Académie des Sciences,
COMPTE RENDU DES SECOND ET TROISIEME TRIMESTRES DE 1843.
(Suite.--Voir t. I, p. 217, 234, 258; t. II, p. 182, 198, 346 et 394; t. III, p. 26.)
VII.--Physique du globe.
Sur la différence de niveau entre la mer Caspienne et la mer d'Azow, par M. Hommaire de Hell.--Depuis longtemps les savants se sont occupés de mesurer le niveau relatif de la mer Caspienne et de la mer Noire. On conçoit, en effet, combien il serait intéressant pour la physique du globe de savoir si la mer Caspienne occupe une dépression de la croûte terrestre, de façon que son fond soit plus bas que celui de la mer Noire, ou bien si le fond des deux mers est à peu près également distants du centre de la terre. On a d'abord cherché à savoir si le niveau de l'eau était le même dans les deux mers. En 1812, MM. Parrot et Engelhardt trouvèrent, à l'aide d'un nivellement barométrique exécuté rapidement entre les deux mers, que leur différence de niveau était de 107 mètres. Ce résultat fut accueilli avec doute dans le monde scientifique. En 1839, MM. Fuss, Sabler et Savitsch employèrent une méthode rigoureuse, celle des distances zénithales. Ils annoncèrent d'abord avoir trouvé une différence de niveau de 55m, 70, puis de 25 mètres. Ces incertitudes étaient dues à la difficulté de tenir compte des réfractions terrestres, qui sont considérables dans les steppes de la Russie, où l'on observe presque toujours des effets de mirage. M. Hommaire de Hell résolut de mettre fin à ces doutes. Il partit d'Odessa, à la fin de 1838, pour faire un nivellement géodésique en profitant des crues du Don qui inondent la plaine jusqu'à cent kilomètres de l'embouchure. Cette première exploration préparatoire fut poussée jusqu'à l'embouchure du Manitch dans le Don. L'année suivante, ce courageux voyageur arriva, à travers ces contrées désertes et dangereuses, à l'embouchure de la Koumo dans la Caspienne. Là commencèrent ses travaux. Muni d'un niveau à bulle d'air, il nivela toute la contrée intermédiaire entre la mer d'Azow et la Caspienne. Ses stations étaient distantes de 150 à 500 mètres. Le résultat général qu'il obtint fut que le niveau de la Caspienne est à 18m,3 au-dessous de celui de la mer Noire. Cette différence de niveau tient uniquement, suivant M. de Hell, à une diminution dans le volume des eaux des affluents de la Caspienne, le Volga, l'Oural et l'Emba. Autrefois, dit-il, les barques à sel destinées à la Sibérie chargeaient trois millions de kilogrammes; elles n'en prennent plus que la moitié. Du temps de Pierre le grand, on construisait à Kasan des bâtiments de guerre pour la flotte de la mer Caspienne; de pareils travaux sont impossibles aujourd'hui; les chantiers de construction sont à Astrakan. C'est au déboisement de l'Oural qu'on doit attribuer cette diminution dans le régime des fleuves. Ajoutez à cela que des vents violents de l'est portent l'eau de la Caspienne jusqu'à une grande distance dans l'intérieur des terres, et que pendant l'été son évaporation est des plus actives. Toutes ces causes réunies ont fait baisser son niveau et ont opéré sa séparation de la Méditerranée. Le pays intermédiaire entre ces deux mers est une plaine parsemée de lacs salés, et le point de partage n'est qu'à au-dessus de la mer d'Azow. Ainsi donc il est très-probable que la surface seule des deux mers présente une différence de niveau, et que la Caspienne n'occupe point une dépression du sphéroïde terrestre.
De la limite des neiges éternelles, par M. Agassiz.--Déterminer à quelle hauteur on trouve des champs de neige qui ne fondent pas pendant l'été, est une question difficile à résoudre en théorie et en pratique. En effet, l'exposition, la pente, la couleur, la nature du terrain, sont autant de circonstances qui favorisent ou empêchent la fusion des neiges. M. Agassiz, qui a si souvent habité et parcouru les hautes Alpes, a cherché à trouver un caractère qui permît de fixer rigoureusement la ligne des neiges éternelles. Il y est parvenu en étudiant le mode de structure des glaciers à leur partie supérieure, où ils se terminent par des champs de neige poudreuse. Ces champs offrent très-peu de crevasses; mais là où elles existent on reconnaît très-bien les différentes couches qui correspondent chacune à la neige tombée dans le cours d'une année; or, la surface des champs de neige étant la face extérieure de la dernière couche annuelle, il est évident que le bord inférieur de cette couche, telle qu'elle est circonscrite par l'effet de la fonte, sera la limite exacte des neiges éternelles sur un point donné. Toutes ces couches de neige successives forment des bandes superposées l'une à l'autre comme les tuiles d'un toit, parce que les couches de neige des années précédentes se sont avancées vers la plaine par suite de la progression du glacier. On les voit très-bien en s'élevant au-dessus des bords du champ de glaces. La ligne des neiges éternelles est donc exactement indiquée par le contour inférieur de la couche superficielle des neiges tombées dans le cours de l'hiver précédent.
Volcan du Taal, en Chine. Lettre de M. Delamarche, ingénieur hydrographe.--Le volcan se trouve dans la presqu'île de Bong-Bong. Le cratère est circulaire, de 2,860 mètres de diamètre environ. La paroi inférieure est presque verticale, sa hauteur de 75 mètres environ. Au fond de ce cratère, une seconde enceinte montueuse s'élève au cinquième environ de la profondeur totale; elle enferme la moitié du terrain; l'autre est unie et en partie occupée par un lac jaunâtre en ébullition. Entre ce lac et l'enceinte intérieure sont des bouches volcaniques qui forment de petits monticules coniques. Le plus remarquable d'entre eux est régulier, et une fumée blanche et sulfureuse s'échappe de sa bouche. Jamais il n'y a de flammes ni d'éruption. Sauf les dimensions, ce cratère ressemble singulièrement à celui du Vésuve, dont l'Illustration a donné la coupe dans son numéro du 21 février.
A propos de cette communication, M. Edie de Beaumont fait remarquer que ce cratère rappelle de la manière la plus frappante les formes des montagnes annulaires de la lune, telles qu'elle sont figurées sur les belles cartes de MM. Lohrmann, Beer et Maedler. Ces cirques mit un diamètre qui atteint quelquefois jusqu'à 90 000 mètres; mais il y en a de plus petits. Si l'on compare les cirques terrestres aux cirques lunaires, on trouve pour les extrêmes les nombres suivants:
Diamètres:
TERRE LUNE.
Cratère du Mosenberg
(Erfel)... 200m a Ptolémée. 2,190m
Lagune de Bong-Bong
dans laquelle est le
volcan de Taal... 16,500m Tycho 91,000m
Il existe même sur l'îlot de Ceylan un cirque de 70,000 mètres de diamètre; mais sa mesure et sa ressemblance avec un cratère étant moins bien constatées, nous avons préféré citer le volcan de Taal.