Travaux relatifs à l'histoire de l'astronomie.--On attribue généralement à l'astronome allemand Apian (milieu du seizième siècle) la première observation de la queue des comètes en sens opposé au soleil. M. Edouard Biot, dans le cours de ses recherches sur les anciennes apparitions de la comète d'Halley, a trouvé dans un ouvrage chinois l'observation suivante relative à une comète observée le 22 mars et jours suivants de l'an 857; «En général, quand un balai (une comète) paraît le matin, alors il est dirigé vers l'occident; quand il paraît le soir, il est dirigé vers l'orient. C'est une règle constante.» Le curieux renseignement, qui prendra dorénavant sa place dans l'histoire de l'astronomie, n'effacera pas l'observation d'Apian, ainsi que M. Arago l'a fait remarquer; car l'astronome allemand a, de plus que le chinois, annoncé que l'axe de la queue prolongée passe par le soleil.

Il y a déjà sept ans qu'un habile orientaliste, M. Sédillot, avait cru reconnaître, dans un paysage d'Aboul-Wefa, astronome arabe de Bagdad qui écrivait vers la fin du Xe siècle, la découverte d'une inégalité lunaire comme sous le nom de variation, découverte qui était généralement attribuée à Tycho-Brahé. Le résultat annoncé par M. Sédillot était généralement admis, car on n'y avait opposé que des dénégations vagues, sans preuves décisives. Mais aujourd'hui, un autre orientaliste distingué, M. Munk, tout en rendant hommage à l'authenticité du chapitre communiqué par M. Sédillot, comme à la fidélité de sa traduction française, vient annoncer que l'on s'est fait illusion en attribuant aux Arabes l'importante découverte de l'astronome danois, et que l'inégalité signalée pur Aboul-Wefa n'est pas la variation, mais bien la prosneuse qui est décrite dans Ptolémée.--L'Académie avait d'abord nommé une commission pour décider entre ces deux assertions opposées; mais on a bientôt reconnu que la question litigieuse n'était pas de la nature de celles qui doivent être tranchées par l'Académie, et on a laissé aux recherches individuelles le soin de découvrir et de signaler la vérité.--M. Biot est le seul qui soit entré dans l'arène: il a pris parti pour M. Munk, et nous reconnaissons que les raisons alléguées par M. Sédillot ne nous ont pas paru assez fortes pour infirmer les résultats de ses savants adversaires.

L'annonce faite par M. Albéri de la découverte de certains manuscrits qui renferment tous les travaux de Galilée et de son disciple Remeri sur les satellites de Jupiter, a été l'occasion de débats tellement personnels qu'il nous a paru convenable de ne pas nous y arrêter.

Don Graviel l'Alférez.

FANTAISIE MARITIME.

I.

«S'appeler don Graviel Badajoz y Serrano y Lopez; avoir au juste vingt-cinq uns, cinq pieds quatre pouces, deux beaux yeux, un air martial rehaussé d'une magnifique paire de moustaches noires, plus le grade d'enseigne de frégate dans l'armée navale de Sa Majesté catholique (à raison de 50 piastres fortes par mois, ce qui ferait incontestablement 600 piastres par an, si on nous payait); avoir titres et qualités de créancier de la couronne pour trois années de cette superbe solde; devoir, du reste, six fois autant; et d'autre part, être la fleur des cavaliers d'Estramadure, la perle des manœuvriers de l'escadre, le rubis des académistes de toutes les Espagnes, et sans contredit le plus amoureux des mortels jetés par le sort dans la cité de la Havane, c'est, parbleu, bien quelque chose!...--C'est même un peu plus que rien, attendu la ration que le manutentionnaire royal nous délivre matin et soir.--Mais, pour tout blason, patrimoine, meubles et immeubles présents et à venir, ne posséder que sa bonne mine et l'épée d'un officier de fortune, si bien trempés que soient l'homme et la lame, il faut, hélas! en convenir, ce n'est pas le Pérou! Non! me croira qui voudra, les espérances ne sont pas belles, lorsqu'au résumé l'on n'a pas un maracedi vaillant à offrir à la fille unique de l'illustrissime don Antonio Barzon, marquis de las Ermaduras y Famaroles, grand d'Espagne, brigadier des années de sa Majesté, commandeur de ses ordres et gouverneur général de l'île de Cuba et dépendances.--Il est vrai, par exempte, que ledit seigneur est bien le père le plus brutal et le plus maussade des hommes qu'ait produits notre chère patrie;--mais il est encore plus vrai que je suis empressé, galant, bien fait de ma personne, et fort amusant auprès des jeunes filles, surtout quand je les aime. A quoi servirait une sotte modestie? De Pampelune à Cadix, de la Trinité Espagnole à Mexico, Juana chercherait inutilement mon pareil. Or, sur mon âme, je crois qu'elle le sait! Comment d'ailleurs expliquer autrement sa tirade de ce soir en faveur des aventuriers, des flibustiers et des corsaire?... Grave sujet livré à mes méditations, et qui me décide à jouer quitte ou double le plus tôt possible.»

Tel est l'exorde et l'échantillon d'un long monologue que s'adressait don Graviel Badajoz y Serrano y Lopez, au sortir du palais de son excellence le gouverneur de la Havane.

Il était environ une heure du matin; les carrosses et les rolantes roulaient à grand bruit dans les rues, éclairées seulement par les torches des noirs esclaves qui accompagnaient leurs maîtres au logis. Ou sait par quels motifs notre enseigne de frégate allait à pied et sans escorte; aussi avait-il prudemment dégainé son sabre, suivant l'usage des piétons; plus prudemment encore, il se tenait au milieu de la rue, l'œil et l'oreille au guet, surtout quand il s'agissait de traverser quelque carrefour. D'épaisses vapeurs cachaient les étoiles, la lune était nouvelle, et la police fort mal faite; autant de raisons pour ne rêver que de l'esprit. Un bandit peu au fait des usages du Trésor royal aurait pu espérer que la poche d'un officier de marine contenait, sinon des quadruples et des doubles pistoles, au moins un nombre honnête de gourdes et de piécettes à colonnes. Don Graviel tenait à n'exposer aucun industriel nocturne à un triste mécompte, lui qui s'était vu dans l'impossibilité de risquer un pauvre douro sur le tapis vert du gouverneur. Cette cruelle nécessité l'avait rangé parmi les infatigables: il n'avait pas manqué une seule danse havanaise, espagnole ou française, pas un boléro, pas un fandango, pas un quadrille. Dona Juanita lui en lit compliment:

«Je vous félicite, seigneur Badajoz, dit-elle, de votre brillante ardeur, et je suis aise de vous voir renoncer au jeu.