre, est occupé à balayer sa cour; paré, dressé, ciré, cravaté, orné de pied en cap et prêt à courir la visite; l'ingénieux Parisien saisit adroitement l'occasion et s'esquive au moment où la loge est vide. Quel fin diplomate! Il s'épargne, par ce tour adroit, la douleur de tirer de sa poche 3 francs 50 centimes d'étrennes au portier. C'est autant, de gagné, pour la caisse d'épargne.
Mais il lui en cuira! Si la vengeance était exilée de la terre, elle se réfugierait dans le cœur du concierge qui n'a pas reçu d'étrennes; vous en avez sous les yeux une preuve mémorable. En rentrant le soir, l'homme à la caisse d'épargne a beau frapper et sonner à tour de bras, le portier n'ouvre pas; il a ses 3 franc 50 centimes sur le cœur, un plutôt il ne les a pas! et le malheureux locataire est obligé de passer la nuit sur la borne, oreiller rembourré de pierres de taille. Du fond de son antre, l'affreux concierge murmure ces mots atroces: «Enfoncé, vilain ladre!»
Il avait cependant grand besoin de consommer sa nuit dans son lit bien chaud, car il vient de passer une journée remplie de tribulations; pour lui, le jour de l'an n'a été que pluies et bosses, comme l'acte situant vous l'apprendra.
TROISIÈME ACTE.
A peine était-il sorti, à la suite de ce malin tour que vous savez; à peine avait-il le pied dans la rue, qu'il fut accosté par le fils puîné d'un de ses amis intimes. Ce détestable moutard, vulgairement appelé To-tor, se précipita à sa rencontre: «Bonjour, papa Chose, s'écria-t-il avec cette grâce qui caractérise l'enfance; ohé! z'veux mes étrennes, z'veux un polichinelle!» En vain cherche-t-il à se soustraire à cet impôt indirect; le terrible To-tor n'en démord pas, et, le saisissant par la basque de habit (son habit neuf!!), il le tire affreusement du coté de la boutique de joujoux. Lui de s'enfuir; To-tor de tirer de plus belle, d'une part l'habit, de l'autre le seigneur Polichinelle; si bien que l'habit reste et que To-tor s'évanouit. La bonne, une ancienne d'Abd-el-Kader, contemple ce spectacle déchirant avec l'immobilité qui caractérise la nation hottentote.
Dans sa chute, le déplorable To-tor s'est enfoncé une côte, et s'est considérablement endommagé l'occiput; tout porte à croire que la famille des Gougibus est menacée de s'éteindre, avant la fin de la semaine, avec ce dernier de ses descendants.
Et, en effet, M. et madame Gougibus ne sont plus capables de se transmettre davantage: ils sont hors d'âge, comme le témoigne, le portrait que nous vous donnons de ces deux illustres conjoints; portrait authentique, pris au moment où cette excellente mère et ce père excellent revenaient au logis chargés de pantins et de polichinelles pour leur To-tor. Notre héros, qui les a reconnus, les suit de loin d'un œil hagard, d'un œil de sergent de ville; il sent que le cas est grave.