«Gerbert et encore un autre sien compagnon ou disciple ès sciences géométriques et mathématiques, nommé Bernelinus, qui composa quatre livres: De abaco et numeris desquels se peut apprendre l'origine du chiffre dont nous usons aujourd'hui ès comptes d'arithmétique. Lesquels livres M. Savoye Pithou m'a assuré avoir en sa bibliothèque, et recognoitre en iceux un sçavoir et intelligence admirable de la science qu'ils traitent.»
A tous ces faits si précis, à tous ces arguments si convaincants, on n'a plus répondu même par des dénégations vagues; les adversaires de M. Chasles ont gardé un silence absolu. Nous devons donc regarder comme un fait désormais, acquis à l'histoire, l'origine purement occidentale de notre système actuel d'arithmétique. L'importance de ce fait, si contraire aux idées généralement reçues, motive suffisamment le développement que nous avons donné à l'examen des beaux travaux par lesquels il se trouve établi d'une manière irréfragable.
IV.--Sciences mathématiques appliquées.
Perspective pratique.--M. Jump avait présenté à l'Académie une échelle de perspective, sur laquelle M. Mathieu a fait un rapport dont voici les conclusions: «Nous pensons que l'échelle de perspective de M. Jump pourra servir à former avec une précision suffisante, pour les besoins ordinaires des arts, la perspective des objets, surtout quand on aura souvent occasion d'en faire usage, et que l'on sera disposé d'en étudier l'explication, qui n'a pas toute la simplicité désirable.»
Représentation graphique de diverses lois.--Toutes les personnes qui ont eu sous les yeux des plans topographiques exécutés avec soin, savent comment on y représente le relief du terrain. On imagine que les surfaces de niveau équidistantes, telles que le seraient celles de l'Océan si ses eaux venaient à s'élever successivement à diverses hauteurs au-dessus du sol, aient laissé leurs traces sur le relief; et on projette sur la carte les courbes de niveau ainsi tracées, en y affectant des cotes ou nombres, qui expriment à quelles hauteurs sont placées respectivement les unes par rapport aux autres ces coupes de niveau faites dans le relief du sol.
C'est en 1780 nue Ducarla, de Genève, imagina cette notation aussi simple qu'expressive. Il paraît qu'Halley, contemporain du grand Newton, avait imaginé de réunir sur la mappemonde, par des courbes continues, les points où la déclinaison de l'aiguille aimantée est la même. Au commencement de ce siècle, M. de Humboldt a vulgarisé l'emploi de cette notation, au moyen de ses isothermes, ou lignes d'égale température. On doit aussi à un savant navigateur. M. Duperrey, des cartes fort intéressantes des méridiens et des parallèles magnétiques. Mais ce qu'il y a de remarquable, c'est que cette notation peut être employée avec succès pour exprimer des lois mathématiques, et une foule de lois naturelles, aussi bien que des surfaces et les propriétés de certains points de l'écorce terrestre; on peut donc s'en servie pour remplacer des tables numériques, souvent plus longues à construire, et d'un usage moins commode. M. Pouchet, dans son Arithmétique linéaire, publiée en 1797, a eu le premier cette heureuse idée, qui a été employée aussi par M. d'Obenheim, dans sa planchette du canonnier; par M. Piobert, par M. Allix, etc.; seulement, aucun de ces auteurs n'avait pensé à combiner la notation des plans topographiques avec un certain système de graduation, au moyen duquel des courbes difficiles à construire peuvent souvent se réduire à de simples lignes droites. On n'avait pas non plus pensé à appliquer la notation de Ducarla aux lois de la météorologie, C'est ce qui a été fait dans un travail présenté à l'Académie par un ingénieur des ponts et chaussées, travail pour lequel M. Gauchy a fait un rapport, dont voici les conclusions favorables à l'auteur:
«L'Académie a approuvé le mémoire présenté, et a décidé qu'il serait inséré dans le Recueil des Savants Etrangers.»
L'appendice à la traduction que M. Martins a donnée de la Météorologie de Kaemtz, renferme un grand nombre de figures, et les principes de la partie de ce Mémoire qui est relative aux lois naturelles. Nous y renvoyons le lecteur[3].
[Note 3: ][(retour) ]Cours complet de Météorologie de M. F. Kaemtz, professeur de physique à l'Université de Malle; traduit et annoté par Ch. Martins, professeur agrégé d'histoire naturelle à la Faculté de médecine de Paris. (Paulin, libraire-éditeur, 57, rue de Seine. 1 fort vol. in-12 avec 40 planches gravées.
Latitude de Fomentera.--La détermination de la latitude d'un lieu, par les hauteurs des astres à leur passage au méridien, est une des opérations les plus simples qui puissent se présenter à l'astronome praticien. Cependant lorsque l'on examine dans tous leurs détails les observations qu'elle exige, on reconnaît qu'elle réclame les soins les plus minutieux, les corrections les plus délicates, les instruments les plus parfaits. M. Biot, dont le nom restera attaché, ainsi que celui de M. Arago, à la mesure la plus précise qu'on ait encore obtenue des dimensions de sphéroïde terrestre, a donné un mémoire étendu du plus vif intérêt pour tous les amateurs de la haute précision, sur la latitude de l'extrémité australe de l'arc méridien de France et d'Espagne. Il faut lire ce mémoire pour voir quelle sagacité doit déployer un observateur désireux d'éviter ou de reconnaître toutes les causes d'erreurs qui ne manquent pas de se présenter en assez grand nombre, lors même qu'il est muni des instruments les plus précis.