--Cela t'apprend, mon bel ange, que c'est toujours une bêtise de promettre quoi que ce soit. On ne doit rien jurer... ni jurer de rien.»

En disant ces mots, la vieille chanoinesse s'éloigna de son pas lent et mesuré, et regagna ses appartements, frappant à temps égaux le parquet de sa canne à corbin d'ivoire.

Madame Amélie, rentrée chez elle, fit fermer exactement toutes les portes, et se laissa tomber plutôt qu'elle ne s'assit sur un vaste sopha, d'une mode un peu Pompadour, qui décorait sa chambre. La, elle se mit à rire avec un air de satisfaction très-prononcé; car, malgré ses soixante-dix ans, c'était une personne très-rieuse et très-gaie que la chanoinesse Aurélie.

«Dis donc. Jenny, fit-elle en se tournant vers sa femme de chambre qui se tenait debout auprès d'elle, j'ai mis ce soir le Castillon dans un bel état. D'abord, je lui ai fait refuser la porte, c'était essentiel à nos projets; et ensuite, j'ai donné à la comtesse une indigestion de ce maraud dont elle n'est pas près de guérir. Mais à propos, c'est donc vrai ce que Félicie vient de te confier tout à l'heure?

--Très-vrai, madame. Il paraît que M. de Castillon part demain pour l'Angleterre au point du jour, et que n'ayant pu être reçu ce soir, il a eu l'audace de proposer à Félicie...

--Qui a eu l'audace d'accepter. Eh bien! cela va m'amuser. Mais admire donc comme cela se trouve. Moi qui ai écrit ce matin à lord Rutland. J'avais un pressentiment. Dès que Rutland arrivera, tu l'introduiras ici. En attendant, je vais dormir un peu sur ce sopha.»

Et la chanoinesse s'endormit.

Marc Fournier.
(La suite à un prochain numéro.)

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