Au reste, la Chambre actuelle, pour sa disposition du moins, ressemble fort à celle que détruisit l'incendie de 1831, et dont nous donnons ici le croquis fidèle.
Nous en dirons autant de la Chambre des Pairs, qui se distingue de la Chambre des Communes par la disposition des banquettes et par l'étoffe rouge dont ses sièges sont recouverts.
Ni l'une ni l'antre des Chambres actuelles n'occupe la place qu'elles avaient dans l'ancien bâtiment. Avant l'incendie, les pairs se rassemblaient dans une salle qui avait été jadis la Cour des requêtes, au midi de Westminster-Hall.--La Chambre des Communes y tient aujourd'hui ses séances.
L'ancienne salle des Communes, depuis les premières années du règne d'Édouard VI. était la chapelle de Saint-Stephen, à l'est du palais, donnant sur la Tamise. Elle n'a reçu aucune destination dans le bâtiment provisoire.
La pairie anglaise tient aujourd'hui ses séances dans la Chambre Peinte, où mourut Édouard le Confesseur, un an avant l'invasion de Guillaume, et sept cent soixante-neuf ans avant que l'on y installât, pour quelques années, les représentants actuels de la noblesse normande. Au train que prennent les affaires politiques, il est permis de croire que l'édifice, antérieur à l'institution aristocratique, lui survivra, et de beaucoup. Ces sortes de choses,--même les plus solides--s'usent plus vite que la pierre.
L'INCENDIE.
Savez-vous pourquoi s'élève maintenant cet énorme bâtiment, derrière les charpentes duquel paraissent à peine les hauts clochers de Westminster-Abbey? Savez-vous pourquoi les architectes, les peintres anglais, sont en grand émoi, cherchant partout les idées qui leur manquent, les procédés de la fresque, appelant,--appelant en vain,--le génie des lignes et celui des couleurs? Savez-vous pourquoi tous ces concours, tous ces projets, tous ces devis, tous ces plans débattus chaque matin, chaque semaine, chaque mois, chaque trimestre, dans les mille organes de la presse britannique? Savez-vous, enfin, pourquoi la moitié du palais du Westminster étant dévorée par le feu, il faut aujourd'hui préparer une résidence digne d'elles aux deux Chambres du Parlement? Je vais vous le dire.
En 1826--remarquez cette date--en 1826, l'Échiquier anglais n'avait pas encore de registres; en 1826, les comptes du budget anglais se réglaient encore comme se règlent, dans nos plus petits bourgs du Midi, les comptes du boulanger avec les cuisinières illettrées. La taille, enfin, se payait, en 1826, comme aux jours de Guillaume le Conquérant, et suivant la forme antique à laquelle elle dût son nom primitif. Ici, pour être croyable, il faut citer ses autorités.
Le 10 octobre 1834, à six heures du soir, la femme d'un concierge vit filtrer une vive lumière sous la porte de la Chambre des Lords. Ce fut elle qui poussa le premier cri d'alarme; et, huit heures après, on éteignait les derniers brandons de l'incendie; mais, pendant ces huit heures,--sous les yeux de cinq cent mille spectateurs assemblés, et malgré les efforts du toute la police de Londres, malgré le voisinage de la Tamise chargée de bateaux--elle offrait, dit-on, le plus admirable coup d'œil que jamais une ville en flammes ait éclairé de ses fantastiques lueurs,--un tiers du vieux palais, la moitié de ses vastes cloîtres, la chapelle du Saint-Stephen, la bibliothèque des Communes, la Chambre Peinte, la Chambre des Lords, et la plupart des comités adjacents, étaient devenus la proie du feu.
Le conseil privé tint séance plusieurs jours de suite pour déterminer la cause de ce désastre national, qu'on avait d'abord attribué à la malveillance; et voici le résultat de son enquête.