Au premier aspect, il paraîtrait tout naturel de penser que, d'après l'incorporation successive des contingents annuels, les militaires ayant passé sous le drapeau devaient constituer le principal effectif de cette réserve, et que les jeunes soldats ne pouvaient y compter que comme complément. En effet, au 1er septembre 1834, il y avait déjà dans la réserve 79,926 sous-officiers et soldats instruits, prêts au premier appel, et seulement 3,155 jeunes soldats laissés dans leurs foyers; mais telle est l'élasticité des dispositions de l'article 29 de la loi, aujourd'hui encore en vigueur, du 21 mars 1832, qu'au 1er avril 1810, sur 135,000 hommes dont se composait la réserve, il y avait seulement 297 hommes qui eussent activement figuré dans les rangs. La gravité d'un tel état de choses devait se manifester plus tard. Quand, en 1810, l'effectif de l'armée dut être porté de 317,826 hommes à plus de 500,000, la réserve fut appelée; et, dans l'espace de peu de mois, l'armée reçut 185,786 hommes, dont une partie comptait déjà plusieurs années de service, et qui, cependant, voyaient le drapeau pour la première fois. Il n'y a donc, dans ce système de réserve mixte, aucune garantie pour l'institution militaire. Pour entrer dans une voie plus assurée, le nouveau projet de loi, adopté par la Chambre des Pairs le 26 avril 1843, et soumis actuellement aux délibérations de la Chambre des Députés, propose d'incorporer en entier le contingent, et de porter à 8 ans la durée du service, en déterminant la libération au 30 juin de chaque année. La durée du service actif resterait d'ailleurs toujours soumise aux éventualités politiques et financières.

La loi du 10 mars 1818 avait fixé à 12 années la durée du service, dont 6 passées dans la réserve; celle du 9 juin 1821 l'avait réduite à 8 années, et celle du 21 mars 1832 à 7 années.

Dans les États étrangers, la durée du service est fort variable, comme l'attestent les chiffres suivants:

Autriche: soldats d'Italie et du Tyrol, 8 ans; soldats des États héréditaires et de la Gallicie, qui servaient autrefois 11 ans aujourd'hui 10 ans; soldats de la Hongrie, 10 ans.

Bavière: armée permanente, 6 ans; armée éventuelle, composée de la landwehr partagée en deux bans qui comprennent, le premier, les hommes de 21 à 40 ans non incorporés dans l'armée active; et, le second, les hommes de 40 à 60 ans.

États-Unis: 5 ans; l'armée ne doit se recruter que par engagements volontaires; tou» les blancs, de 18 à 35 ans, peuvent être enrôlés au prix de 60 francs l'engagement.

Prusse: en temps de paix, 2 ou 3 ans; puis 2 ans sur les contrôles de la réserve; les soldats qui cessent d'appartenir à l'armée active font partie, jusqu'à 32 ans, de la landwehr du premier ban; et, de 32 ans à 40, de la landwehr du second ban; de 40 à 50 ans, ils sont encore tenus de marcher, en cas d'invasion: c'est ce qu'on nomme le landsturm.

Russie: 25 ans dont 15 ans dans l'armée active, 5 ans dans les bataillons ou escadrons de réserve, et 5 ans dans la réserve générale de l'armée.

Saxe: armée permanente, 6 ans dans l'armée active et 5 ans dans la réserve de guerre; l'armée éventuelle est composée des individus non appelés au service actif; il y a, en outre, pour le contingent de la Confédération, une réserve de guerre comprenant les hommes de l'armée active qui ont quitté les drapeaux avant d'avoir achevé leur temps légal de service, et ceux qui, après l'avoir complété, sont astreints à la réserve pendant trois autres années.

Jusqu'à ce moment le point de départ pour le service a été fixé au 1er janvier; le projet de loi propose de le fixer au 1er juillet de chaque année, qui est la vraie date du commencement du service. Ce n'est en effet qu'au 1er juillet au plus tôt que peut être formé le contingent: c'est seulement alors que les hommes deviennent jeunes soldats et sont à la disposition du gouvernement. Jusque-là ils sont entièrement libres et maîtres de leurs actions. Ainsi ils ne sont point forcés de se présenter au tirage, ni devant le conseil de révision; ils peuvent même se marier, voyager selon leur bon plaisir. Il semble donc peu rationnel de continuer à faire compter pour service militaire six mois pendant lesquels le contingent n'existe pas, six mois pendant lesquels tous les jeunes gens qui doivent concourir à la formation de ce contingent (et ils sont 300,000) ont une position parfaitement identique à celle de tous les autres citoyens.