Vue de la Chambres des Communes avant
l'incendie de 1834.
«Les comptes publics de la trésorerie se tenaient jadis au moyen de tailles; et jusqu'au jour où cette méthode fut abolie par acte du Parlement (octobre 1826), on indiquait les sommes payées à l'Échiquier sur des baguettes de noisetier ou de frêne, qu'on entaillait à une plus ou moins grande profondeur, et dans une direction plus ou moins oblique, suivant qu'il s'agissait de marquer des milliers, des centaines ou des unités de livres sterling; même des schellings ou des pences. Quand une de ces baguettes était taillée dans toute sa longueur, on la fendait en deux portions égales, dont l'une s'appelait la feuille (the foil), et l'autre la contre-feuille (the counter-foil). En les rapprochant, elles servaient à se contrôler l'une par l'autre, et formaient, ainsi réunies, ce qu'on appelait la taille (the tally). Les derniers talliers de l'Échiquier, qui rendirent leur patente en vertu du bill d'octobre 1826, étaient lord Guildford et M. Burgoyne.
«Or, le jour même de l'incendie, le Clerc des Travaux, ayant ordre de faire détruire une certaine quantité de tailles conservées jusqu'alors dans les archives de l'Échiquier, chargea quelques ouvriers d'en brûler deux charretées dans les calorifères communiquant avec les tuyaux destinés à réchauffer le parquet de la Chambre des Lords. Ces hommes commencèrent leur travail à six heures et demie du matin et ne finirent qu'à cinq heures du soir. Le bois sec, qu'ils jetaient par brassées dans les fourneaux, brûlait avec une telle activité, que les tuyaux rougirent au bout de quelques heures, et que le plancher, déjà tout sec, dut nécessairement s'enflammer[1].»
[Note 1: ][(retour) ]Report of the Lords of the Council respecting the destruction of the Houses of Parliament.
L'impôt--représenté par les tailles--brûlant l'édifice même où on le vote, m'a paru un mythe assez démocratique.
Ce qui en gâte un peu la moralité, c'est que pour relever cet édifice, que dis-je, pour en construire un plus beau, les contribuables auront dû voir s'aggraver leurs taxes.
O. N.
Charles Nodier
NOTICE BIOGRAPHIQUE ET LITTÉRAIRE.