Comètes.--Ces astres singuliers ont été le sujet de travaux nombreux pendant le cours de l'année dernière. Nous avons déjà rendu compte de plusieurs d'entre eux à propos de la grande comète (v. 1, p. 64 et 259). Parlons de quelques autres qui ont aussi beaucoup d'intérêt.[4]
[Note 4: ][(retour) ] Cours complet de Météorologie de M. F. Kaemtz, professeur de physique à l'Université de Malle; traduit et annoté par Ch. Martins, professeur agrégé d'histoire naturelle à la Faculté de médecine de Paris. (Paulin, libraire-éditeur, 57, rue de Seine. 1 fort vol. in-12 avec 40 planches gravées.
M. Matthiessen a fait, à l'aide d'un de ces instruments si sensibles que les propriétés des courants thermo-électriques permettent d'employer avec succès à la détermination des plus légères variations de température, des expériences fort curieuses, desquelles il résulte que la grande comète n'envoyait, à la surface terrestre, qu'une chaleur à peine appréciable à l'aide de ces instruments eux-mêmes. Car en braquant sa pile thermo-électrique, munie de son cône condensateur, sur la queue de la comète au-dessous d'Orion, l'aiguille du galvanomètre restait sur zéro, absolument comme lorsque l'instrument était braqué sur l'étoile polaire. Le noyau de l'astre donna une déviation angulaire de 2 degrés, sous les pléiades on obtint 10°, vers la base de la lumière zodiacale 12°.
L'expérience avait lieu dans une ondulation légèrement concave du terrain entre l'arc de l'Étoile et le bois de Boulogne, le 27 mars dernier, vers huit heures du soir. Pour donner une idée de la sensibilité de l'appareil, il suffit de dire que la température de la main de l'observateur, refroidie par le contact de l'herbe humide, envoya l'aiguille indicatrice frapper contre la pointe à 90 degrés, à la distance d'un mètre; qu'une petite maison blanche, à 800 mètres de distance, mais échauffer par les rayons du soleil avant son coucher, fixa l'aiguille à 26 degrés, et à huit heures et demie à 21 degrés; et qu'une chandelle qui brillait à la croisée de cette maison ayant été éteinte, l'aiguille descendit à 19 degrés.
M. Quételet a signalé l'étendue de la lumière zodiacale vers la même époque, et l'apparition d'un assez grand nombre de météores lumineux qui se sont montrés du 18 au 24 mars, à Bruxelles à Brimes, etc.
Dès les premiers jours de l'apparition de la grande comète du mois de mars, M. Edward Cooper, habile astronome anglais, avait signalé un passage d'un livre bien connu (l'Usage des globes de Bion) duquel semblait résulter que cette comète avait déjà été vue plusieurs fois et qu'elle se meut autour du soleil suivant une courbe fermée dans l'espace de 54 à 55 ans. Les recherches de MM. Laugier et Mauvais, loin d'infirmer cette idée, y ont donné un fort degré de probabilité. En attribuant une orbite elliptique à la comète, ces messieurs ont trouvé que la plus grande différence entre les positions observées et calculées était de 12 secondes en longitude, et de 18 en latitude. M. Valz, directeur de l'observatoire de Marseille, est parvenu de son côté à un résultat analogue. Ainsi la belle comète de 1843 est assez probablement identique avec celles de 1702, de 1668, de 1528, de 1191, de 1157, de 1106, de 1003, de 685, de 582, de 379, de 336, de 193, de 161, et de 371 avant notre ère.
Nous devons encore mentionner ici, à cause de sa singularité, le rapprochement fait par M. Laisné entre la hauteur barométrique relevée à l'observatoire de Paris et la position de la comète par rapport à la terre à la fin du mois de février. Cette hauteur a été constamment en décroissant du 26 à neuf heures du matin, où elle était de 747 mm. 2, jusqu'au 27 à neuf heures du soir, où elle est descendue à 727 mm. 2, puis en augmentant de nouveau jusqu'au 28 à neuf heures du soir, où elle atteignait 742 mm. 4. Or, c'est le 27 février, après dix heures du soir, que la comète a passé à son périhélie, et vers minuit, qu'elle a été en conjonction inférieure avec le soleil.
Ajoutons, du reste, que rien, jusqu'à ce jour, ne permet de croire qu'il y ait eu autre chose qu'une coïncidence fortuite entre ces deux phénomènes; et M. Laisné lui-même a eu soin d'éviter le sophisme: cum hoc, ergo propter hoc.
Une autre comète découverte par M. Mauvais, l'un des astronomes attachés à l'observatoire de Paris, dans la nuit du 2 au 5 mai, a beaucoup moins attiré l'attention, sinon des astronomes, au moins des gens du monde, à cause de son extrême petitesse. Ce qu'elle offre de remarquable, c'est la grandeur de sa distance périhélie, qui atteint 1.613; c'est-à-dire que la distance moyenne de la terre au soleil étant prise pour unité, la comète ne s'est approchée du soleil qu'à une distance égale à plus d'une fois et demi de la première. Les trois comètes de 1729, 1747 et 1876, dont les distances périhélies ont été trouvées respectivement de 4,070; de 2,294 et de 2,008, sont les seules qui, sous ce rapport, puissent être classées avant la comète de M. Mauvais.
Mécanique céleste.--On doit à M. Damoiseau un travail capital sur les perturbations de Junon et de Céres. M. Leverrier a aussi communiqué les résultats très-importants d'une détermination nouvelle de l'orbite de Mercure et de ses perturbations, des tables numériques pour servir à la construction des éphémérides de cette planète, et un mémoire sur la grande inégalité du mouvement moyen de Pallas. M. Delaunay a repris toute la théorie des marées, et a cherché à expliquer plusieurs circonstances fondamentales qui n'avaient pas encore été déduites rigoureusement du principe de la gravitation universelle.