Qui est étonné? Le chevalier; mais bientôt Corilla se montre, et tout s'explique.--«Oui, traître! oui, ingrat! c'est moi qui ai tout fait; je lui ai révélé notre amour; je lui ai montré ton portrait, les lettres et le poignard que tu m'as donné pour le percer le cœur, si jamais ce cœur devenait infidèle...--«Ma foi, répond tranquillement le chevalier, je vous avoue, ma bonne, que vous n'en trouverez jamais une meilleure occasion. Je ne vous aime plus du tout, parole d'honneur! mais, en revanche, j'aime ma cousine comme je ne vous ai jamais aimée.»

La déclaration est tout à fait galante!

Là-dessus vous croyez, que Corilla arrache les deux yeux au butor, ou qu'au moins elle se trouve mal. Tant s'en faut! «A la bonne heure, monsieur. J'aime cette franchise; mon amour n'était qu'un pur enfantillage, n'en parlons plus. Pst!... le voilà parti, et je ne veux plus m'occuper que du vôtre.»

Voilà un bel exemple, madame, et je vous conseille, dans l'occasion, de ne pas manquer n'imiter Corilla.

A eux deux ils viennent bientôt à bout du Caracoli, qui craint la potence, et qui, pour se mettre en sûreté, vend, moyennant cinq cents louis, tous les secrets de son maître. Ces secrets sont écrits de la propre main du charlatan sur un gros cahier de papier. Ces habiles de comédie sont toujours prêts à faire, quand l'auteur en a besoin, les plus grosses maladresses et les plus insignes bévues.

Armé de ces terribles papiers, le chevalier aborde Cagliostro d'un air triomphant. «Vous allez, écrire ici même, tout de suite, et sous ma dictée, votre renonciation à la main de Cécile.--Volontiers,» dit Cagliostro, et il écrit. Puis, s'interrompant d'un air indifférent et lui présentant sa tabatière: «En usez-vous?--Volontiers,» dit le chevalier, lequel devient à son tour un sot, pour ménager à M. de Saint-Georges nue péripétie. Ce tabac, comme il devrait bien s'en douter, n'est pas du tabac, mais de la belladone. Il ne tarde pus à s'endormir, et Cagliostro reprend ses papiers. Puis il pousse un ressort, et le trop confiant chevalier descend par une trappe... où il vous plaira.

Voilà Cagliostro à Versailles, chez la marquise, où le mariage doit avoir lieu. Avant la noce, madame de Volmérange a promis aux conviés de les régaler d'une scène de magnétisme. Cagliostro a chargé Caracoli de lui amener une somnambule lucide, dont il a d'avance mis par écrit les réponses. Il vaudrait mieux sans doute qu'il fit ses affaires lui-même; mais les grands hommes sont toujours si occupés!

La harpe résonne; la porte retentit. Une femme voilée s'avance et s'assied sur le fauteuil préparé pour elle au milieu de la brillante assemblée. Cagliostro s'approche et exécute autour de la tête du sujet toutes les passes usitées en pareil cas. Puis il écarte le voile... O surprise! ô terreur!... C'est sa femme qu'il croyait bien loin et qu'il retrouve à ce moment fatal. Et qui est cette femme qui revient si mal à propos? Corilla en personne, qui l'avait quitté jadis, exaspérée par ses mauvais traitements, et n'avait fait qu'un saut du toit conjugal sur le théâtre! Or, la polygamie est un cas pendable: force est donc au grand Cagliostro de se désister de ses hautes prétentions. Mais du moins il se vengera sur sa femme... Vain espoir! Corilla lui présente un bref du pape qui casse son mariage. Puis elle unit de sa main Cécile au chevalier, et couronne enfin la constance du Bavarois, lequel ne manque pas d'attribuer ce dénoûment inespéré au philtre qu'il a bu dans la matinée.

Tout cela forme un drame très-compliqué, mais cependant très-clair. On reconnaît toute l'habileté de M. Scribe à l'aisance avec laquelle il dispose ces faits et amène les innombrables péripéties au milieu desquelles tout autre que lui se serait vingt fois perdu. Mais tout son savoir-faire n'a pu réussir à intéresser le spectateur à cette collection de sots, de fripons, ou de gens froidement honnêtes, et dépourvus de sentiments énergiques et de passions sincères. Ces messieurs et ces dames ont souvent de l'esprit, mais ils n'ont presque jamais du cœur.

Quelle est cependant la mission de la musique, si ce n'est de traduire en un langage harmonieux les mouvements du cœur?