Les conduites E et H ont été posées dans de simples tranchées, et ne sont à découvert que dans le regard. Il n'en est pas de même de celles qui sont figurées aux lettres K. L. Celles-ci sont posées sur encorbellement dans des galeries. Ce système, qui permet de s'assurer à chaque instant de l'état des conduites, et de les réparer sans intercepter la circulation et remuer le pavage, peut être adopté pour les conduites d'eau. Mais cette méthode ne pourrait être employée pour les tuyaux de gaz, à cause des dangers qui en résulteraient.
Notre, gravure représente la mise en communication de deux conduites, de diamètre différent par le tuyau circulaire M, garni de ses robinets d'écoulement et de vanne.
Nous n'entrerons pas dans les détails explicatifs sur la forme et la manœuvre de ces robinets; ils seraient longs et exigeraient des développements techniques qui n'intéresseraient qu'un petit nombre de nos lecteurs. Nous dirons seulement que cette mise en communication des tuyaux a lieu pour remédier aux irrégularités du service. On tient ainsi les conduites en charge l'une par l'autre, on supplée au besoin aux eaux de l'Ourcq, lorsqu'elles font défaut, par les eaux de la Seine, et réciproquement. Lors d'un accident, la seule manœuvre d'un robinet suffit pour procurer l'eau à tout un quartier, que sans cela pourrait en rester privé fort longtemps.
Après les conduites d'eau viennent les conduites de gaz. Les tuyaux N. O. desservent la rue à droite, et les tuyaux P. R. la rue à gauche. Dans les rues dont la largeur est assez considérable, et qui surtout sont divisées dans le milieu par un égout, il est d'usage de placer une conduite de gaz de chaque côté, afin d'éviter les inconvénients qui résulteraient pour les branchements particuliers des deux côtés de la rue, s'il fallait à chaque fois traverser toute la largeur de la chaussée et la maçonnerie de l'égout. Notre gravure ne présente donc que les conduites nécessaires; les petits tuyaux S sont ceux qui desservent la borne-fontaine, l'éclairage public, et quelques concessions particulières d'eau, de gaz, etc.
Quelquefois le nombre de ces tuyaux est plus considérable. La grosseur en varie aussi beaucoup, il y en a dont l'énorme diamètre est de 0,50 à 0,60 c. sont de véritables tonneaux; la maîtresse conduite des eaux de Chaillot est de ce nombre. D'autres, au contraire, n'ont que 0,08 c. Les petits tuyaux en plomb sont aussi exigus qu'on le désire.
Les égouts varient également de largeur; ils sont de petite ou de grande section, pour se servir du terme administratif, selon l'importance et la longueur de leur parcours, selon le volume des eaux qu'ils sont appelés à recevoir. Les égouts-galeries sont ceux qui reçoivent en outre une conduite supportée par encorbellement.
Voilà donc l'aperçu rapide de ce que l'on trouve sous le pavé, de ce qui constitue le premier étage de Paris souterrain. Quant au peuple qui anime et gouverne cette cité suburbaine, sans doute il vaut mieux n'avoir pas de fréquents rapports avec ses râteaux mal odorants, ses lampes fumeuses et ses grosses bottes; mais cette existence d'un travail pénible et rebutant mérite bien aussi quelque intérêt. Passer les jours entiers dans ces étroites et humides cavernes, sans lumière, sans soleil, et sans autre air que les émanations fétides des immondices, gagner sa vie à remuer la fange produite par un million d'individus qui s'agitent sur leurs tête, certes le salaire de ceux qui se dévouent à une semblable profession est rudement gagné. D'ailleurs cette existence, triste toujours, n'est souvent pas sans péril. Ces dédales obscurs ont vu de sanglantes catastrophes, de terribles agonies, et la funeste histoire de la galerie des Martyrs n'est pas la seule que les égouts de Paris aient à déplorer.
Pour achever cette rapide description du premier plan de la ville souterraine, nous devons dire qu'elle possède deux fleuves: l'un au nord, sur la rive droite; l'autre, au sud, sur la rive gauche de la Seine.--Le premier, que l'on appelle l'aqueduc de ceinture, est une large galerie voûtée qui reçoit les eaux du canal à la Vilette, et les mène jusqu'au faubourg du Roule. C'est une rivière claire, limpide et tranquille.--L'autre..., hélas! elle fut jadis célèbre, et, non contente de traverser la grande cité aux rayons du soleil, elle la menaçait sans cesse de sa puissance et de ses colériques débordements. En 1579, la nuit du 1er avril, elle inonda Paris, et ses eaux montèrent jusqu'au deuxième étage des maisons. O gloire! ô vanité des puissances déchues! depuis, la Bièvre n'a menacé que d'empester, par l'infection de sa vase, les quartiers qu'elle inondait autrefois. On l'a emprisonnée, murée, voûtée..., et elle n'est plus qu'un égout obscur!
Mais ce premier étage souterrain est bien près encore de la surface. En suivant les conduites, en traversant les galeries, nous avons pu heurter le sol des caves, et mettre la tête aux soupiraux pour demander et recevoir des nouvelles du monde supérieur. Toutefois, en descendant plus bas par intervalles, nous avons pu ouïr quelques bruits étranges, quelques signes précurseurs de demeures plus profondes encore. Nous avons pu voir que quelques-unes de ces trappes, mystérieuses ouvertures placées à la superficie du pavé comme les fenêtres de ces habitations obscures, ne s'étaient pas ouvertes à notre approche. Elles appartiennent à nue autre cité enfouie. C'est de ce côté que nous allons diriger notre voyage.
(La suite à un prochain numéro.)