(Suite.--Voir t. II, p. 298.)

II.

Le cœur d'une femme est soumis à une foule d'accidents pathologiques, en d'autres termes, de phénomènes que certains esprits acerbes, ou enclins à une véracité brutale, osent appeler des caprices.

L'étude approfondie de cette matière est sans contredit l'une des plus sublimes qui puissent séduire l'esprit humain, et nous voyons pourtant que les bavards vulgairement connus sous le nom de philosophes ont mieux aimé s'occuper de plusieurs billevesées tout à fait secondaires, telles que l'immortalité de l'âme, le système des monades ou la théorie des atomes crochus, que, de consacrer leurs veilles ou leurs scalpels à l'examen de cet organe tour à tour si riche, si pauvre, si tendre, si dur, si revêche, si humble, si fier, si despote, et dualement si amusant: le cœur d'une femme!

Nous déclarons solennellement que notre opinion est inébranlable à cet égard, Oui, nous mettons au-dessus de toutes les voluptés philosophiques l'honnête distraction de fouiller du bec de notre plume les fibres palpitantes de cette merveilleuse machine,--a moins cependant qu'on ne nous propose de venir faire des ronds dans un puits.

La Comtesse Clarisse--on devinera peut-être que les réflexions précédentes nous ont été inspirées par cette intéressante héroïne--se retira dans son boudoir, fut empêchée, à débrouiller le chaos où flottaient ses pensées. Elle n'eût pas été plus embarrassée pour diriger sa course sans boussole sur un océan sans étoiles, qu'elle ne l'était de se rendre un compte fidèle de l'état précis où l'avaient jetée les chicaneries de madame la chanoinesse. Au reste, il faut bien le dire, la digne tante avait le détestable privilège d'apporter habituellement le trouble, dans les idées de Clarisse, chaque fois qu'il lui prenait fantaisie d'avoir de l'esprit à ses dépens. Au fond, c'était une assez bonne créature que madame Aurélie; mais le sentimentalisme de notre époque lui agaçait les nerfs, et choquait fort le sensualisme de ses traditions galantes. «Ayez, le courage de vos goûts,» disait-elle souvent par manière d'apophtegme; et ce qui l'irritait particulièrement, c'était de voir sa belle Clarisse cacher, sous l'hypocrite réseau de mille délicatesses romantiques, la plus franche, nature de coquette qu'elle eût jamais admirée.

Cependant nous supplions le lecteur de considérer que la chanoinesse, en sa qualité, de vieille femme, n'avait pas toute la charité désirable, en de pareilles matières. Le dépit secret que lui faisait éprouver l'éloignement de Clarisse pour lord Rutland exagérait à ses yeux les torts de la comtesse. Nous en appelons ici à toutes les jolies femmes qui daigneront nous entendre; elles jugeront si lord Rutland ne méritait pas un peu son échec.

Et d'abord, notre belle lectrice sait déjà que lord Rutland doit être classé parmi les amants vertueux et magnanimes. Lors du mariage de Clarisse avec le comte de R..., on a vu que cet amoureux héroïque fit taire les plus vils désirs de son âme, pour favoriser une union que, pour des unit ils dont le détail est inutile, la famille de Clarisse ambitionnait.

Il y eut dans ce fait une faute impardonnable. En affaire d'amour, ne parlez pas aux femmes de magnanimité; elles vous diront toutes que ce mot là est aussi sot qu'il est long. C'est une vertu négative pour lesquelles toutes professent une invincible horreur. Lord Rutland, qui se vantait d'adorer Clarisse et dont l'influence était grande sur la famille de la jeune personne, avait littéralement cédé Clarisse au comte de R***. C'était là une belle action, digne, sans contredit, d'être mentionnée dans le Plutarque de la jeunesse, mais où Clarisse trouva je ne sais quoi d'assez impertinent. Premier grief.