État actuel des constructions des nouvelles Chambres du Parlement anglais.

Comme l'histoire de Westminster est l'histoire d'Angleterre, je me dispenserai de la pousser plus loin; les curieux peuvent recourir au livre savant de Brayley et Britton. Mais il était bon de nous reporter aux origines, l'antiquité de ces monuments historiques étant le plus clair de leurs mérites.

Vue de la Chambre des Lords avant l'incendie
de 1834.

Je ne pensais toutefois ni à Canut le Grand, ni au budget d'Henri III, quand je me fis déposer par un léger cab à la porte de Westminster devant laquelle je vis le plus de chevaux sellés et le plus de grooms. C'est celle qui mène aux chambres du Parlement. Suivant les instructions de M. I..., je franchis d'un air de connaissance les premiers vestibules, et j'arrivai à ce une l'on appelle le lobby de la Chambre des Communes. Là,--toujours suivant le programme,--je déposai ma carte entre les mains d'un huissier à trogne rouge, qui se chargea d'avertir M. L... et j'attendis patiemment que le sanctuaire s'ouvrit.

Cinquante à soixante personnes attendaient comme moi. Partout où l'on attend, en Angleterre, on trouve de quoi boire et de quoi manger. Le lobby de la Chambre basse n'est point dépourvu de cet avantage. A chaque instant vous y entendez, la détonation d'une bouteille de soda-water, et les honorables M. P.,--la canne ou la cravache à la main, le chapeau sur la tête, presque aussi négligés dans leur tenue, mais un peu moins laids que nos précieux députés,--viennent y trinquer avec leurs commettants.

C'est dans le lobby de la Chambre des communes que le premier ministre Spencer Percival fut assassiné par un négociant ruiné que ses malheurs avaient rendu fou. Cet événement ne paraît pas avoir laissé de traces. Du moins aucune précaution n'empêcherait-elle un nouveau Bellingham de sacrifier sir Robert Peel à des ressentiments plus ou moins justifiés.

Je considérais déjà d'un œil assez ennuyé les allées et venues parlementaires, quand les officiers de la Chambre me mirent à la porte, ainsi que tous les assistants. Les Communes allaient voter (divide) sur un bill dont la discussion était terminée, et les honorables avaient à traverser le lobby pour se rendre dans les chambres à scrutin. Aussitôt après le vote, un huissier vint m'appeler et me fit entrer, enfin, dans la salle, où M. L... avec une rare complaisance, passa toute la soirée avec moi sur les bancs réservés aux étrangers.

Il faut une grande bonne volonté, il faut de grands efforts d'intelligence pour se figurer, en voyant cette pièce étroite et encombrée, toute bourgeoise et toute moderne dans son ameublement, qu'on est sur le théâtre où se joue la plus solennelle des comédies politiques. Les acteurs sont pêle-mêle, vis-à-vis les uns des autres, sur trois rangées de banquettes qui donnent idées d'un vaste omnibus. Tout au fond, le président et sa perruque, derrière une table qui le masque à moitié; devant cette table, les trois clercs, aussi en perruques; aux deux bouts; d'un côté, sir Robert Peel; de l'autre, le champion des opposants. C'était, ce soir-là, lord John Russell.

Des deux côtés, de ce long parallélogramme, deux galeries réservées aux membres qui n'ont pas trouvé de place dans la salle, et qui, perchés là-haut, ne ressemblent pas mal aux spectateurs admis dans certains bals de province. Dans une troisième galerie, derrière et au-dessus du speaker, les malheureux sténographes barbouillent, comme ils peuvent, sur leurs genoux, et les dames sont derrière la muraille contre laquelle ils s'appuient, entassées dans un in-pace ténébreux d'où leur regard plonge dans la salle par une espèce de meurtrière longue de douze pieds, large de cinq pouces; encore n'y sont-elles reçues que par tolérance. La dénonciation officielle d'un seul député suffirait pour les faire exclure. Tout cela est triste, mesquin, vulgaire. Il est vraiment impossible de se croire ailleurs que dans le sein d'une assemblée d'actionnaires prêts à débattre les dividendes d'un chemin de fer.