L'Hôtel-de-Ville de Gand serait un des plus glorieux chefs-d'œuvre de l'art gothique s'il eût été terminé selon le plan de maître Eustache Polleyt, son architecte primitif. Malheureusement les guerres civiles ont ralenti et fait abandonner la construction de ce monument qui devait réunir à une grandeur imposante une variété et une délicatesse d'ornements presque incomparable. L'édifice, resté incomplet, n'a qu'une seule façade au lieu de trois, et l'étage supérieur se trouve inachevé. En 1600, les échevins en reprirent la construction interrompue depuis vingt années; mais le goût italien et espagnol, qui s'était introduit en Belgique, condamnait comme barbare la magnificence du genre gothique; on renonça au plan suivi jusqu'alors, et on bâtit à l'italienne les parties inachevées. En conséquence, on garnit la nouvelle façade de trois rangs de colonnes superposées, les unes doriques, les autres ioniques, et les dernières corinthiennes, ce qui était conforme aux règles et rappelait le palais Farnèse. Aussi les architectes prétendirent-ils que rien n'était plus beau, «pourvu qu'on regardât l'édifice obliquement, de manière à saisir le jeu des ombres et l'effet des grandes lignes et des corniches.»
Les stalles du chœur de l'église de Sainte-Gertrude, à Louvain, sont une des nombreuses merveilles de la Belgique. «Tout ce que le style de la Renaissance a de plus riche et de plus touffu à la fois, dit M. July, est jeté à profusion dans l'ornementation de ces vingt-huit stalles, dont le fond représente des phases de la vie et de la Passion du Christ. Le bois de chêne semble s'être assoupli sous le ciseau de l'artiste, tant la sculpture y enhardie, facile et délicate. Chaque sujet est entouré d'un cadre formé d'ornements entremêlés de feuilles de chêne. Chose rare et heureuse, ces stalles ne portent aucune trace de détérioration et semblent sortir de l'atelier du maître. Mais, si nous en croyons des hommes compétents, l'église menace ruine, et peut-être aurons-nous bientôt à regretter la perte de ces merveilles, dues au ciseau de quelque modeste ouvrier du dix-septième siècle.»
Admirez maintenant la grande place du marché de Bruxelles, C'est dans l'hôtel de ville que Charles-Quint a abdiqué. C'est dans la maison du roi, située en face, que les comtes d'Egmont et Horn ont passé la nuit qui a précédé leur exécution. Aujourd'hui des étalages de fruitières occupent l'emplacement où s'éleva jadis l'échafaud de ces grands patriotes.
L'Hôtel-de-Ville de Bruxelles a été commencé en 1402. A cette époque, la vieille maison des échevins, située sur le terrain qu'occupe aujourd'hui la maison du roi, n'était ni assez, vaste, ni assez magnifique pour servir de palais à la cité agrandie. On avait résolu d'en construire une autre en face, et dès l'an 1380, on avait commencé les achats de terrain et la démolition. En 1401 seulement furent creusés les premiers fondements de l'Hôtel-de-Ville actuel, dont la partie la plus ancienne fut achevée cinq ou six ans après. Ce n'était encore qu'un bâtiment de grandeur moyenne, construit en équerre, et donnant d'un côté sur la place, et de l'autre sur la rue de l'Étoile. Il forme aujourd'hui l'aile orientale de l'édifice (celle qui se trouve à gauche du spectateur), et n'a subi d'autres changements que de légères mutilations. En 1414, on voulut l'orner d'une tour, et cette tâche fut confiée à l'architecte Jean Van Ruysbrœck, qui prêta solennellement le serment ordinaire de n'employer que de bons matériaux, afin que l'ouvrage fut solide et durable. Jamais sans doute serment ne fut mieux tenu. En dix ans, Ruysbrœck éleva jusqu'à la hauteur de 106 mètres cette flèche hardie et colossale qui surpasse en élégance comme en légèreté tout ce que l'art avait produit jusque-là de plus merveilleux: c'est une pyramide à jour dont le l'aile aérien a pour couronnement un groupe gigantesque de cuivre doré, représentant saint Michel vainqueur du dragon.
L'aile occidentale de l'Hôtel-de-Ville n'existant point à cette époque, cette admirable tour se trouvait à l'extrémité du bâtiment. Elle était destinée à en former l'angle, comme on le voit encore à l'épaisseur inégale des murs qui le soutiennent; il fallait donc, pour régulariser la façade, ériger encore une seconde flèche à l'extrémité opposée, et tel était, selon toute apparence, le projet de Jean Van Ruysbrœck.
C'eût été, sans contredit, un prodigieux spectacle que celui de ces deux pyramides pareilles s'élançant l'une à côté de l'autre et rattachées entre elles par les trois nobles étages de l'aile déjà construite. Mais ce plan ne fut pas suivi.
On ne sait pas à quelle main fut confiée, plus lard et vers la fin du siècle, la reprise des travaux. Le plan adopté alors consistait à construire une seconde aile au lieu d'une deuxième tour; de cette manière, la flèche, qui existait à l'angle, se trouva pour ainsi dire reportée au milieu. Mais le nouveau bâtiment n'atteignit pas tout à fait les dimensions calculées par l'artiste, soit que les magistrats eussent reculé devant les inconvénients qu'aurait entraînés l'élargissement de la place, soit que le terrain offrit des obstacles imprévus; de là l'irrégularité que présente aujourd'hui l'ensemble de l'édifice, une des ailes étant plus courte que l'autre.
On avait mis à peu près un siècle à compléter l'Hôtel-de-Ville; mais il était digne de sa destination et pouvait satisfaire l'orgueil de la cité. A peine fut-il achevé, il fallut songer à reconstruire l'ancienne maison échevinale, qui menaçait ruine (1514). En même temps s'écroula un édifice voisin affecté à la police des princes, et que pour ce motif on appelait la Maison du Pain, et plus tard la maison du roi. Ces deux bâtiments furent bientôt remplacés par un petit palais trop splendide pour quelques-unes des administrations inférieures qui l'occupèrent. Malheureusement des modifications successives lui ont enlevé en partie l'élégance des proportions et la pureté de style qui en faisaient un modèle d'architecture gothique.
Le bombardement de Bruxelles, du 13 août 1695, par Villeroi, maltraita surtout les quartiers du centre et les environs de l'Hôtel-de-Ville. Il fallut même abattre et rebâtir une partie de ce dernier édifice (le côté méridional), ainsi que plusieurs des maisons donnant sur le Grand-Marché.--Ce fut alors que les principaux corps de métiers élevèrent une foule de brillants édifices, qui complétèrent la place principale de Bruxelles telle que les étrangers l'admirent aujourd'hui, et telle que la représente notre dessin.