Vue de Constantine.
Djidjeli, point intermédiaire de la côte entre Boupie et Collo, adossé à un pays montueux, habité par des Kabyles, est occupé par les Français depuis le 13 mai 1839. La ville, autrefois assez commerçante, est bâtie sur une presqu'île rocailleuse, réunie à la terre ferme par un isthme fort bas, dominé de près par des hauteurs. Djidjeli a un port dans lequel on peut mouiller avec confiance pendant la belle saison. Louis XIV, qui voulait un établissement militaire en Afrique, avait jeté les yeux sur Djidjeli, où nous avions déjà un comptoir. Le duc de Beaufort s'en empara en 1661: mais la garnison française dut bientôt l'évacuer; notre comptoir fut ruiné et ne fut jamais rétabli. Le gouvernement eut, à cette époque, l'idée d'y faire un port militaire, et plusieurs plans proposés à cet effet existent dans les archives du dépôt de la marine, entre autres un projet de l'amiral Duquesne et de l'un des officiers de sa flotte.
Guelma est située au sud et à 2,000 mètres de la rive droite de la Seibouse supérieure, et à 2,500 mètres au nord du pied de la haute montagne de Maouni. Guelma, telle que les Français la trouvèrent à la fin de 1836, était formée avec les matériaux provenant de l'ancienne Kalama, nommée par saint Augustin et par Orose; mais l'emplacement qu'elle occupe, paraît être celui de la vieille nécropole, et non celui sur lequel fui jadis construite la véritable cité romaine, devenue la proie, soit des Maures révoltés, soit des Vandales. Le 28 novembre 1836, les Français occupèrent définitivement les ruines de Guelma comme position militaire destinée à combattre, dans l'opinion des populations indigènes, les conséquences funestes de l'insuccès de la première expédition contre Constantine. Cette occupation rendit un immense service pour la réussite de la seconde expédition.
La Calle, siège d'un établissement français, dont l'origine remonte à l'année 1520, et qui fut florissant jusqu'en 1799, est située à 72 kilomètres de Done, par terre, et à 48 par mer. La Calle est entourée de tous côtés par la mer, excepté à l'est, où s'étend une plage de sable d'environ 150 mètres de longueur et où se trouve la porte de Terre. Das toutes les autres directions, la ville est défendue par des rochers inabordables. Incendiée par les Arabes en 1827, lors de la rupture qui éclata entre la France et Hussein, bey d'Alger, elle contient aujourd'hui environ cent dix maisons. Ses rues sont tirées au cordeau, bien pavées et d'un facile entretien. C'est sur la plage de sable fin, qui ferme la partie est de ce port, que viennent s'amarrer les corailleurs napolitains, sardes et corses, qui affluent dans ces parages. Le corail est, on le sait, le principal produit des côtes de d'Algérie, et c'est surtout entre Bone et Tabarce que s'étendent ses bancs les plus riches. Aussi la plupart des pêcheurs viennent-ils relâcher à La Calle. Les forêts qui l'avoisinent ont une superficie totale évaluée à plus de 20,000 hectares. Les circonstances politiques et l'état incertain de nos relations avec les indigènes retardèrent jusqu'en 1836 l'occupation de cette place, qui fut définitivement consommée le 15 juillet de cette année, par un détachement de spahis irréguliers.
Msilah se divise en trois groupes de maisons, dont le plus considérable occupe la rive gauche, et les deux autres la rive droite de l'Oued-Ksab (rivière des Roseaux); les murs de clôture, les maisons, les mosquées, les minarets mêmes sont construits avec des briques de terre crue, pétrie avec un mélange de paille hachée. Les maisons, à un seul étage, sont couvertes en terrasse, avec la même terre massée et battue sur des rondins. Les habitants assurent que cette toiture grossière est parfaitement imperméable. Les encadrements des portes de la plupart des maisons et l'intérieur des mosquées sont ornés de pierres de taille romaines, de tronçons et de chapiteaux de Colonnes, dont quelques-uns, d'ordre corinthien, paraissent remonter aux beaux temps de l'architecture romaine. Ces matériaux qui ont été apportés d'une ancienne ville en ruines, située à 4 ou 5,000 mètres de Msilah, et que les Arabes désignent sous le nom de Rechuga. Les troupes d'Abd-el-Kader sont venus souvent piller et rançonner ses habitants inoffensifs et démolir ses maisons, dont elles prenaient le bois pour allumer leurs feux. La ville était presque déserte, quand, au mois de juin 1841, nos troupes s'établirent aux environs.
Hussein, dernier bey d'Alger.
Philippeville.--Stora.--L'occupation de la rade de Stora, qu'on nommait autrefois Russicada, était un moyen puissant de consolider notre établissement à Constantine, en mettant cette ville en communication avec la mer par la ligne la plus courte et moindre de moitié que celle par Bone. Une première reconnaissance fut opérée, en janvier 1838, jusqu'à 21 kilomètres de Constantine, dans la direction de Stora; une seconde, au mois d'avril suivant, fut poussée jusqu'aux ruines de l'ancienne Russicada, où, enfin, une garnison permanente vint s'installer le 7 octobre de la même année: 80 kilomètres seulement séparent maintenant Constantine d'un bon port. Cette distance est franchie en un jour par les escortes de la correspondance; elle l'est aisément en trois jours par les convois militaires, qui trouvent aux camps de l'Arrouch et de Smeadou des vivres, des munitions, des troupes pour les protéger, des espaces fortifiés pour les recevoir et les abriter. Le nouvel établissement, formé sur les ruines de la cité romaine, a reçu le nom Philippeville. Ces ruines sont assez nombreuses; parmi elles, on distingue de vastes citernes, dont quatre, entièrement déblayées, contiennent plus de cent mille litres de vin, etc.
Philippeville, bâtie l'emplacement d'une bourgade où, en octobre 1838, n'existaient que quelques rares baraques au milieu des dérombres, comptait déjà, au mois d'avril 1839, 716 habitants européens; à la fin de décembre 1842, c'est-à-dire en quatre années, ce chiffre s'est élevé à 4,325. Philippeville paraît donc destinée à devenir ce que Russicada a été, il y a deux mille ans, sous les Romains, ce que Stora était, en partie, il y a moins de trois cents ans, un établissement d'une grande importance.
Sétif, l'ancienne Sitifis Colonia, est située dans une plaine vaste et fertile, arrosée par l'Oued-Bou-Sella m, qui coule à 2,500 mètres des ruines de cette ville. Au temps de la domination des Romains, Sitifis était devenue, tant par son importance même que par sa position centrale, l'un des points les plus considérables de leurs possessions en Afrique. Lorsque, après le soulèvement des tribus comprises sous le nom général de Quinquégentiens (an 297), la métropole adopta un nouveau classement des territoires et des populations, la Mauritanie Césarienne fut divisée en deux provinces, l'une gardant cette dénomination, l'autre empruntant de Sitifs le nom de Mauritanie Sitifienne. Les nombreuses voies de communication qui liaient à ce chef-lieu presque toutes les villes principales des autres provinces, prouvent assez le rang élevé qu'il occupait parmi les contrées soumises à la puissance romaine en Afrique. Là se trouvait le point d'intersection des grandes communications qui unissaient Carthage, Cirta et Cæsarée (Tunis, Constantine et Cherchel); de là partaient en outre des voies directes qui rattachaient Sitifis, d'une part, à Saldes (Bougie), à Ingitgilis (Djidjeli), à Coba et à Tucca; de l'autre, à Lambèse, à Theveste (Tibessah), à Musti et à Tamugadis.