Nous ne parlerons pas dans cet article de la manière dont les Anglais engraissent leur bétail, parce que, sur ce point, nous ne leur cédons en rien, notre but étant simplement de montrer comment ils parviennent à créer des races à petits os et plus avantageuses que les nôtres, nous terminerons là ce que nous avons à dire sur ce sujet.

Les principes que nous venons d'exposer pour l'amélioration des races de bœufs, les Anglais les ont appliqués à tous les animaux domestiques, et surtout à ceux destinés à la boucherie. Il n'est pas un agronome français un peu instruit qui n'ait vu avec admiration comment ils sont parvenus à créer des moutons qui n'ont pas d'os pour ainsi dire, et dont l'augmentation prodigieuse du chair et de graisse n'a porté aucun préjudice ni à la finesse ni à l'abondance de la laine. Plusieurs de ces animaux, ont été présentés à la société royale d'agriculture de Derby, et ont été dessinés par les peintres que nous avons cités, il ne faut pas chercher dans ces figures les caractères ordinaires que les naturalistes emploient pour déterminer les races de moutons, car tout a disparu, contours, grâces, légèreté, sous des masses informes de laine et de graisse; et les êtres dont ces peintres ont rendu fidèlement le portrait sont presque devenus purement artificiels: ils doivent tout à l'industrie humaine, et ont entièrement perdu les caractères de leur nature primitive.

L'individu ici représenté a remporté le premier prix de la société, et a été présenté par M. Pawlett. Il appartient évidemment à la race perfectionnée que Dewick (a general History of Quadrupeds, p. 63.) a décrite sous le nom de the Leicestershire improved breed. Nos lecteurs, en voyant cette masse presque sans formes anatomiques, auront de la peine à croire, ce qui est cependant vrai, que l'animal est représenté nouvellement dépouillé de sa laine.

En Angleterre, on élève comme en France plusieurs variétés du cochon domestique, et il n'est pas rare de trouver des individus de la grande race à oreilles pendantes (the common boar) qui pèsent jusqu'à 300 et 350 kilogrammes. Sous le rapport de l'engraissement de ces animaux, plusieurs de nos départements peuvent, jusqu'à un certain point, rivaliser avec les Anglais; mais, sous celui de l'amélioration des races, nous devons le dire, nous sommes restés bien loin derrière eux. Ces insulaires ont parfaitement compris que, dans ces animaux, ce n'était pas la grande taille qu'ils devaient rechercher, mais la ténuité des os, la fécondité et la délicatesse de la chair et du lard. Par des calculs positifs, ils ont démontré que deux cochons de 100 kilogrammes chacun ne coûtent pas plus en soins et en nourriture qu'un seul animal de 200 kilogrammes. Partant de là, ils ont d'abord tenté des expériences sur le cochon de Siam ou du cap de Bonne-Espérance, qu'ils confondent avec celui de la Chine, et dont ils ont obtenu une très petite variété. Nous donnons ici le portrait de celui qui a remporté le prix au concours de Derby.

Cette variété est fort estimée par la délicatesse de sa chair; mais ses dimensions étant tout à fait trop petites, ils ont reprit le cochon de Siam pour le croiser avec leur cochon commun, et ils ont ainsi créé une nouvelle race de taille moyenne, que nous représentons ici.

Cette race offre des qualités précieuses: elle atteint ordinairement la grandeur d'un cochon commun de moyenne taille; les os sont extrêmement petits; le jambes grêles et courtes; le ventre touchant presque à terre; les oreilles sont assez longues, presque droites ou fort peu pendantes; le museau est court et concave en dessus; le front bombé, et le cou d'une épaisseur énorme. Robuste comme le cochon commun, cet animal a sur lui l'avantage de s'engraisser plus vite et beaucoup mieux. Sa femelle, que nous représentons ici, a des qualités précieuses, sous le rapport de sa fécondité.

Bewick dit avoir vu dans le comté de Durham, chez le chevalier Arthur Mowbray, une truie de cette race suivie de dix-neuf petits de la même portée, et faisant chaque année trois portées presque aussi nombreuses. Il y aurait de l'exagération dans ce que raconte l'auteur, que cette race perfectionnée, inconnue de nos cultivateurs, serait encore une des plus fécondes et des meilleures sous le rapport économique.

Je le répète, nos éleveurs n'ont rien ou n'ont que fort peu à envier aux Anglais quant à l'art d'engraisser le bétail et les autres animaux domestiques; mais ils ont beaucoup à faire et à apprendre pour remplacer les chétives races encore si communes en France, par des variétés aussi précieuses et aussi belles que celles qui couvrent le sol de l'Angleterre.

Bulletin bibliographique.

Cours de Littérature dramatique, ou l'Usage des passions dans le drame; par M. Saint-Marc Girardin, professeur de la Faculté des Lettres de Paris, membre du conseil royal de l'instruction publique. 1 vol. in-18.--Paris, 1843. Charpentier, 3 fr. 50.