Résumons en peu de mois le système de M. le marquis de Jouffroy, et les avantages qui, selon lui, y sont attachés; puis on nous permettra d'exposer succinctement et rapidement les inconvénients que nous y avons trouvés, et les raisons qui nous semblent devoir détruire les illusions qu'ont pu se faire l'inventeur et les membres de la société formée pour exploiter les brevets de ce système.
M. de Jouffroy a modifié la voie, imaginé un nouvel établissement de la locomotive, rendu les roues des wagons indépendantes les unes des autres et de l'essieu, abaissé le centre gravité des wagons, substitué au mode actuel d'enrayage partiel un mode d'enrayage instantané, et séparé ses wagons en deux parties articulées entre elles.
Les avantages qu'il prétend obtenir sont les suivants:
1º Moyen de franchir les rampes de 5 centimètre par mètre, et de tourner dans des courbes de 15 mètres de rayon;
2º Par conséquent diminution dans les frais de construction;
3° Impossibilité du déraillement, des chocs et du renversement des voitures de voyageurs.
Si tout ce qu'annonce l'inventeur était réel, il faudrait, sans plus tarder, substituer partout son système à celui qui est suivi aujourd'hui; mais nous avouons que ces avantages ne nous ont pas paru aussi certains qu'à M. de Jouffroy.
Nous ne dirons rien d'abord des questions de priorité d'invention qu'à soulevées le système dont il s'agit; si l'invention est bonne, le public en profitera, quel qu'en soit l'auteur; si elle ne répond pas à l'attente générale, peu importe l'imagination qui l'a enfantée.
L'économie de construction, par la possibilité de franchir ou de tourner les montagnes, en supposant même que la solution du problème soit bonne, ne nous a pas semblé atteinte dans ce système. En effet, d'une part, la voie ayant 2 mètres de largeur, au lieu d'un mètre 50 centimètres, les terrains à acquérir seront plus considérables que dans le système actuel. L'établissement de la voie, elle-même, de ces deux ornières latérales, de ce rail central, des traverses, des longuerisses, toute cette partie matérielle présente évidemment un accroissement de dépenses. Nous ne croyons donc pas exagérer en disant que la différence entre les frais de construction dans l'ancien et le nouveau système ne doit pas être considérable; et nous ne concevons 'pas comment l'inventeur peut présenter sur cet objet un bénéfice de soixante pour cent.
Franchir les rampes, tourner sans danger de déraillement dans des combes à court rayon, tels sont les deux problèmes que beaucoup se sont proposé de résoudre. Voyons donc dans quelles limites on peut en chercher la solution.