Promenade des Conscrits après le tirage.
De nombreuses demandes sont formées chaque année à l'effet d'obtenir, par exception, le maintien dans leurs foyers de jeunes soldats qui, bien que méritant par leur position une faveur toute particulière, à titre de soutiens de famille, n'ont pas pu être classés en ordre utile sur les listes des hommes de cette catégorie dressées par les conseils de révision dans la proportion habituelle de dix sur mille hommes du contingent. En 1843 cependant il a été satisfait plus largement, sous ce rapport, aux besoins des populations, et M. le ministre de la guerre a décidé que la proportion précédemment établie serait portée au double pour la classe de 1842, c'est-à-dire à vingt sur mille hommes (ou deux sur cent) du contingent de cette classe.
Après le tirage, les jeunes gens ont en général l'habitude de placer sur le devant de leur chapeau le numéro qui leur est échu au sort, et de l'attacher avec des rubans de diverses couleurs, le plus souvent tricolores. Puis ceux de la même commune se réunissent et retournent ensemble chez eux, bras dessus bras dessous, chantant, criant, marchant au pas, tambour en tête. Tout le long de la route ils font de fréquentes stations, arrosées de libations nombreuses, ceux-ci en l'honneur de la chance qui les a favorisés, ceux-là pour s'étourdir et noyer dans le vin le chagrin d'avoir attrapé un mauvais numéro. Les uns et les autres, partis fièrement au pas du chef-lieu de canton, ne rentrent guère dans la commune que d'un pas plus que chancelant: ce qui a fait plaisamment donner à ces sortes de détachements d'apprentis militaires le nom trop bien mérité de compagnies des litres.
Depuis 1830, de nombreuses améliorations ont attaché l'armée au pays par des liens étroits. L'état des officiers a été garanti, l'avancement soumis à des règles de justice, la solde des officiers, sous-officiers et soldats améliorée, les pensions de retraite étendues; deux écoles ouvertes dans chaque régiment d'infanterie ou de cavalerie, l'une, du premier degré, destinée aux soldats et aux caporaux ou brigadiers; l'autre, de deuxième degré, pour les sous-officiers; 50 à 60,000 hommes admis annuellement dans ces écoles; un certain nombre d'emplois réservés dans les forêts et dans les douanes aux militaires qui auraient, comme sous-officiers, contracté et terminé au moins un réengagement; les carrières civiles ouvertes ainsi à ceux qui n'obtiennent point l'épaulette; enfin les troupes appliquées en France et en Algérie aux grands travaux d'utilité publique.
Académie Royale de Musique.
Lady Henriette, ou la servante de Greenwich.
Tel est le titre peu gracieux du ballet pantomime que l'Opéra a mis au jour le mercredi 21 février 1844.
Lady Henriette est première dame d'honneur de la reine Anne; elle habite un riche appartement dans le château royal de Windsor; elle a un futur, comme dit le livret. Ce futur s'appelle sir Tristan Crackfort, et il joint au malheur de porter un pareil nom l'inconvénient d'être le seigneur le plus sot des Trois-Royaumes. De tout cela il résulte que lady Henriette est, de son côté, la femme du monde qui s'ennuie le plus et qui bâille le mieux.
Bien bâiller est un talent; mais à force d'exercer les talents qu'on a, on se fatigue: témoin Rossini, qui, pour avoir trop fait d'opéras, n'en veut plus faire. Lady Henriette voudrait bien ne plus bâiller; elle consulte sur ce point délicat Nancy, sa fille, suivante, qui lui répond ce que toute fille suivante répond en pareil cas: «Madame, il faut prendre un amant.» Mais ce remède-là n'est point du goût de milady: il lui faut quelque chose de moins trivial, de plus neuf, de plus inattendu, quelque chose qui n'ait jamais été imaginé par personne. Un amant! fi donc! toutes les dames de la cour en ont. Mais prendre le costume d'une paysanne, attacher à son corsage un bouchon de paille, et se rendre, en cet équipage, à la foire du Greenwich, voilà ce qu'aucune d'elles n'a jamais imaginé.
Or, il faut que vous connaissiez l'usage anglais et le sens de ce bouchon de paille.