D'excellentes traductions viennent à l'appui de toutes les assertions critiques de m. Patin, et les nombreux passages d'Eschyle, de Sophocle et d'Euripide que nous trouvons traduits dans son livre avec cette connaissance parfaite de la langue grecque et ce goût véritablement attique qu'on devait attendre du savant professeur, ajoutent une singulière valeur à ses jugements et à ses analyses. On a rarement traduit les anciens avec une pareille élégance jointe à une telle fidélité; et, pour peu que l'on se rappelle les inexactitudes, les contre-sens et surtout la lourde platitude des traductions qui ont suivi celle du père Brumoy, on sentira tout le mérite du nouveau traducteur.
Espérons que M. Patin voudra un jour compléter son beau travail en dotant notre langue d'une traduction entière de ces tragédies, dont il ne nous a encore donné que des extraits.
Nous voudrions pouvoir détacher du livre de M. Patin quelques morceaux choisis, qui viendraient à l'appui de nos éloges; mais Eschyle, Sophocle, Euripide ne sauraient être jugés en quelques lignes, et ce n'est pas trop d'un volume entier pour apprécier sous toutes ses faces le génie magnifique de chacun de ces grands tragiques. Nous nous bornerons donc à recommander surtout à nos lecteurs les excellentes pages que M. Patin a écrites sur Euripide; ils y trouveront une critique judicieuse des beautés et des défaut du poète, exprimée en termes plus justes et plus clairs que ceux dont M. Schlegel s'était servi dans ses appréciations théoriques, où il compare «le point de perfection dans les arts au foyer d'un verre ardent, etc.»
Après tous ces éloges, nous ne craindrons pas de reprocher à M. Patin quelques explications minutieuses, quelques commentaires superflus, qui sont plutôt au profit de l'érudition pure qu'à celui de la critique littéraire. Nous eussions voulu aussi trouver dans son examen d'Eschyle une vue plus haute, plus hardie sur le génie du terrible poète; non pas qu'il fallût tomber dans ces exagérations gigantesques que nous a fait voir une célèbre préface, mais on pouvait peindre avec un sentiment plus vif et en termes plus forts cette sublime inspiration patriotique, cette audacieuse et sombre poésie qui mettent Eschyle au-dessus de tous les autres tragiques, et donnent à son théâtre une élévation morale qu'on chercherait vainement ailleurs.
Mais par ces quelques critiques nous ne voulons point infirmer le mérite d'un livre qui demeure, comme nous l'avons dit, le plus savant et le plus judicieux qu'on ait encore fait sur la matière.
Travestissements.
Costume grec. Albanais.--Marquise.