Fatigué et désireux de me remettre en route de bonne heure le lendemain, je saluai mes hôtes; ils comprirent mon intention, et quittèrent la cabane. Alors je m'étendis sur une natte, auprès du brasier qui flamboyait au milieu de la chambre, et, sans songer un instant au danger d'être étouffé par la fumée, je m'endormis.

Vers le milieu de la nuit, je fus réveillé en sursaut par un bruit étrange qui provenait du dehors; les cris confus des indigènes m'avertirent qu'il se passait autour de nous quelque chose d'extraordinaire. J'envoyai Ben Oulil aux informations, et il vint, quelques minutes après, m'apprendre que le tumulte avait été causé par l'apparition d'un lion; le maraudeur avait franchi la haie, et, avec une audace imperturbable, venait d'enlever un mouton au douair; aussitôt les habitants s'étaient rassemblés, tous armés de lances et de bâtons, en faisant retentir l'air de cris perçants.

Cette façon de repousser l'agression des bêtes féroces me frappa par sa singularité. Tel est, en effet, le système adopté par les Arabes pour se débarrasser des visites de leurs importuns voisins.

(La suite à un prochain numéro.)

Plaisirs et Misères de l'Hiver.

Le but de ce petit chapitre, cher lecteur, est de le démontrer que l'hiver est à la fois la plus agréable et la plus triste des saisons, de même que la femme, suivant l'avis de Sganarelle, est la meilleure chose et la pire des choses. Ce que je dis ici de la femme et de l'hiver, lecteur mon ami, peut se dire à peu près de tout ce qui existe en ce monde sublunaire. Il n'est guère de vertus dont l'excès ne touche à un travers, à un ridicule ou à un vice; tout mets délicieux a son danger; au fond de la coupe exquise se cachent les maux de nerfs et l'ivresse. Quoi de plus charmant que la parole et quoi de plus détestable? Le violon de Bériot a pour voisin le violon de *** qui vous écorche les oreilles; le plaisir coudoie la douleur, et le monde est blanc ou noir, selon le côté par où tu l'envisages.--Je veux qu'après avoir lu ces lignes, tu me quittes en criant; Vive l'hiver! à bas l'hiver!

Oui, vive l'hiver pour ceux qui ont une cheminée de stuc ou de marbre, où le chêne enflammé pétille et répand ses chaudes ardeurs; oui, vive l'hiver pour ses poitrines abritées sous la ouate et la martre! vive l'hiver pour les pieds cuirassés de doubles semelles, pour les nez enveloppés du foulard de soie, pour les jambes appuyées sur les coussins d'un moelleux équipage! vive l'hiver pour toutes ces frêles, et blanches, et charmantes Parisiennes, que le plaisir appelle à ses fêtes! vive l'hiver pour le lion à la botte vernie, au gant glacé, au lorgnon enchâssés dans l'orbite.

Allons, mes jeunes cavaliers, allons, mes toutes belles, voici l'hiver qui commence! c'est votre saison de prédilection, la saison de vos joies les plus vives, de vos enivrements les plus doux. On vante le printemps: préjugé de poète! que vous veut-il avec ses roses fades et son azur monotone? La belle distraction, en vérité, que de se coucher sur l'herbe et de bâiller au sempiternel murmure du ruisseau! Parlez-moi de l'hiver! Le printemps chante toujours le même air sur ses pipeaux champêtres; cela devient maussade; mais l'hiver ramène les vives harmonies; de tous cotés résonne, sur mille tons joyeux, le signal de la valse et de la danse. Parlez, couvrez vos blanches épaules du long manteau de soie; le bal vous sourit, le bal vous appelle, le bal vous possède; à la lueur des lustres étincelants, montrez aux regards charmés, votre taille légère, vos cheveux enlacés de fleurs, votre noire prunelle, votre pied agaçant; faites des heureux et des jaloux, et revenez de ces nuits enflammées, de ces nuits de délire, fatiguées, mais non lasses de vos triomphes. Et vous, mes beaux amis, est-il, dites-moi, un temps plus heureux, plus adorable que l'hiver? N'est-ce pas dans l'hiver qu'on se retrouve, qu'on se revoit, qu'on se précipite avec ivresse dans le tourbillon du monde, et que les mots les plus tendres, et les plus doux se disent à l'oreille?

Voulez-vous prendre un peu de repos? Est-ce votre fantaisie, le lendemain de quelque fête bruyante, de vous récréer par le contraste des douceurs de l'intimité? donnez votre consigne à la porte de votre boudoir, afin que les profanes en soient exclus; deux ou trois privilégiés auront seuls le droit, d'entrer au sanctuaire; alors vous goûtez un des plus grands plaisirs de ce monde, que l'hiver seul peut donner, le plaisir du coin du feu; ô coin du feu! ô volupté plus charmante, ô trésor plus enviable que tous les diamants et toutes les grandeurs de l'univers! Le bienheureux auquel il est donné de se livrer au bonheur du coin du feu, à côté de deux jolies femmes, peut se dire l'égal des rois; à côté d'une seule femme, il égale les dieux!