Bureau d'abonnement de l'Illustration.
Mais peut-il y avoir un spectacle plus piquant que celui dont nous donnons ici même la représentation fidèle? Quoi de plus agréable que l'aspect de cette foule pressée, compacte, impatiente, haletante, qui assiège les bureaux d'abonnement de l'Illustration? Quoi de plus richement varié que cette collection de visages où chacun de vous, lecteurs aimables, a le droit de chercher le sien?...
Bulletin bibliographique.
Histoire des comtes de Flandre jusqu'à l'avènement de la maison de Bourgogne; par Edward le Glay, ancien élève de l'École royale des Chartes, conservateur adjoint des archives de Flandre à Lille. 1 vol. in-8.--Paris, 1844 (tome IIe). Imprimeurs-Unis. 7 fr. 50 c.
L'an 863, Baudoin Bras de Fer, fils du Forestier Ingelran, qui avait épousé secrètement une fille de Charles le Chauve, fut nommé par son beau-père comte du royaume, et reçut pour la dot de sa femme toute la région comprise entre l'Escaut, la Somme et l'Océan, c'est-à-dire la seconde Belgique.. Ayant fixé sa résidence à Bruges, capitale du petit canton connu depuis le sixième siècle sous le nom de Flandre, il fonda la dynastie des comtes de Flandre. C'est l'histoire de cette dynastie, commencée par Baudoin Bras de Fer, en 863, et terminée par Louis de Male, en 1383, histoire peu connue jusqu'à ce jour, qu'a entrepris d'écrire M. Edward le Glay, conservateur adjoint des archives de Flandre à Lille. Le premier volume, dont nous avons rendu compte à l'époque de sa publication, s'arrêtait a l'année 1214. Le second et dernier, qui vient de paraître, contient l'histoire des règnes de Jeanne de Constantinople et de Fernand de Portugal (1214-1233), de Jeanne de Constantinople et de Thomas de Savoie (1233-1244), de Marguerite de Constantinople (1244-1279), de Gui de Dampierre (1280-1304), de Robert de Béthune (1304-1322), de Louis de Nevers ou de Creci (1322-1346), et enfin de Louis de Male (1346-1383). En 1583 Louis de Maie mourut, dit M. Edward le Glay, et le comté de Flandre fut dévolu à Philippe le Hardi et à la duchesse, sa femme, chef de cette illustre maison de Bourgogne dont les destinées se confondirent plus tard avec celles du monde entier.
Ces deux volumes, fruit de longues et patientes études, sont remplis de faits puisés, avec une remarquable sagacité, aux sources les moins connues et les plus authentiques. Toutefois, nous nous permettrons d'adresser à M. Edward le Glay un reproche que du reste il s'est déjà fait à lui-même en terminant son second volume: on éprouve souvent, en lisant cet ouvrage, un vif désir de voir s'interrompre temporairement le récit trop monotone de ces guerres, révoltes et négociations interminables qui suffisaient bien, dit-il, pour occuper l'historien tout entier. «Parfois, ajoute-t-il, nous regrettions de ne pouvoir faire une pause, afin de contempler à l'aise, les autres mouvements qui s'opéraient autour de nous; mais nous ne pouvions suspendre notre marche, sous peine de disparaître dans le torrent qui débordait toujours.» Que M. Edward le Glay cesse donc d'avoir de pareilles craintes, s'il publie jamais un autre ouvrage historique. Il l'avoue lui-même: «La Flandre n'a pas été seulement un théâtre de guerres, de dissensions intestines, de soulèvements populaires; sa prospérité matérielle, ses progrès intellectuels et moraux pourraient fournir à une plume moins inhabile le sujet d'un tableau magnifique.» Le tableau, il ne devait pas se contenter de l'esquisser en quelques pages, ci nous lui pardonnons d'autant moins d'avoir omis, par une fausse modestie, de le peindre dans tous ses détails, que ses efforts eussent certainement été couronnés d'un plein succès.
Essai historique, sur l'origine des Hongrois; par A. de Gérando. 1 vol. in-8 de 164 pages.--Paris, 1844. Imprimeurs-Unis.
La question de l'origine des Hongrois a été diversement résolue. Jornandès fait descendre les Hons des femmes que Filimer, roi des Goths, chassa de son armée, parce qu'elles entretenaient un commerce avec les démons. Cette origine diabolique, qui s'est étendue aux Hongrois, a eu plus de défenseurs qu'on ne serait tenté de le croire; et, bien après Jornandès, un écrivain ne trouvait pas d'autre moyen d'expliquer le mot magyar qu'en le faisant dériver de magus, magicien. Les uns disent que les Hongrois sont des Lapons, les autres soutiennent qu'ils sont Kalmoucks, et pensent donner plus de force à leur opinion en invoquant une ressemblance de physionomie imaginaire. Les Hongrois sont d'origine turque, dit-on encore; leur langue le prouve; les Turcs les appellent toujours «mauvais frères,» parce qu'ils leur ont ferme l'entrée de l'Europe. Un autre les confond avec les Huns et les fait venir du Caucase sous le nom de Zawar. D'autres, enfin, les nomment Philistéens ou Parthes, et leur donnent la Juhrie ou Géorgie pour patrie.
«Les quinze ou vingt noms différents que, dans diverses langues, les chroniqueurs ont donnés aux Hongrois, augmentent encore, dit M. A. de Gérando, les difficultés qui entourent nécessairement une question de ce genre, quand on veut rechercher leurs traces dans l'histoire.»
Lorsque M. de Gérando alla, il y a peu de temps, visiter la Hongrie, il ne se proposait pas de rechercher les origines des Hongrois; mais il lui fut impossible de faire un long séjour dans le pays sans étudier cette question historique, l'une de celles qui intéressent au plus haut point les voyageurs. Il était arrivé avec des idées toutes faites; il publie aujourd'hui celles qu'il a rapportées. Il espère qu'elles obtiendront la confiance du lecteur, car ce ne sont pas les siennes, elles appartiennent aux Hongrois eux-mêmes.