Clarisse ne put retenir une petite convulsion d'impatience, à quoi madame Aurélie sourit encore.
«Allons, soit, se hâta-t-elle d'ajouter, ne dormons pas, puisque vous le voulez. Aussi bien je me rappelle que nous autres femmes, lorsque nous sommes en proie à de certains malaises, nous ne gagnons absolument rien à dormir, attendu qu'on les retrouve en rêve...»
La chanoinesse avait une expression favorite: elle disait toujours «nous autres femmes» depuis qu'elle ne l'était plus. Mais il faut bien passer quelque chose aux vieillards.
Clarisse se tourna vers sa tante, lui prit la main d'un air distrait, et la porta néanmoins contre ses lèvres; ensuite, elle s'assit sur le tabouret où la chanoinesse, sans tenir beaucoup de place, appuyait le bout de ses petites mules, et reposa sa tête sur les genoux de la dame. Mais elle ne répondit à la réflexion de celle-ci que par un soupir.
«Quoi! reprit vivement, madame Aurélie, il serait donc vrai, mon enfant, vos chagrins sont de ceux qui ne dorment pas!
--Oh! je vous en supplie, ma tante, ne me pressez pas de questions.
--Ah! mon Dieu, mais c'est inquiétant! Tu crains donc de répondre?
--Non, ma tante, fit Clarisse en hochant la tête d'un air fort grave; mais je crains de mentir en répondant.»
La chanoinesse éclata de rire. Elle trouvait le mot comique.
«Je n'insiste pas, Clarisse, continua-t-elle d'un ton enjoué. Je sais que les femmes ne se disent jamais entre elles que ce qu'elles veulent bien se dire, et que finasser pour obtenir une confidence, c'est du temps perdu; le plus court est d'attendre. Mais voilà, de ma part une discrétion qui mérite sa récompense: tout ce que j'exige, c'est que tu répondes sans mentir à une question que je vais te faire.»