Aussitôt, et en un clin d'œil, l'éventaire est plié, mis sous le bras comme un chapeau de bal, et la maison de commerce va s'établir cent pas plus loin, et répéter ses opérations. Il arrive parfois qu'un chaland sérieux, après avoir acheté la chaîne de sûreté, ne trouve plus sa montre dans son gousset, Preuve irréfragable de l'utilité de la chaîne.

Mais le soir vient, et les trois compères vont déposer leur fonds de commerce chez un marchand de vin. Ils font sur une table, vineuse l'inventaire de leurs opérations: il se trouve souvent que le vendeur a vendu soixante chaînes, bien qu'il n'en ait que vingt-cinq dans sa boutique, et qu'en dernier résultat ces vingt-cinq lui restent intégralement pour servir à la vente du lendemain. Ce problème, qui embarrasserait peut-être les syndics les plus experts du tribunal de commerce, s'explique et se résout par un mot:--les soixante chaînes vendues par l'associé vendeur ont été achetées par l'associé allumeur.

Le mystère est expliqué. Cependant, comme trois associés ne vivent pas en s'acceptant réciproquement des chaînes de sûreté, nos industriels laissent leur boutique au cabaret et vont se livrer, à la clarté du gaz, à un autre commerce plus lucratif: ils deviennent marchands de contremarques; si le trafic ne donne pas assez pour occuper les trois intéressés, l'un d'eux, l'allumeur, endosse une blouse et devient ouvreur de fiacres à la porte des théâtres et des concerts: il place un petit tapis ou son mouchoir sur la roue pour garantir contre la souillure de la boue la robe de la bourgeoise un le twed du bourgeois; ce bon office lui rapporte quelques doubles décimes qu'il verse fidèlement dans la caisse sociale. Non loin de la fameuse échoppe où se fabrique et se débite la galette du Gymnase, n'avez-vous pas remarqué encore une petite industrie en plein vent? C'est là, sur le bitume du boulevard Bonne-Nouvelle, qu'un modeste et savant astronome vient chaque soir demander à l'industrie les profits que la science seule ne donne pas. Cet estimable Galilée moderne, coiffé d'un bonnet grec et revêtu d'une redingote à la propriétaire dont la coupe surannée témoigne de la part de celui qu'elle couvre un profond mépris pour les futilités de la mode, établit, à l'heure où le gaz s'enflamme dans les lanternes, un magnifique télescope sur le trottoir du boulevard.

Astronome en plein vent.

Moyennant la faible rétribution de dix centimes, vous pouvez vous donner l'utile récréation de voir des montagnes dans la lune, ou de découvrir une comète et sa queue non prévues par les savants de l'Observatoire.

Un vénérable pair d'Angleterre, de passage à Paris, se livre à ces recherches intéressantes. Un jeune apprenti astrologue veille à ce que les voleurs à la tire ne fassent pas des explorations d'un autre genre dans les poches de ce noble étranger, tandis que sa vue et son attention voyagent dans la lune.

Marchand d'ombrelles pour enfants.

Remontons le boulevard, passons devant ces honnêtes marchands d'ombrelles d'enfants qui promènent sans cesse leur légère pyramide des Tuileries aux boulevards, en face de la pauvre femme qui vend, au pied d'un arbre, de petits cornets de sable rouge et bleu à sécher l'encre sur le papier; descendons jusqu'à la place de la Bourse, cette église métropolitaine de l'industrie financière. Vis-à-vis des marches du temple, l'industrie en haillons, maigre, transie, grelottante, appelle encore les passants indifférents. Ce sont de pauvres enfants à genoux sur la dalle humide; ils vous offrent, d'une voix dolente, des allumettes chimiques à l'essai, à l'épreuve, à un sou le paquet, à deux sous la boîte.