Mascarade par Gavarni.

Dans l'année de Musard, un hussard n'est au grand complet qu'à condition d'avoir la femme-hussard pour compagne; c'est la consigne; aussi Gavarni n'y a pas manqué; il connaît trop bien la loi du carnaval pour lui faire un tel affront. Voici donc la femme-hussard dans son élégant costume, aigrette au front, éperons aux jambes. Vraiment, hussard mon ami, tu n'es pas malheureux; oh! quel galop tu vas danser avec ta gentille hussarde!

Le galop commence en effet, mais Gavarni a cru devoir y mettre des ménagements; de même que toute vérité n'est pas bonne à dire, tout galop n'est pas bon à montrer. Ne montre donc, ô Gavarni! que juste ce qui se peut voir; ménage notre jeunesse et notre candeur. Bien! nous pouvons risquer les deux yeux: ce débardeur qui se dandine en s'appuyant sur l'épaule de son voisin, ce malin, ce grenadier, ce lancier polonais, ces figures burlesques, et cette pantomime qui les accompagne, tout ce carnaval n'a rien qui me paraisse devoir en arrêter l'impression, connue disaient les visas des censeurs d'autrefois: la fille permettra la vue de cet innocent galop à sa mère.--Mais assez danser et galoper comme cela; passons à d'autres exercices.

Le Galop, par Gavarni.

L'Académie française ne donne pas de bal, mais elle livre des batailles à toute outrance; le dernier combat académique a été des plus acharnés; l'Illustration, dans son dernier numéro, en a déjà donné un rapide bulletin. Deux fauteuils, comme on sait, étaient le prix de la victoire, l'un occupé naguère par l'honnête M. Campenon, l'autre par notre regrettable et illustre Casimir Delavigne; la lutte: n'a pas été vive autour du fauteuil de Campenon: du premier coup, M. Saint-Marc Girardin l'a emporté et s'y est assis, laissant M. Alfred de Vigny et M. Émile Deschamps de huit à dix voix en arrière; la succession de Campenon ne demandait pas un plus grave engagement: c'était un héritage de rimes bucoliques, et les pipeaux champêtres invitent aux innocents combats. L'ombre pastorale du poète aurait souffert d'une bataille plus ardente

Un homme-Oiseau, par Gavarni. et plus prolongée; elle préfère, sans doute, cette simple escarmouche terminée au premier choc, et presque aussi douce qu'un duel entre Mélibée et Tityre, sous la voûte d'un hêtre, au son de la musette.

Pour Casimir Delavigne, c'était autre chose; l'auteur des Messéniennes et du Paria avait droit à une plus vaillante mêlée; le clairon martial et la lyre héroïque retentissent dans les poésies de Casimir Delavigne, chantant la liberté, célébrant les faits illustres, ou gémissant sur un mode tragique et sombre; tout, dans ses rimes épiques, respire les passions sérieuses et profondes.--Les candidats académiques semblaient s'être échauffés à l'ardeur du poète; ils se sont pris corps à corps, décidés à combattre avec acharnement pour savoir à qui reviendrait sa dépouille. Trois champions,--on l'a vu--ont tenu bon jusqu'à la dernière extrémité: M. Alfred de Vigny, M. Sainte-Beuve et M. Vatout; sept fois ils sont revenus à la charge, l'un contre l'autre, épuisés, haletants, mais se défendant toujours, et aucun d'eux ne voulant battre en retraite devant son rival. Parmi ces trois adversaires acharnés, M. Sainte-Beuve a gardé constamment l'avantage, M. Vatout l'a suivi de plus près, et M. Alfred de Vigny, le noble poète, n'est venu que sur les talons de M. Vatout, comme pour attester, une fois encore, que dans ces pugilats littéraires ce n'est pas toujours l'athlète le plus richement et le plus élégamment armé d'esprit et de génie qui a pour lui les juges de camp ou les dieux.--L'Académie, lasse de ces sept assauts inutilement livrés par M. Vatout à M. Sainte-Beuve, par M. Alfred de Vigny à M. Vatout; l'Académie les voyant tous trois debout après cette terrible journée, sans que l'un eût pu décidément tuer les deux autres; l'Académie, qui, d'ailleurs, sentait le besoin de refaire ses forces, a fini par déserter les bancs pour aller dîner.

L'affaire recommencera dans deux mois, et comme dans cette mémorable séance du 8 février, deux fauteuils seront offerts à l'ambition des concurrents: ce fauteuil de Casimir Delavigne, si vivement disputé et qu'on croirait imprenable, et celui de Charles Nodier, encore vierge de toute attaque; durant ces deux mois, M. du Vigny, M. Sainte-Beuve, M. Vatout, auront le temps de reprendre haleine et d'affiler leurs armes émoussées. Mais les Académies et les flots sont changeants; qui sait si M. Vatout, qui voguait hier à la surface, demain ne fera pas un plongeon; M. du Vigny et M. Sainte-Beuve sont, en effet, les deux talents vraiment littéraires que l'Académie devrait sérieusement adopter. Elle se ferait honneur par ces deux choix, en faisant justice à deux hommes d'un mérite incontestable et incontesté; mettez donc l'un dans le fauteuil de Delavigne, et que l'autre fasse son nid dans celui de Charles Nodier! on battrait des mains de tous côtés. Or l'Académie est peu habituée à recueillir, pour prix de ses suffrages particuliers, le suffrage universel. Ce sera du fruit nouveau pour elle.