Ballet mythologique de Lady Henriette.

--Un seul,» dit le médecin.

--Eh bien! ne le devinez-vous pas? Ne savez-vous pas depuis longtemps comment on guérit les fous à l'Opéra, et comment finissent toutes les nièces de théâtre?

Le sifflet du machiniste retentit: la scène change. Voilà Lyonnel installé de nouveau dans sa ferme, auprès de son ami Plumket. Bientôt la porte s'ouvre; il regarde: il revoit la comtesse telle qu'il l'a vue jadis, en habits de servante, et qui attend ses ordres. A cet aspect la raison lui revient subitement, et le mariage de rigueur termine le cours de ses aventures.

Vous avez vu, probablement, la Fête du village voisin et la Comtesse d'Egmont, lecteur, et vous me dites que vous saviez d'avance, ou à peu près, toute cette histoire. Hélas! j'en conviens. Mais ce que vous n'avez point vu, ce sont les décorations de M. Cicéri.

Jamais peut-être M. Cicéri n'avait mis au service de l'Opéra un art plus savant, plus délicat, plus fin, une imagination plus riche et plus jeune, un goût plus parfait. La place du marché de Greenwich et la forêt de Windsor sont deux paysages composés avec une habileté remarquable, où tous les détails ont une intention et une valeur savamment calculées, et dont l'ensemble est ravissant. Le salon en boiseries sculptées de la comtesse, et la salle d'attente où se passent les scènes qui précèdent le spectacle de la cour, sont, dans un genre opposé, deux chefs-d'oeuvre. La décoration du ballet mythologique, en style rococo et selon la mode du temps, est conçue avec un esprit infini, et exécutée de main de maître.

Trois compositeurs se sont cotisés pour la musique du ballet nouveau. M. de Flotow a fait le premier acte, M. Burgmuller le second, et M. Deldevèze le troisième. C'est de la musique bien faite, en général, et tort proprement ajustée; mais on regrette que les auteurs n'y aient pas déployé plus de chaleur et de verve, et se soient montrés aussi avares de motifs saillants et d'idées nouvelles. M. Burgmuller est resté fort au-dessous de l'auteur de la Péri.

Les costumes y sont très-brillants, et si les tableaux chorégraphiques n'y ont rien de bien nouveau, du moins sont-ils agréables. Il faut, cependant, faire une mention particulière du ballet des fous, où M. Mazilier a montré quelque originalité; d'ailleurs il a trouvé là, en M. Coraly, un interprète d'une prestesse et d'une verve incomparables. Mademoiselle Adèle Dumilâtre, chargée du rôle de lady Henriette, s'en acquitte avec beaucoup de grâce et d'élégance. En somme, le ballet nouveau offre un spectacle agréable, varié, et quelquefois très-piquant.