Constantine.-La ville de Constantine (Cirta des anciens, Cossentina des Arabes), capitale de la province, est située au delà du Petit-Atlas, sur l'Oued-Rummel. Placée entre Tunis et Bone, à 16 myriamètres de distance de cette dernière, elle est à 88 kilomètres de Philippeville. Constantine est bâtie sur un plateau en partie entouré de rochers, dans un presqu'île contournée par la rivière et dominée par les hauteurs de Mansourah et de Condiat-Aly. L'Oued-Rummel coule au fond d'un ravin qui, comme un immense fossé, défend de deux côtés l'approche des murailles. La ville a quatre portes, trois au sud-ouest, et la quatrième, Bab-el-Kantara (porte du Pont), à l'angle en face du vallon compris entre le mont Mansourah et le mont Mecid. Le pont, d'où elle tire son nom, large et fort élevé sur trois étages d'arches, est de construction antique dans sa partie inférieure. Constantine, qui, selon les Arabes, a la forme d'un burnous déployé, dont la Kasbah représente le capuchon, a trois places publiques de peu d'étendue. Les rues sont pavées, mais étroites et tortueuses. Les maisons, pour la plupart, ont deux étages au-dessus du rez-de-chaussée. Il existe dans la ville plusieurs promenades remarquables, notamment quelques mosquées et le palais du bey. Ce dernier édifice a été construit par le bey Ahmed, depuis la prise d'Alger par les Français. Pour le décorer, il prit, dans les plus riches maisons de la ville, un grand nombre de colonnes de marbre, que les propriétaires avaient fait apporter, à dos de mulet, de Bone ou de Tunis.

Les Romains regardaient la ville de Constantine comme la plus riche et la plus forte de toute la Numidie. La plupart des routes de la province y aboutissaient. Elle avait été la résidence royale de Massinissa et de ses successeurs. Strabon nous apprend qu'elle renfermait alors des palais magnifiques. Jogurtha employa tous les moyens possibles pour s'en rendre maître, et c'est de cette position centrale que Metellus et Marins dirigèrent avec tant de succès contre lui tous leurs mouvements militaires. Ruinée en 311, dans la guerre de Maxence contre Alexandre, paysan pannonien, qui s'était fait proclamer empereur en Afrique, rétablie et embellie sous Constantin, cette ville quitta alors son ancien nom de Cirta, pour prendre, celui de son restaurateur, qu'elle porte encore aujourd'hui. Lorsque les Vandales, dans le cinquième siècle, envahirent la Numidie et les Mauritanies, et détruisirent toutes leurs villes florissantes, Constantine résista à ce torrent dévastateur. Les victoires de Bélisaire la retrouvèrent debout, et la conquête musulmane semble l'avoir respectée. Les traces de constructions romaines, éparses sur le sol, attestent qu'il y en avait de colossales.--Après une première expédition, restée sans succès (novembre 1836), Constantine a été prise de vive force par l'armée française, le 13 octobre 1837.

Bone, (en arabe Annaba), est bâtie sur le côté ouest du golfe de ce nom, à 14 myriamètres d'Alger, et à 10 de Philippeville. Elle a été construite à peu de distance des débris de l'ancienne Hippone, qui fut une des résidences des rois de Numidie, et joua un rôle important dans la guerre de César ni Afrique, dans celle des Vandales contre Genséric, et plus tard dans la campagne de Bélisaire. La Kasbah ou citadelle, commande la ville et surveille la rade. Son intérieur est vaste et ses murs élevés.

