Marchande d'allumettes chimiques.
Marchande d'amadou.
Pendant que ces malheureux enfants vous pressent d'acheter leurs allumettes modernes, un peu plus loin, sur la place Saint-Georges, une bonne vieille femme, assise dès le matin devant l'hôtel de M. Thiers, offre aux servantes du quartier ses allumettes classiques dont personne ne veut plus; n'importe! elle les tient toujours dans sa main, et les offre toujours avec confiance, avec l'espoir de les voir apprécier un jour par quelque bonne âme du temps passé: elle lui donnera par-dessus le marché des feuilles de laurier, des bouquets d'ail, de l'amadou, un briquet, une pierre à feu; mais les jeunes servantes passent devant la bonne vieille sans s'arrêter, sans lui rien acheter... Elle les regarde passer tristement, mais sans se plaindre... elle attend.
Enfin, les pauvres industriels du soir regagnent leur mansarde, où plus d'un cherche dans le sommeil l'oubli du froid et de la faim. Ils s'endorment en espérant un lendemain meilleur.
C'est alors, et quand tous reposent, les riches sous leurs édredons, les pauvres sur leur grabat glacé, que l'industrie de nuit descend de la rue Mouffetard et s'empare de la ville. Elle parcourt les rues, la hotte sur le dos, le crochet à la main, et dispute aux chiens affamés les choses sans nom dont se compose son commerce. Après une nuit passée dans ces fouilles mystérieuses, le chiffonnier, fier de la lourde charge qu'il porte, va rejoindre sa femme, qui, plus diligente ou plus heureuse dans ses recherches, a empli sa hotte avant lui, et l'attend, assise sur une borne, près de la porte d'un marchand de liqueurs qui va bientôt s'ouvrir.
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Chiffonnier. |
Chiffonnière. |