Bone, occupée une première fois en 1830, avait été, comme Oran, évacuée, lorsque la nouvelle de la Révolution de Juillet était parvenue en Afrique. Après le départ des troupes françaises, le bey de Constantine, Hadj-Ahmed, essaya de s'emparer de la ville et la tint étroitement bloquée du côté de terre. Vers la fin de 1831, le chef de bataillon Houder, envoyé par le général Berthezène, avec 125 zouaves indigènes, pour secourir les Bonois, fut tué au moment où il se disposait à se rembarquer, après avoir épuisé tous les moyens d'accomplir sa mission. Bone, en proie à des influences passagères, ne demeura pas encore cette fois au pouvoir de la France, mais au commencement de 1832, l'occupation de Bone, par une garnison française, fut décidée. Le duc de Rovigo, en attendant la saison favorable, confia au capitaine d'artillerie d'Armandy et au capitaine de chasseurs algériens Jusuf, la mission d'aller aider les Bonois dans leur résistance contre Hadj-Ahmed. Cependant le 5 mars 1832, Bone fut forcée d'ouvrir ses portes aux troupes du bey de Constantine, et subit dans toute leur horreur les calamités de la guerre. La ville prise fut pillée, dévastée, la population massacrée, dispersée ou déportée dans l'intérieur. Un ancien bey de Constantine, Ibrahim se maintint, jusqu'au 26 au soir, dans la Kasbah, dont il s'était saisi pour son compte; mais quand il allait l'abandonner, les capitaines d'Armandy et Jusuf eurent l'audace de s'y jeter de nuit, avec une trentaine de marins, et y arborèrent le pavillon aux trois couleurs, qui n'a pas cessé d'y flotter depuis. Dans les premiers jours de mai, 3,000 hommes partis de Toulon prirent possession de Bone, délaissée à la fois par ses oppresseurs et par ses habitants.

Bougie est à 190 kilomètres d'Alger, et à 130 de Constantine. Bâtie immédiatement au bord de la mer, sur le flanc méridional du mont Gourava, abrupte et escarpée, qui s'élève rapidement jusqu'à 670 mètres de haut. Bougie est dominée, par les hauteurs qui s'élèvent en amphithéâtre et presque à pic derrière elle. Cette position sur le flanc de la montagne, ses maisons écartées et les masses d'orangers, de grenadiers et de figuiers de Barbarie qui les entourent, rendent son site éminemment pittoresque. Cette ville indiquée par ses ruines nombreuses, une haute antiquité. Selon toute probabilité, elle formait la limite orientale de la Mauritanie-Césarienne, et son emplacement est celui de l'ancienne colonie romaine de Saldes. Tous les peuples, qui depuis vingt siècles l'ont occupée, y ont laissé des traces de leur domination. Les travaux que les Espagnols exécutèrent après la conquête, en 1510, sont encore debout: ce sont le fort Mousa, élevé par Pierre de Navarre, et la Kasbah, par Ferdinand le Catholique et Charles-Quint. Une complète anarchie régnait, soit dans le territoire, soit dans l'intérieur même de Rouge, lorsque la ville fut prise par nos troupes le 29 septembre 1833. Ses habitants se retirèrent, emportant tout ce qu'ils possédaient.

Débarquement de troupes en Algérie.

Collo, bourgade de 2,000 âmes, au nord de la mer, offre un bon mouillage contre les vents du nord-ouest. (Voir l'Illustration, t. 1er p. 252.)

Djémilah (sous la domination romaine, Culcul colonia ou Culculum). à 104 kilomètres à l'ouest de Constantine, sur la route des Bibans (Portes-de-Fer), était comprise autrefois dans la Mauritanie Sitifienne. Bien que ses abords difficiles ne conservent aucun vestige de voie antique, la présence des Romains dans cette vieille cité est attestée par de nombreux monuments: les plus remarquables sont les restes d'une basilique chrétienne; des bas-reliefs et de nombreuses inscriptions; un temple quadrilatère à six colonnes; un théâtre; le forum, avec un temple dédié à la Victoire; enfin, un arc de triomphe élevé à l'empereur Caracalla, à sa mère Julia Douma et à son père Septime Sévère. C'est cet arc de triomphe que, suivant un vœu exprimé par M. le duc d'Orléans, M. le maréchal duc de Dalmatie, ministre de la guerre, avait prescrit de démonter pierre par pierre, pour être transporté et réédifié à Paris; mais les difficultés du transport semblent avoir fait ajourner à ce projet. Occupée une première fois, le 11 décembre 1838, Djémilah l'a été de nouveau le 15 mai 1839.